Départ de L'HERMIONE pour ses premiers essais en mer (Rochefort / 06 & 07.09.2014)
Françoise Massard
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L'HERMIONE poursuit sa descente de Charente, entourée de ses "anges-gardiens"… trois vedettes de la société de Lamanage La Rochelle-Charente.



Des milliers de personnes attendent le passage de la frégate, massées sur les deux rives de la Charente, ici devant le Centre Nautique Rochefortais.


Nous avons précédemment présenté les volontaires de l'équipage, dont on en voit quelques-uns dans la mâure (photos ci-dessous), mais nous n'avons pas encore parlé des "bénévoles", toujours plus nombreux, qui ont animé le chantier de L'HERMIONE depuis 17 ans. Leur implication a encore augmenté après la mise à l'eau de la coque mi-2012 (L'HERMIONE était à flot dans la cale Napoléon III depuis juillet 2012, cf. ici). La frégate était alors à l'air libre, et une équipe de bénévoles a été formée pour assurer diverses tâches de maintenance. D'autres ont installé le lest de fond de cale (des gueuses de fonte — fabriquées à Rochefort par NDC Foundry — et des pavés de granit, … 240 t en tout). D'autres encore ont effectué des travaux de peinture, entretenu les ponts, fabriqué des couchettes pour l'équipage. Courant 2013, une équipe de couturières s'est mise en place, afin de créer les costumes historiques des marins. D'autres bénévoles se sont investis dans l'animation du site lors des manifestations sur le chantier (visites costumées, etc.). Leur présence a été essentielle dans la réussite de ce projet. Bravo et merci à eux.


Un hélicoptère vole en permanence au-dessus de L'HERMIONE (avec des photographes à bord sans doute). La flotille de voiliers rochefortais poursuit elle-aussi sa descente de Charente derrière la "frégate de La Fayette".



On revoit la vedette SNS 144 (cf. page précédente). A droite, un bateau du patrimoine rochelais, l'ancienne vedette de la SNSM de Cap Ferret, le CAPITAINE DE FRÉGATE LEVERGER (cf. ses caractéristiques sur le site du Musée Maritime de La Rochelle).


Le Marquis de La Fayette et la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique

Marie-Joseph-Gilbert du Motier, Marquis de La Fayette, naquit en 1757 en Haute-Loire (au château de Saint-Roch à Chavaniac). La mort prématurée de ses parents (appartenant à une vieille famille de la noblesse auvergnate) le mit, à l'âge de 13 ans, en possession d'une immense fortune. Après des études générales au célèbre Collège du Plessis (l'actuel lycée parisien Louis-le-Grand), il entama des études militaires. Devenu quelques années plus tard sous-lieutenant au régiment de Noailles, il épousa en 1774 la seconde fille du Duc de Noailles. Fervent enthousiaste des idées philosophiques et des grandes causes, il s'intéressa dès 1775 au combat des Américains pour leur indépendance et, malgré l'opposition de sa famille, il décida de partir (à ses frais) combattre à leurs côtés. Il débarqua en Amérique en juin 1777, à l'âge de 20 ans donc. Il rencontra, dès son arrivée, George Washington et prit aussitôt part aux combats à ses côtés.

Rentré en France en 1779, il milita pour la cause américaine. Porteur d'un message de soutien du Roi Louis XVI aux insurgés américains, il traversa de nouveau l'Atlantique en 1780 — à bord de L'HERMIONE donc… elle aussi partie de Rochefort— pour annoncer à George Washington l'arrivée d'un nouveau corps expéditionnaire français (6 000 hommes commandés par Rochambeau). Il prit lui-même le commandement du régiment "Le Virginie", à la tête duquel il harcela les troupes anglaises du général Cornwallis, jouant un rôle important dans la victoire décisive de Yorktown en octobre 1781. La Fayette rentra en France l'année suivante et fut promu Maréchal de camp. Après plusieurs voyages en Europe, il poursuivit en France une brillante carrière militaire et politique.
La Fayette, peint en 1834 par le portraitiste Joseph-Désiré Court (1797-1865)
Il jouera un rôle important notamment pendant les premières années de la Révolution française (il fit partie de "l'Assemblée des notables" en 1787 — il y fit voter l'abolition de la "gabelle" — puis fut élu député de la noblesse aux "Etats Généraux" en 1789. Il prit l'initiative de la rédaction de la "Déclaration des droits de l'Homme", organisa la Garde nationale, fit démolir la Bastille et adopter la "cocarde tricolore" ! Mais, auparavant, il était retourné aux Etats-Unis (en 1784) sur l'invitation de George Washington. Le "Héros des deux mondes" y reçut un accueil plein de ferveur de la part des Américains, et de grandes réceptions furent données en son honneur dans de nombreuses villes (New York, Philadelphie, Baltimore, Chesapeake, Yorktown, Richmond et Boston). L'HERMIONE du XXIe siècle escalera en 2015 dans nombre de ces villes. Après une traversée du désert pendant la période post-révolutionnaire (exil, emprisonnement, etc.) et pendant le Premier Empire (rentré en France, il rejoignit ses terres auvergnates), il revint sur le devant de la scène à la Restauration, puis quand la Révolution de Juillet (1830) éclata. Il fut élu commandant en chef de la Garde nationale. Il contribua à l'accession au trône du Duc d'Orléans. Mais, ayant repris à la Chambre sa place à l'extrême gauche — place qu'il avait occupée durant la Restauration — il combattit très vite la politique de la Monarchie de Juillet, car il la trouvait insuffisamment libérale. Il finira par démissionner. Resté très populaire tant en France qu'aux Etats-Unis, il décéda à Paris en 1834, à l'âge de 77 ans et fut enterré au cimetière de Picpus, l'un des rares cimetières privés de Paris (qui eut le triste privilège de recevoir les dépouilles de nombreux hauts personnages guillotinés pendant la Révolution). A noter qu'une association milite actuellement pour que les cendres de La Fayette soient transférées au Panthéon. Le Marquis fut fait "Citoyen d'Honneur des Etats-Unis" en 2002.
Remarque : après la révolution de 1789, La Fayette décida de signer tous ses courriers « Lafayette » en un seul mot, en réaction contre le système nobiliaire. Lafayette était plus fier de son grade de «Général» que de son titre héréditaire de «Marquis».

Le Commandant Cariou ordonne de faire de nouveau retentir les canons à l'approche de la Pointe de la Fumée (au bout de la presqu'île de Fouras).



Le gréement de L'HERMIONE est authentique et la surface de voilure importante (2 200 m2). Les manœuvres sur la frégate sont donc longues et physiques. Les "gabiers" sont 54 à bord… dont un tiers de "gabières" ! Les 150 volontaires participeront à tour de rôle à ces deux mois d'essais en mer (relèves d'équipage aux différentes escales). A bord, ces volontaires sont rassemblés en trois groupes de 18 qui partagent le même rythme de vie et le même espace de couchage. Certains dorment dans des hamacs, d'autres dans des bannettes. A chaque prise de poste, ils doivent mettre leurs harnais de sécurité avant de monter sur le pont. Ils effectuent alors 4 h de quart, qui seront suivies de 8 h de repos (temps pendant lequel ils peuvent toutefois être appelés en renfort lors de manœuvres délicates). Pendant un quart, les tâches sont diverses : manœuvres des voiles bien entendu, mais aussi barre, veille, ronde de sécurité, entretien du navire, etc.


Arrivée à l'embouchure de la Charente, L'HERMIONE est accueillie par une véritable cohue de bateaux de tous types : des voiliers de toutes tailles, des yachts petits et gros, des bateaux pneumatiques, des canoës, des plates conchylicoles et même des scooters des mers… le tout dans une pagaille indescriptible, à la hauteur de la ferveur populaire, mais obligeant L'HERMIONE à réduire sa vitesse, voire à stopper à plusieurs reprises. Les vedettes de sécurité avaient bien du mal à contenir un tel nombre d'embarcations.





Voilà, la réplique de la frégate de La Fayette a effectué une superbe navigation de 3 h sur la Charente en ce 07.09.2014 après-midi. Elle va mouiller ce soir au large de l'Île d'Aix et restera quelques jours dans les parages pour ses premiers essais techniques. Puis L'HERMIONE s'élancera pour ses premières navigations sous voiles le long de la côte Atlantique. Elle fera escale à Bordeaux, dans le port de La Lune, du 9 au 13 octobre. Elle regagnera l'Arsenal de Rochefort à la mi-novembre 2014. Pendant tout l'hiver, et jusqu'au milieu du mois de mars, la frégate sera de nouveau visitable par le public à Rochefort. Le mois suivant, quelques finitions et les derniers réglages y seront effectués, avant le grand départ historique vers les Etats-Unis sur les traces de La Fayette, prévu mi-avril 2015. En 1780, il avait fallu 38 jours au jeune marquis de La Fayette pour traverser l'Atlantique. L'HERMIONE de 2015 en mettra sans doute presque autant (en comptant l'escale technique programmée aux Canaries). Le retour devrait s'effectuer en une quinzaine de jours, les alizés étant cette fois-ci dans le bon sens.


Impliquée dès le début dans le projet Hermione, la Région Poitou-Charentes s'investit de nouveau. en mettant en place, le 12.09.2014, le "Comité national Hermione La Fayette 2015", présidé par Ségolène Royal. Il réunira des partenaires publics et privés, français et outre-atlantiques, afin de développer les échanges économiques, éducatifs, culturels et touristiques à l'occasion du voyage de L'HERMIONE.

Le voyage de L'HERMIONE en 2015, un parcours de 4 mois et de 7 500 milles à travers l'Atlantique et le long des côtes américaines
L'HERMIONE arrivera à Norfolk, à l'entrée de la Baie de Chesapeake, à proximité de Yorktown (Virginie) où s'est déroulée la bataille navale décisive pour l'indépendance des Etats-Unis (septembre 1781). L'escale suivante sera Annapolis (capitale du Maryland), siège de l'académie navale américaine. Puis ce sera Baltimore, ville où La Fayette se rendit à plusieurs reprises et où fut créé l'hymne national américain. Une étape importante du voyage sera Philadelphie (Pensylvanie), La Fayette y ayant reçu à bord de L'HERMIONE les membres du congrès américain en mai 1781. La frégate escalera ensuite à New York (capitale des US de 1785 à 1790), dernière ville à être libérée (en 1783) par l'armée de Georges Washington à la toute fin de la guerre d'indépendance. Puis ce sera Newport (Rhode Island) où débarquèrent les 6 000 hommes constituant les troupes de Rochambeau (cf. encadré précédent), que La Fayette rejoindra le 25 juillet 1780.
Une autre étape importante : Boston (Massachusetts), point de départ de la révolution américaine. C'est à Boston que La Fayette à débarqué le 28 avril 1780 de l'Hermione. Suivront les escales de Lunenburg (Nouvelle Ecosse) où L'HERMIONE de La Fayette avait patrouillé avant le célèbre combat de Louisbourg (juillet 1781) aux côtés de l'ASTREE commandée par La Pérouse. Après un passage par Halifax (Canada), la réplique de la frégate de La Fayette reviendra à Rochefort. L'HERMIONE escalera auparavant à Brest où La Fayette avait débarqué (le 6 février 1779) en revenant de son premier voyage aux Etats-Unis. Retour à Rochefort (via l'Ile d'Aix) le 15 août 2015.

Prochaine étape pour la Fondation Hermione, présidée par Erik Osenna : mobiliser le mécénat pour le voyage de 2015 en Amérique, mais aussi développer un programme culturel franco-américain. De son côté, la fondation américaine Friends of Hermione in America, présidée par Miles Young, a pour mission de préparer les escales américaines de L'HERMIONE en 2015, d'aider au financement du voyage et de développer lui aussi la mission culturelle franco-américaine. Le budget prévisionnel pour le "voyage américain" (traversée et festivités locales) est de 5,4 M€, dont 3,15 M€ pris en charge par les mécènes et sponsors américains. La Région Poitou-Charentes, le département de la Charente-Maritime et la ville de Rochefort apporteront, quant à eux, chacun 500 000 €. Divers mécènes et sponsors français complèteront le budget (à hauteur de 750 000 €).

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Françoise Massard - 06.06.2015

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