Quelques navires photographiés au Canada, dans le bassin du Saint-Laurent (09.2016)
Françoise Massard / Photos Yannick Le Bris

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Sur la première photo, le zodiac OTIS TRYPHON de la compagnie Otis Excursions Inc. (Tadoussac, Canada) qui propose, elle aussi, diverses excursions dans le fjord du Saguenay (cf. page précédente). D'autres photos ici de ce type de découverte au plus près des baleines. Le navire à trois ponts EMPRESS OF OTTAWA, qui appartient à Capital Cruises (depuis 2008) écume les eaux de la rivière des Outaouais, autrement dit la Ottawa River (plus de 1 200 km de long) qui est le principal affluent du Saint-Laurent (leur confluence se fait au niveau de Montréal). Cette rivière, qui prend sa source dans le lac Capitmitchimaga, sert en grande partie de frontière entre les deux provinces canadiennes de l'Ontario et du Québec. Cette région est l'habitat d'origine des Algonquins (l'une des deux grandes familles d'Amérindiens — avec les Iroquois — qui vivaient dans la zone des Grands Lacs), pêcheurs et chasseurs semi-sédentaires (ils vivaient dans des tentes en écorce de bouleau — appelées wigwams — facilement démontables). Sur la troisième photo, le bateau-promenade IDA M II de Rockport Cruises, qui propose différents parcours (navigation de 1 à 6 h), dont la découverte des "Mille-Iles". A droite, un bateau à passagers de la Gananoque Boat Line, le THOUSAND ISLANDER, qui propose, lui aussi, diverses croisières (de 1 à 5 h en moyenne) aux "Mille-Iles". Certaines de ces compagnies proposent la visite du Château Boldt (construit à Alexandria Bay sur Heart Island, pour le compte de George C. Boldt, propriétaire du célèbre hôtel "Waldorf Astoria" de New York, et ce en cadeau à son épouse). Cette construction (de 120 pièces) débuta en 1900, mais cessa en 1904, après le décès de Mme Boldt. Boldt fut tellement affecté par cette perte qu'il ne remit jamais les pieds dans le château, qui fut plus ou moins laissé à l'abandon jusqu'en 1977, date à laquelle il fut racheté et restauré par le Parc des Mille-Iles. On parle officiellement de "Mille-Iles", mais ce sont en fait plus de 1 800 îles éparpillées dans le Saint-Laurent sur 80 km, le long de la frontière canado-américaine, comme on le voit sur les cartes ci-dessous.

L'actuel THOUSAND ISLANDER a repris le nom d'un bateau à vapeur construit en 1912 par la Toledo Shipbuilding Company (Toledo, situé à l'extrémité Ouest du lac Erié, Ohio) pour la St. Lawrence Steamboat Company. Ce steamer de 52,65 m de long pouvait embarquer jusqu'à 1 000 passagers, auxquels il proposait de courtes navigations-promenades dans les Mille-Îles. En 1918, il rejoignit les Grand Lacs, naviguant sur le lac St Clair (il relie le lac Erié au sud au lac Huron au nord), entre Détroit, Chatham et Wallaceburg. Désarmé à l'été 1927, il est finalement racheté par la Georgian Bay Tourist Company qui souhaite le refaire naviguer dans les Mille-Iles. Il est alors pris en remorque par le vraquier COLLINGWOOD qui doit l'amener de Sarnia (extrémité Sud du lac Huron) à Midland (sur la Georgian Bay, à l'Est du lac Huron). Mais le convoi essuie une forte tempête sur le lac Huron le 21.11.1928. Les vagues font exploser les hublots du THOUSAND ISLANDER qui se remplit d'eau. Les 11 marins à son bord sont recueillis à bord du vraquier avant que le steamer ne sombre.

OTIS TRYPHON
EMPRESS OF OTTAWA
THOUSAND ISLANDER
OTIS TRYPHON
(15.09.2016)
EMPRESS OF OTTAWA
(15.09.2016)
IDA M II
(12.09.2016)
THOUSAND ISLANDER
(12.09.2016)
EMPRESS OF OTTAWA
Navire à passagers - 31,12x7,01x2,47 m - Déplac. 281 t - Deux moteurs / Deux hélices - V 20 nd - Constr. 1975 (Chrisandra Yachts, Oshawa, Ontario, Canada) - Propr./Gérant/Opérat. Capital Cruises (Ottawa, Canada) - Ex DALHOUSIE PRINCESS (2000-2008) - Ex M.V. MONTREAL (1986-2000) - Ex MISS KINGSTON II (1980-1986) - Ex ISLAND QUEEN IV (1975-1980).
IDA M II
Navire à passagers - 19,80 m de long - JB 116 - Coque aluminium - Constr. 1973 (Marlin Yachts, Gananoque, Ontario, Canada) - Propr./Gérant/Opérat. Rockport Cruises (Rockport, Ontario, Canada)
THOUSAND ISLANDER
(Kingston)
IMO 7227346 - Indicatif d'appel VC7402 - Navire à passagers - 29,54 m de long - TE 1,65 m - JB 200 - JN 154 - Ptot 804 kW (trois moteurs 4T-6cyl Caterpillar 3406PCTA / trois hélices à pas fixe) - V 20 nd - Coque aluminium - Constr. 1972 (Marlin Yachts, Gananoque, Ontario, Canada) - Propr./Gérant/Opérat. Gananoque Boat Line (Gananoque, Canada) - Pav. CAN.

L' EMPRESS OF OTTAWA vu ci-dessus propose des croisières permettant de découvrir le canal Rideau et la ville d'Ottawa. Voici quelques photos — que j'ai faites en 08.2009 (malheureusement partiellement sous la pluie) — illustrant ces deux sites. Sur ces trois premières photos, les écluses d'entrée du Canal Rideau (échelle de huit écluses). Ce canal, long de 202 km et qui longe les rivières Cataraqui et Rideau (d'où son nom), relie la rivière des Ouataouais (précédemment évoquée) au lac Ontario. Conçu à l'origine à des fins militaires pour la défense du Haut-Canada, le gouvernement britannique — qui craignait un blocus des Américains sur le Saint-Laurent (les deux pays se disputaient alors le contrôle de la région) — en confia la réalisation au lieutenant-colonel John By (1779-1836), dont on voit la statue à droite. Malgré la rigueur du climat et les conditions topographiques défavorables (zones rocheuses — le "Bouclier canadien", mais aussi marais, fourrés), il ne fallut que six ans pour que les quelques deux mille ouvriers viennent à bout du projet (il fut achevé en 1832). Ce canal, qui compte en tout 47 écluses, relie Montréal à Kingston (au N-E du lac Ontario). C'est aujourd'hui une voie de navigation pour les bateaux de plaisance. Il est géré par l'organisme gouvernemental Parcs Canada qui en est le propriétaire. Ce canal fut classé au patrimoine mondial de l'Unesco en 2007.

Au fil des travaux de construction de ce canal se construisait une colonie dont le plan fut en grande partie élaboré par John By. C'est en son honneur que cette ville fut appelée Bytown… Elle prospéra rapidement, devenant un florissant centre de commerce du bois (coupe de pins rouges en particulier, qui étaient très prisés en Angleterre). Les scieries se multiplièrent rapidement et le canal Rideau, en plus de charrier des "cages" (trains de bois conduits par des "cageux"), portait de nombreux bateaux chargés de planches. La fin de la Guerre d'indépendance américaine (1775-1783) s'accompagne de l'arrivée massive au Canada de population, dont des milliers de "Loyalistes" (colons américains restés fidèles à la Grande-Bretagne). Le pays est alors structuré — par l'Acte constitutionnel de 1791 —  en "Haut-Canada" (anglo-protestant, correspondant à l'Ontario actuel) et "Bas-Canada" (franco-catholique, en gros le Québec d'aujourd'hui). Ces deux entités furent unifiées en 1841 par l'Acte d'Union qui reconnaissait le "Canada-Uni". Quelle serait la capitale de ce "nouveau" pays ? La querelle était vive entre les partisans de Québec, Montréal, Toronto et Kingston. Et ce fut finalement la Reine Victoria qui choisit, en 1857, la ville de Bytown qu'elle renomma aussitôt Ottawa, du nom anglais de la rivière des Outaouais (la capitale de la Confédération canadienne est située sur la rive sud de la Ottawa River, à environ 160 km à l'Ouest de Montréal). Siège du gouvernement et ville de diplomates, les deux langues officielles y sont l'anglais et le français. Sur les deux premières photos ci-dessous, le Parlement canadien, vaste ensemble en granit de style néo-gothique, au moment de la relève de la garde (même type de cérémonial qu'à Buckingham Palace). Sur les deux photos suivantes, le National War Memorial (inauguré en 1939).

A gauche, le Fairmont Château Laurier, proche du Parlement. Cet hôtel de grand luxe fut construit à la demande de Charles Melville Hays, un américain qui était alors directeur général du "Trunk Pacific Railways of Canada". Les plans en furent établis par le Cabinet d'architecture Ross and Macdonald (Montréal). L'inauguration officielle par Sir Wilfrid Laurier, septième Premier ministre du Canada, eut lieu le 1er juin 1912, hélas sans son promotteur décédé le 14 avril 1912… alors qu'il revenait d'Angleterre à bord du TITANIC. Cet hôtel de 546 chambres (après agrandissement et ajout de 240 chambres en 1929) a, depuis son ouverture, hébergé de nombreux souverains et chefs d'état, ainsi que des parlementaires du monde entier, mais aussi les plus grands artistes de la planète (il est cependant ouvert à toute clientèle recherchant un hôtel cinq étoiles). Sur la photo du milieu, la statue de Pierre Le Moyne d'Iberville (1661, Montréal -1706, La Havane). Fils de normands émigrés au Canada, il fut explorateur et militaire durant la colonisation française des Amériques. Il combattit vaillamment les Anglais à plusieurs reprises, en particulier en 1697 : quand trois vaisseaux anglais attaquèrent le navire qu'il commandait (le PELICAN) dans la Baie d'Hudson, il en coula un et monta à l'abordage d'un autre, et réussit à reprendre le Fort York. Sur les deux photos de droite, vues partielles (faute de recul) de la Basilique Notre-Dame d'Ottawa, consacrée en 1846 (sa construction ne fut toutefois achevée en 1880). Entre ses flèches jumelles finement ajourées et argentées, un fronton surmontée d'une statue dorée représentant une Vierge à l'Enfant. Face à cette basilique, la National Gallery of Canada dont on aperçoit qu'une toute petite partie sur la photo de droite. Cette construction moderne, toute de verre, granit et béton, flanquée de deux tourelles prismatiques en verre, est l'œuvre de l'architecte Moshe Safdie. Elle abrite depuis 1988 les collections du Musée des Beaux-Arts du Canada.
Bien que capitale du Canada, Ottawa ressemble plus à une bourgade anglaise qu'à une métropole à l'américaine, comme c'est le cas pour Toronto et ses buildings. Voici quelques exemples de rues en pleine ville, presque "cottages anglais". Sur la photo de droite, sur une place dite Cour Jeanne d'Arc, un "Ours dansant" sculpté en 1999 par Pauta Saila, un chasseur inuit du Nunavut (Territoires du Nord-Ouest) qui commença à sculpter dans les années 1950 afin d'augmenter ses revenus.

Les IDA M II et THOUSAND ISLANDER vus précédemment proposent des croisières (de 1 à 6 h) à la découverte des Mille-Iles. Comme on le voit sur les cartes ci-dessous, cette région — qui compte en fait 1 865 îles — s'étend de la sortie N-E du Lac Ontario (au niveau de Kingston) sur environ 80 km en direction de Montréal. Elle se situe à environ 70 m au-dessus du niveau de la mer (contre 7 m au niveau de Montréal et 4 m à Québec). Cette région forme une sorte d'isthme — dit arche de Frontenac ou arc de Frontenac — qui relie deux importants massifs de l'Amérique du Nord : le Bouclier canadien du nord de l'Ontario aux Monts Adirondack de l'État de New York (Etats-Unis). Il y a 10 000 ans (limite classiquement retenue pour la fin de la dernière période glaciaire), la fonte des glaciers a entraîné avec eux des sédiments et ainsi mis à nu les sommets arrondis du socle granitique précambrien (formé il y a plus de 600 millions d'années) de cet axe. En cherchant un chemin dans sa course vers l'Atlantique, le Saint-Laurent a par la suite inondé cette chaîne, dont les milliers de sommets émergents de granit rose sont devenus les "Mille-Îles".


J'ai également navigué, en 08.2009, dans cette très belle région des Mille-Iles. J'ai embarqué à Kingston, ville située à la sortie N-E du lac Ontario, à la naissance du Saint-Laurent, à la confluence avec la rivière Cataraqui (partie inférieure du Canal Rideau dont on a parlé précédemment). A l'origine de Kingston, un comptoir de commerce de fourrures : Fort Cataraqui fondé en 1673. Un temps abandonné, il fut recolonisé par les Loyalistes (dont on a parlé supra) qui lui donnèrent son nom actuel. Elle devint rapidement une base navale britannique. La construction du canal Rideau augmenta encore l'importance de la ville qui fut même la première capitale du "Canada-Uni" (1841-1843) — cf. l'histoire de Bytown. Kingston demeure de nos jours un important centre d'études et de recherches militaires. Sur la première photo ci-dessous, le City Hall, construit en 1844 sur les plans de l'architecte George Browne. Ce bâtiment, en bordure du port, était à l'origine destiné à abriter le Parlement canadien. Depuis que la Reine Victoria a choisi Ottawa (ex Bytown) comme capitale, ce bâtiment en calcaire de la région est devenu l'Hôtel de Ville de Kingston. Sur les trois photos de droite, la locomotive Canadian Pacific Railway 1095 qui a desservi le sud-est de l’Ontario pendant près d’un demi-siècle avant d’être donnée à la ville où elle a vu le jour. Construite en 1913 par la Canadian Locomotive Company (la CLC était alors installée sur le front de mer de Kingston), elle termina son service à Montréal en 1960. Totalement restaurée en 2013 (à l'occasion de son centenaire), cette superbe locomotive à vapeur est aussi connue sous le nom de The Spirit of Sir John A., en hommage à Sir John A. Macdonald. En effet, cet avocat d'origine écossaise (né à Glasgow en 1815 et arrivé à Kingston à l'âge de 5 ans, ses parents ayant décidé d'émigrer au Canada), fut élu conseiller municipal à Kingston en 1843, puis représentant de Kingston à l’Assemblée législative du Canada l'année suivante. Il devint le premier "Premier ministre" de la Confédération canadienne en 1867, et restera un membre influent de la politique canadienne pendant 47 ans (jusqu'à sa mort en juin 1891). Durant ses mandatures, il soutint activement la construction du chemin de fer transcanadien (ligne achevée en novembre 1885).
A gauche ci-dessous, la tour Murney construite à Kingston en 1846 pour protéger le port. C'est une "tour Martello", et l'un des derniers ouvrages défensifs construits par les Britanniques au Canada (17 furent construites au Canada au début du XIXe siècle — dont quatre à Québec — les Britanniques craignant que les Américains, par suite de l'obtention de leur indépendance, soient tentés d'annexer le Canada à leur territoire). Vu le développement de l'armement, ce type de tour devint inutile et elle fut abandonnée vers 1890. Elle héberge aujourd'hui un musée et ce depuis 1925. Elle fut classée au patrimoine mondial de l'Unesco en 2007, en même temps que le canal Rideau. J'embarque en fin d'après-midi à bord du THOUSAND ISLANDER V (deux photos de droite) pour une mini-croisière aux Mille-Îles.
Ces tours circulaires trapues, à deux étages, avec des murs extérieurs légèrement inclinés, ont la particularité d'avoir des maçonneries beaucoup plus épaisses (jusqu'à 5 m) du côté mer… par où pouvait arriver l'ennemi, et leur porte d'accès est à 2 m au-dessus du sol (seulement accessible par une échelle). Les Britanniques ont reproduit des tours utilisées depuis plusieurs siècles en Méditerranée, connues en France sous le nom de "tours génoises". Elles abritaient des garnisons d'une vingtaine d'hommes, avec un mois de vivres. Ils lui donnèrent le nom de "Martello" car ils découvrirent ces tours défensives — à leurs dépens — en Corse, au cap Mortella, en 1794 : deux de leurs vaisseaux furent repoussés par une poignée de Français retranchés dans la "Torra di Mortella". Petite erreur dyslexique de la part des Anglais puisqu'ils baptiseront leurs tours "Martello" au lieu de "Mortella" (ces tours sont immortalisées par James Joyce dans son ouvrage majeur Ulysse).
THOUSAND ISLANDER V (Kingston) - IMO 8745187 - Navire à passagers - 26,48x7,49x2,22 m - JB 189 - JN 84 - Ptot 866 kW (deux moteurs Caterpillar / deux hélices) - Constr. 1979 (Algan Shipyards, Gananoque, Ontario, Canada) - Propr./Gérant/Opérat. Gananoque Boat Line (Gananoque, Canada) - Pav. CAN.

Avec le temps, la terre s'est progressivement déposée sur les sommets émergents de granit de l'arc de Frontenac, favorisant l'implantation de nombreuses espèces animales et végétales sur les différents îlots, donnant à ces Thousand Islands une beauté naturellement sauvage. Ces îles (1 865 en tout disent les guides locaux) forment un "pont" orienté du N-O au S-E qui "enjambe" le Saint-Laurent, facilitant la migration entre elles de la flore et de la faune locales (cf. ici la localisation des plus grandes îles). Cet archipel bénéficie en outre d'un climat tempéré par les Grands Lacs, ce qui lui vaut d'être rapidement devenu un centre touristique réputé.

De nombreux îlots sont privés, le parking à bateau remplaçant le box automobile. N'ont le statut officiel "d'îles" que les terres qui émergent toute l'année, dont la superficie est supérieure ou égale à 2 m2 et sur lesquelles poussent au moins deux arbres !!!

A noter que cet archipel sert de frontière naturelle entre le Canada et les Etats-Unis sur près de 80 km (cf. tracés de la frontière ici). ll ne faut donc pas oublier son passeport ni le formulaire ESTA si l'on a suffisamment de temps pour visiter le château Boldt, sur l'ïle Heart car celle-ci est américaine ! Les îles côté canadien sont rattachées à l'Etat d'Ontario, tandis que celles du côté américain dépendent de l'Etat de New York. A droite, coucher de soleil très romantique sur cette très particulière — mais magnifique — formation géologique.

Prochainement… chutes du Niagara vues de bateau et d'hélicoptère


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Dernière mise à jour - 03.10.2016
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© Françoise Massard  
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