Visite à bord du câblier PIERRE DE FERMAT (Brest / novembre 2014)
Françoise Massard / Photos Yannick Le Bris
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Nous avons vu arriver à Brest, le 29.10.2014, le tout nouveau câblier PIERRE DE FERMAT. Il avait été livré une quinzaine de jours plus tôt au groupe français Orange Marine (anciennement France Télécom Marine) par le chantier norvégien Vard (ancien chantier STX OSV repris début 2013 par le groupe italien Fincantieri). La dernière inauguration d'un câblier remonte à 2002, date d'entrée en service du RENE DESCARTES (appartenant au même armement) — la flotte mondiale des câbliers compte une soixantaine d'unités. On l'a déjà dit, le câblier porte le nom de l'humaniste français Pierre de Fermat (1601-1665), tantôt magistrat, tantôt mathématicien, que tous les apprentis physiciens connaissent pour son fameux "Principe de Fermat" (propagation rectiligne de la lumière dans un milieu homogène) à la base de l'optique géométrique. Beau symbole donc que de donner son nom à un navire dont l'un des buts sera de poser des câbles en fibres optiques ! Selon Raynald Leconte — Président d'Orange Marine — ce nouveau câblier sera toutefois plutôt dédié à la maintenance qu'à la pose de câbles. Côté forme du navire, le concepteur (le bureau d'études du chantier Vard) a adopté un design (le "Vard 9 01") issu des nouveaux navires offshore. Sur la première photo; on notera la forme particulière de l'étrave au niveau du bulbe : c'est ce que Vard appelle une "étrave à brion". Dans une mer peu formée (vagues de moins de 5 m), la partie renfoncée de la coque au-dessus du bulbe coupe les vagues par le dessus, ce qui — selon ses concepteurs — limite le tangage, augmente l'efficacité du bulbe, diminue la résistance à l'avancement (et donc un peu la consommation de carburant, autour de 10 %).



Vaste pont de travail sur l'arrière du navire. C'est de là que les techniciens guident les câbles — au moment de leur mise à l'eau — vers les deux daviers (rouleaux mobiles qui servent à filer ou relever les câbles), lesquels sont surmontés d'un portique utilisé pour le remontage des câbles lors des opérations de maintenance des câbles sous-marins. Lorsqu'un câblier participe à une mission non pas de pose de nouveau câbles mais de réparation de câbles existants, il doit localiser le câble, au besoin le déterrer s'il s'agit d'un câble ensouillé, et le remonter à l'aide de grappins, comme celui de la photo de droite ci-dessous.



Ci-après, grue destinée à soulever et à mettre à l'eau la charrue d'ensouillage et le robot sous-marin (photos de droite), le ROV (Remote Operated Vehicle) HECTOR 7 (5,00x3,30x2,10 m / dépl. 9 t), robot pouvant travailler jusqu'à 2 000 m de profondeur. Plus spécialement dédié à la réparation des câbles en fibres optiques, il dispose de détecteurs magnétiques pour le repérage des câbles et de buses hydrauliques pour les déterrer quand ils sont recouverts par des sédiments. On notera aussi son bras articulé (il en a en fait deux) qui lui sert à attraper et à couper au fond de l'eau le câble à remonter pour réparation (dans l'atelier de soudure du câblier). Toutes les manipulations du ROV sont télécommandées à partir d'une salle dédiée à bord du câblier (cf. infra). Le ROV est mis à l'eau via un portique synchronisé avec le treuil qui déroule le câble reliant Hector 7 au navire (cet ombilical mesure 3 000 m de long). A noter que le pont du navire a été renforcé pour pouvoir accueillir ultérieurement un deuxième ROV plus spécialement dédié à la pose de câbles d'énergie (entre les éoliennes offshore et la terre, par exemple) et à tous types de travaux EMR (Energies Marines Renouvelables).



Vaste passerelle panoramique avec vue à 360°. Cette passerelle de navigation regroupe tous les instruments modernes de navigation, ainsi que les commandes des moteurs de propulsion et des propulseurs transversaux. Le navire est en effet équipé d'un système de positionnement dynamique (DP2), système indispensable pour des travaux qui demandent une très grande précision (précision surface de 5 m), y compris avec des conditions météorologiques pas toujours favorables (les tenues au point fixe peuvent durer plusieurs heures). Le pupitre comporte donc les commandes des deux propulseurs arrière Rolls-Royce et des trois propulseurs d'étrave (également Rolls-Royce, de 880 kW chacun) dont deux en tunnel et un azimutal rétractable susceptible d'être relevé lors d'opérations dans des petits fonds.



Passerelle de poupe, pour piloter et coordonner le travail des équipes du pont de travail et du pont arrière du navire. A droite, salle de contrôle du ROV et de la charrue. C'est de cette salle — située juste sous la passerelle — que sont commandés tous les mouvements du robot et de la charrue d'ensouillage. Toutes les informations transitent par les cordons ombilicaux qui les relient en permanence au navire. Nombreux écrans, le ROV et la charrue étant munies de plusieurs caméras.



Ci-après le centre névralgique du PIERRE DE FERMAT : un vaste pont de travail couvert, large mais surtout très long, et qui débouche sur le pont arrière du navire. Le câblier dispose de trois cuves de stockage des câbles sous-marins (de diamètres respectifs 16 m, 14 m et 8 m). Ces cuves permettent d'embarquer 2 300 t de câbles (de télécommunications ou d'énergie), soit l'équivalent de 2 500 km de câbles à fibres optiques soigneusement lovés manuellement dans les cuves (autour de leur touret central). L'une de ces cuves devrait bientôt être équipée d'un carroussel afin de pouvoir également stocker des câbles d'énergie, beaucoup plus lourds que les câbles de fibres optiques, et donc quasiment impossibles à lover à la main. Pour atteindre le pont arrière, les câbles remontent des cuves via des goulottes protégées par des filets de sécurité. Les longues machines linéaires motorisées tractent doucement les câbles en contrôlant en continu leur tension. En plus des câbles, le navire doit embarquer des "répéteurs" qui seront posés tous les 50 à 100 km de câble afin d'amplifier les signaux (pour un câble transatlantique par exemple, il faut environ 70 répéteurs).



Sur la seconde photo, divers types de câbles sous-marins, avec différents types de blindage. En effet, en zones côtières, les câbles sont beaucoup plus renforcés (donc plus lourds), avec des fourreaux plus épais et en matériaux plus résistants, pour ne pas être arrachés par un chalut de pêche ou sectionnés par une ancre par exemple. Ci-dessous à droite, différents types de grappins pour remonter à bord les câbles à réparer.



En opération de pose, le PIERRE DE FERMAT devrait naviguer aux alentours de 6 nd, et donc pouvoir déposer sur le fond marin de l'ordre de 11 km de câble à l'heure, soit de l'ordre de 260 km de câble par jour (sur la base de 24 h). Valeur maximale bien sûr, les câbliers déposant plus généralement une centaine de kilomètres de câbles par jour. Lorsque le câble doit être ensouillé avec la charrue (de 1 à 2 m de profondeur), la vitesse du câblier devrait tomber autour de 0,8 nd, soit une capacité théorique de pose de 30 à 35 km de câble par 24 h, en fait de l'ordre de 20 km/j. Les sillons d'ensouillage se remblaient naturellement, et de façon rapide, mettant ainsi les câbles à l'abri.


Immenses armoires regroupant toutes les installations électriques dont une partie en 6 000 V. PC machine où sont contrôlés tous les paramètres des quatre moteurs diesel-électriques Caterpillar et des alternateurs couplés qui fournissent l'électricité aux deux moteurs électriques de propulsion. On retrouve la majorité de ces écrans de contrôle à la passerelle car ce câblier est classé AUT-IMS, ce qui signifie qu'il n'y a pas de veille de nuit à la machine, les officiers de veille à la passerelle prenant le relais. Salle moteurs vue du dessus.



Pour finir, quelques vues des emménagements : le bureau du Commandant et l'infirmerie.



Ci-dessous, la cuisine, le passe-plats (self) et le restaurant.


PIERRE DE FERMAT (Marseille) - IMO 9694505 - Indicatif d'appel FIIZ - MMSI 228041600 - Câblier - 100,10x21,50x8,80 m - TE 7,10 m - JB 8 781 - JN 2 634 - PL 4 000 t - Ptot 9 000 kW (quatre moteurs Caterpillar / propulsion électrique (2 x 2 500 kW) / deux propulseurs azimutaux Rolls-Royce) - Vmax 15 nd - Vserv. 12 nd - Trois propulseurs d'étrave Rolls-Royce de 880 kW chacun (dont deux en tunnel et un azimutal rétractable susceptible d'être relevé lors d'opérations dans des petits fonds) - Générat. aux. 1 x 715 kW / 1 x 163 kW - Système de positionnement dynamique DP2 Alstom - Classé FS Ice 1C - Traction au croc 80 t - Capacité de stockage de câbles 2 300 t (3 cuves) - Trois ponts de travail (380 m2 / 150 m2 / 50 m2) - Emménagements pour 80 personnes (70 cabines simples et 5 cabines doubles; toutes extérieures et équipées de lavabo, douche, WC) - Cap. de prod. d'eau douce 500 m3/j - Autonomie 45 j - Design Vard 9 01 - Constr. 10.2014 (Vard Braila, Braila, Roumanie (coque) / Vard Brattvaag, Brattvaag ,Norvège) - Propr./Gérant/Opérat. Orange Marine (Puteaux, France) - Pav. FRA.


Le PIERRE DE FERMAT n'est pas resté longtemps à son port d'attache Brest puisqu'il a appareillé dès le 10.11 pour le port écossais de Dunvegan (57° 26' 29" N - 006° 35' 25" W) situé sur la côte Nord de l'île de Skye, dans la mer des Hébrides (Dunvegan, aujourd'hui surtout un port de pêche, est connu à cause de son château du début du XIIIe siècle). A la passerelle, une femme, le Commandant Cristelle Palpacuer. il devrait rejoindre le RENE DESCARTES pour une opération de pose de câbles sous-marins entre l'Ecosse et diverses îles de l'archipel des Hébrides (Skye, Harris, North Uist, etc.), dans le cadre d'un plan de développement numérique que le gouvernement du Royaume-Uni est en train de déployer. Le présent projet "Hébrides" est mené conjointement par Orange Marine et British Telecom.

Françoise Massard - 16.11.2014

© Françoise Massard 
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