Départ de L'HERMIONE pour ses premiers essais en mer (Rochefort / 06 & 07.09.2014)
Françoise Massard
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Toute la ville de Rochefort est en effervescence à quelques heures du départ de L'HERMIONE pour sa première navigation en mer. Et en premier lieu le port de plaisance où de nombreux voiliers, dont quelques vieux gréements, se préparent à sortir pour la parade nautique qui fermera la marche derrière L'HERMIONE lors de sa descente de Charente.




Conférence, avant le départ de L'HERMIONE de Rochefort, le 07.09.2014

Conférence à la Médiathèque de la Corderie Royale de Rochefort, le 07.09.2014 en début d'après-midi. De gauche à droite, Erik Orsenna (Fondateur et ex-Président de la Fondation Hermione - La Fayette, Président du Centre International de la mer), Hervé Blanché (Maire de Rochefort et Président de la Communauté d'Agglomération Rochefort Océan), Dominique Bussereau (Président du département de la Charente-Maritime, député et ancien ministre), Ségolène Royal (Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, ancienne Présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes) et Benedict Donnelly (Président de la Fondation Hermione - La Fayette, engagé depuis plus de vingt ans sur les grands projets de l'Arsenal de Rochefort et… véritable symbole de l'amitié franco-américaine puisque fils d'un soldat américain qui a débarqué en Normandie en juin 1944).


Née dans le sillage de la réhabilitation de la Corderie Royale (dans les années 1980) et de la création en 1985 du Centre International de la mer (installé à la Corderie), l'aventure de L'HERMIONE débute en 1992. C'est à cette date que germe l'idée, au départ un peu folle, de construction de cette frégate dans l'esprit de quelques passionnés, au premier rang desquels se trouvaient Jean-Louis Frot (alors Maire de Rochefort), ainsi qu'Erik Orsenna et Benedict Donnelly. Cinq ans plus tard, ils ouvraient officiellement le chantier de L'HERMIONE. Depuis 1997, pas moins de 4 millions de passionnés des diverses étapes de la construction de cette réplique de la frégate de La Fayette (elle aussi construite à Rochefort en 1778 et à bord de laquelle il rejoindra les Etats-Unis en 1780) ont visité le chantier durant ces 17 années (le Chantier de l'Arsenal est ainsi le troisième site le plus visité de Charente-Maritime, après l'Aquarium de La Rochelle et le zoo de La Palmyre). Depuis le début de l'aventure, la ville de Rochefort a toujours soutenu le projet : Jean-Louis Frot, on l'a dit, mais aussi ses successeurs, Bernard Grasset d'abord, puis Hervé Blanché aujourd'hui. Tous ont été sensibles aux valeurs morales et politiques, dont la liberté des peuples à décider d'eux-mêmes, portées par L'HERMIONE. La ville de Rochefort (engagée au niveau de 8 M€ au total) a réhabilité les deux formes de radoub de l'Arsenal, a financé les deux nouveaux bateaux-portes fermant ces cales, a apporté son soutien financier (4,8 M€) à la construction de l'Hermione, etc. Au fil des années, L'HERMIONE est ainsi devenue pour les Rochefortais un symbole fort, aussi célèbre que la Maison de Pierre Loti ou les fameuses Demoiselles !



Cérémonie officielle, avant le départ de L'HERMIONE de Rochefort, le 07.09.2014 après-midi

S'exprimeront tour à tour Hervé Blanché, Erik Orsenna, Dominique Bussereau, Ségolène Royal et Benedict Donnelly (précédemment présentés). A droite sur la deuxième photo ci-dessous, Jean-Louis Frot, maire de Rochefort lors du lancement du projet de L'HERMIONE. L'actuel édile de Rochefort et le Président de l'Association Hermione - La Fayette ont tous deux rappelé la mémoire du célèbre charpentier de marine, Raymond Labbé, impliqué dès le début dans le projet de L'HERMIONE. (il était également conseiller technique auprès du ministère de la Culture pour le patrimoine maritime). Il n'en aura malheureusement pas vu l'aboutissement puisqu'il est décédé (à l'âge de 89 ans) en 2005. Les discours sont à peine terminés que la frégate apparaît sous les acclamations du public nombreux présent tout le long de la Charente entre le port de commerce (d'où sort L'HERMIONE) et la Corderie Royale (devant laquelle est installée la tribune officielle).



Avec un montant total de subventions de 4,8 M€, soit près de 20 % du budget de construction de la frégate, le département de la Charente-Maritime s'est engagé dès 1995 aux côtés des porteurs du projet. C'est en effet l'Histoire de la Charente-Maritime, son patrimoine naval, les multiples savoir-faire de sa filière nautique qui se trouvent valorisés par cette reconstruction historique. L'attractivité de L'HERMIONE contribue pleinement au développement de l'économie du département. Symbole de liberté et de courage, mais aussi d'audace, de solidarité et de persévérance, L'HERMIONE est ainsi devenue l'affaire de tout le département, de plus en plus enthousiaste devant le talent et la volonté des hommes et des femmes qui ont contribué depuis 17 ans au succès de cet audacieux défi de construction de la frégate que nous voyons naviguer aujourd'hui.



Le commandant de L'HERMIONE fait tirer des salves de canons en arrivant devant l'embarcadère de la Corderie Royale.



La Renaissance de la Corderie et de l'Arsenal de Rochefort
Rochefort fut le port de départ et de retour de nombreuses expéditions scientifiques au XVIIIe siècle et au début du siècle suivant, et surtout le plus prestigieux chantier naval français de cette époque. La ville fut créée de toutes pièces, en même temps que l'arsenal, au milieu du marais d'Aunis dans une boucle de la Charente (en rive droite), à environ 12 milles de l'océan Atlantique, et ce sur ordre de Louis XIV et de Colbert. Plusieurs centaines de navires sont sortis de l'arsenal de Rochefort (le premier en 1676) et les cordiers ont fabriqué à la Corderie Royale (photo ci-dessous) tous les cordages de la marine de guerre française. Cette manufacture royale fut construite entre 1666 et 1669 sur les plans de l'architecte Blondel. Elle mesure 374 m de long (longueur des cordages obligeant : une "encablure", soit 200 m). Eu égard à la nature marécageuse du terrain, l'ensemble du bâtiment fut construit sur un radeau de poutres de chênes. A la fin du "Grand Siècle", environ 15 000 personnes vivaient à Rochefort (l'Arsenal employa jusqu'à 8 000 ouvriers). Une fonderie, des forges, des scieries, un atelier de sculpteurs, travaillaient également pour la Marine. Une Faculté de médecine navale fut fondée au XVIIIe siècle. La construction des navires cessa en 1927, ce qui fut un rude coup pour la ville de Rochefort. En 1944, avant de battre en retraite, les armées allemandes mirent le feu à l'Arsenal et à la Corderie… un désastre.
La restauration de la Corderie Royale débuta en 1976 et s'acheva presque 12 ans plus tard. Elle pouvait accueillir ses premiers visiteurs en 1988. En parallèle, la renaissance de l'Arsenal est engagée à la fin des années 1980 par Jean-Louis Frot (cf. supra), maire de Rochefort de 1977 à 2001. C'est en 1994 que le Conseil municipal vote le premier budget pour les études préliminaires du "projet Hermione". Le chantier de reconstruction de L'HERMIONE ouvre officiellement le 4 juillet 1997, faisant ainsi revivre le passé de Rochefort. Les collectivités locales déjà citées sont rapidement rejointes par plusieurs milliers de particuliers mobilisés au sein de l'Association Hermione - La Fayette (8 000 membres à ce jour). Au fil du temps, ce sont des centaines de salariés et de bénévoles qui se sont mobilisés sur le chantier de L'HERMIONE. La France, contrairement à la plupart des grands pays maritimes, n'avaient conservé ni recontruit aucun navire antérieur au XIXe siècle.
La recontruction de L'HERMIONE met ainsi fin à une "exception française". Elle a aussi permis de conserver, voire retrouver, des savoir-faire uniques (en charpenterie de marine, en forge, en corderie, en voilerie, etc.). Sur la cinquantaine d'entreprises qui sont intervenues sur le chantier de la frégate, une trentaine sont originaires de la région Poitou-Charentes, la plupart de Charente-Maritime. On peut citer, par exemple, la bien connue entreprise Asselin (Thouars) — spécialisée dans la restauration des Monuments historiques — qui a fait l'essentiel des travaux de charpente et une partie de la mâture, les forges de l'Arsenal de Rochefort et l'Atelier Fer de terre de Saint-Savinien, les Voileries Incidences de la Rochelle et l'Atelier de voilerie d'Anne Renault à Fouras, les fonderies NDC de Rochefort et celles de l'Isle d'Espagnac (la Safem), pour n'en citer que quelques-unes. Six établissements scolaires de Poitou-Charentes ont également participé à ce chantier, fabriquant, dans le cadre de projets pédagogiques, le mobilier de L'HERMIONE (armoires, coffres, lits, bureaux, bancs de quart, etc.).

L'HERMIONE quitte l'Arsenal où elle est née (et où fut également construite la frégate de La Fayette) et entame ainsi sa première descente de la Charente.



Les bateaux des lamaneurs encadrent L'HERMIONE durant toute sa descente de Charente. Un bateau de la SNSM ouvre la marche de la parade nautique à l'arrière de L'HERMIONE. Quant à cette pilotine de la Station de pilotage de La Rochelle-Charente, elle est investie pour l'occasion par des photographes de différents médias.


De sa source, dans le Massif Central (plus précisément en Haute-Vienne), jusqu'à Port des Barques, côté Océan Atlantique, la Charente fait quelque 360 km... mais seulement 160 km d'une extrémité à l'autre à vol d'oiseau, c'est dire qu'elle est loin d'être linéaire. Elle n'est navigable qu'à partir d'Angoulême (Charente) et seulement pour les bateaux de plaisance. Elle ne devient navigable pour les navires de commerce… ou les navires de guerre comme L'HERMIONE qu'à partir de Tonnay-Charente (situé un peu à l'amont de Rochefort, sur la même rive), port à partir duquel la Charente appartient au domaine maritime. Les distances se mesurent désormais en milles et non plus en kilomètres comme dans le domaine fluvial, les vitesses en nœuds et non plus en kilomètres par heure. Rochefort est à 12 milles de Port-des-Barques.



Avant que L'HERMIONE ne quitte sa cale, son mât de misaine et son grand mât avaient été calés bas (le dernier étage de mât avait été coulissé au niveau de l'étage inférieur) afin que la hauteur de mâture soit compatible avec le pont transbordeur du Martrou et avec le pont routier de Rochefort qui enjambe la Charente depuis 1991. Les hauts-mâts seront remis à leur position normale d'ici l'arrivée en mer.



Ci-dessous, on commence à apercevoir la parade nautique comportant une centaine de bateaux partis du port de plaisance de Rochefort.


Tout au long du parcours, à des points stratégiques sur les deux rives de la Charente, de nombreuses personnes se sont rassemblées pour voir passer L'HERMIONE et ses bateaux accompagnateurs. Une partie du public a endossé un T-shirt jaune ou bleu, les couleurs de L'HERMIONE.


La descente de Charente se poursuit, sous la "surveillance" de la vedette IMA  ANTIOCHE (SNS 144) de la station SNSM de La Rochelle.



Ces gros plans sur L'HERMIONE me donnent l'occasion de revenir sur sa construction. Nous avons précédemment mentionné l'entreprise Asselin, spécialisée dans la restauration des Monuments historiques. C'est précisément l'un de ses charpentiers de marine (Chef d'équipe depuis 1977), Jacques Haie, qui s'est investi dans le projet de L'HERMIONE dès son commencement. Charpentier de métier donc, il a réalisé le traçage de l'épure (tracé des éléments de charpente à l'échelle 1:1), participé à la construction de la coque et à l'aménagement de la frégate. La coque a été réalisée en chêne et les charpentiers étaient allés repérer eux-mêmes en forêt certains arbres destinés à construire des pièces courbes. Les ponts de gaillard (avant et arrière) et le pont de batterie, ainsi que les mâts, sont en pin d'Orégon, une essence plus souple. Dans l'atelier Asselin de Rochefort, Jacques Haie a formé — transmis son savoir-faire — à plus de 150 charpentiers (dont certains "Compagnons"). Sur le chantier de L'HERMIONE, il a travaillé en collaboration avec les calfats et les gréeurs, ainsi qu'avec les entreprises installant les équipements contemporains. Il a quitté le chantier en ce début d'année pour prendre une retraite bien méritée.


Un groupe de bénévoles sur le mât de beaupré.



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Françoise Massard - 20.06.2016

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