Croisière La Havane - Gênes à bord du MSC ARMONIA (mars-avril 2017)
Françoise Massard

Navires cités dans la page (ciquez sur leurs noms pour un accès direct) : - MSC Armonia - MSC Lirica - MSC Opera - MSC Sinfonia -
 
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AVANT-PROPOS

Cette fois-ci, c'est à bord du paquebot MSC ARMONIA que j'embarque pour une croisière transocéanique d'une vingtaine de jours. Embarquement à La Havane (Cuba), débarquement à Gènes (Italie). Ce navire est en service depuis 2001 et a été jumboïsé (allongement de 23,7 m) en 11.2014 (cf. ici), pour un coût de 50 M€. Cet ajout d'une section intermédiaire (au chantier italien Fincantieri de Palerme) a été également effectué sur ses sisterships (tous construits à Saint-Nazaire), et ce dans le cadre du programme dit "Renaissance" : MSC SINFONIA (IMO 9210153 / 03.2002 / Ex EUROPEAN STARS 03.2002-07.2004) en 03.2015 - MSC OPERA (IMO 9250464 / 05.2004 / d'autres photos ici) en 06.2015 - MSC LIRICA (IMO 9246102 / 2003) en 10.2015. Les 193 cabines additionnelles permettent d'embarquer désormais 2 680 croisiéristes (contre 2 119 auparavant). De nombreux emménagments intérieurs ont été remis à neuf à l'occasion de ces passages en cale sèche.


Caractéristiques principales du MSC ARMONIA

IMO
Longueur hors tout
LPP
Largeur hors tout
Creux
Tirant d'eau max.
Jauge brute / Jauge nette
Port en lourd
Puissance totale
Vitesse de croisière
Capacité passagers
Membres d'équipage
Construction
Port d'enregistrement
Pavillon

9210141
274,90 m
245,90 m
28,88 m
12,90 m
6,80 m
65 542 / 41 682
6 909 t
31 680 kW
21,7 nd
2 680 (976 cabines)
763
2001 / Jumboïsé en 2014
Panama
PAN


MSC ARMONIA (Panama) - IMO 9210141 - Indicatif d'appel H8EW - MMSI 357281000 - Paquebot de croisières - 274,90 m (après jumboïsation)x28,88x12,90 m - TE 6,80 m - TA 54 m - JB 65 542 (après jumboïsation / 58 625 avant) - JN 41 682 - PL 6 909 t - Ptot 31 680 kW (quatre moteurs 4T-12cyl Wartsila 12V38 couplés à quatre générateurs (de 7 650 kW chacun) qui alimentent deux moteurs électriques (de 10 000 kW chacun) entraînant deux azipods) - V 21,7 nd - Prop. d'étrave (2 x 2 350 kW) - Générat. 4 x 9 562 kVA / 1 x 988 kVA - Cap.  2 680 passagers (976 cabines) après allongement / 2 119 passagers (782 cabines) avant - Equipage 763 - 9 ascenseurs - 2 piscines - 13 ponts - Wifi (payant) dans les espaces publcs et dans les cabines - Constr. 06.2001 (Chantiers de l'Atlantique / STX France, Saint-Nazaire, France) - Jumboïsation en 11.2014 - Propr./Gérant/Opérat. Mediterranean Shipping Company (Genève, Suisse) - Pav. PAN - Ex EUROPEAN VISION (06.2001-04.2004 / Arm. Festival Shipping). Sisterships : MSC LIRICA (IMO 9246102 / 03.2003) - MSC OPERA (IMO 9250464 / 05.2004) - MSC SINFONIA (IMO 9210153 / 03.2002 / Je l'avais photographié en 06.2005 à quai dans le port de Barcelone).


Synoptique du voyage

Port de départ / Date
Port d'arrivée / Date
Distance
(milles)
Distance
(km)
La Havane (Cuba) / 14.03.2017 - Embarquement La Havane (Cuba) / 15.03.2017
A quai
A quai
La Havane (Cuba) / 15.03.2017 Montego Bay (Jamaïque) / 17.03.2017
645
1 194,5
Montego Bay (Jamaïque) / 17.03.2017 Santo Domingo (Rép. Dominicaine) / 19.03.2017
490
907,5
Santo Domingo (Rép. Dominicaine) / 19.03.2017 Philipsburg (Sint Maarten) / 20.03.2017
400
740,8
TRAVERSEE DE L'OCEAN ATLANTIQUE "Eastbound" / 20.03 au 28.03.2017
Philipsburg (Sint Maarten) / 20.03.2017 Funchal (Madère) / 28.03.2017
2 185
4 046,6 (1)
Funchal (Madère) / 28.03.2017 Barcelone (Espagne) / 31.03.2017
1 130
2 092,8
Barcelone (Espagne) / 31.03.2017 Gênes (Italie) / 01.04.2017 - Débarquement
360
666,7
(1) Nous avons fait une route réelle plus longue que prévu (de l'ordre de 215 milles, soit 398 km) car, après avoir navigué 15 h au départ de Saint-Martin, cap sur les Canaries (où nous devions initialement passé une journée à Tenerife), nous avons dû revenir sur nos pas pendant 7 h (afin de nous rapprocher de la Guadeloupe) pour une évacuation sanitaire. Celle-ci a eu lieu — par hélicoptère — à environ 88 milles de la côte Est de la Guadeloupe, après quoi le MSC ARMONIA a repris sa route normale. Mais des courants et des vents forts et contraires à notre navigation, auxquels se sont ajoutés des ennuis sur l'un des deux moteurs de propulsion, ont obligé le commandant à modifier notre route et donc nos escales en Europe : nos "stopovers" de Tenerife et Cadix ont été annulées au profit d'une escale à Funchal et l'escale touristique de Barcelone a été réduite à une simple escale technique (les deux sillages du paquebot sont redevenus identiques entre Barcelone et Gênes) et à un débarquement / embarquement de croisiéristes. Une certaine fronde a régné sur le navire à la suite de ces changements et l'armement MSC, fairplay, a proposé un accord financier à tous les croisiéristes ayant navigué entre La Havane et Gênes.
Route Route complète
Total La Havane - Gênes
5 210
9 648,9
Les distances en mer sont exprimées en milles dans la marine marchande (en anglais, nautical miles, NM). Cette unité internationale correspond à une minute d'angle du méridien à la latitude de 45° (40 000 km correspondant à 360° soit 360x60'), donc 1 mille = 40 000 / (360x60) = 1,852 km = 1 852 m. Les vitesses des navires sont, quant à elles, exprimées en nœuds (nombre de milles parcourus en une heure, soit 1 nd = 1 mille/h) ou knots en anglais. La vitesse de croisière de ce paquebot est de théoriquement 21,7 nd, mais elle sera adaptée par le commandant en fonction de la distance entre les escales afin que nous ne touchions pas les ports avant le lever du jour pour que les croisiéristes puissent en profiter (au moins ceux intéressés par les accostages et les appareillages), et aussi en fonction des conditions climatiques et techniques. La tendance générale des armements au commerce est, de toute façon, plutôt de diminuer la vitesse des navires pour réduire les frais de soute. Durant toute cette croisière, notre vitesse moyenne variait entre 15 et 17,5 nd, nous n'avons jamais dépassé 18 nd (j'ai suivi notre route et notre vitesse en continu sur ma tablette qui dispose d'une application Navionics intégrée).


Mardi 14 mars 2017
Lever du soleil 06h47 - Coucher du soleil 18h37

Embarquement à LA HAVANE (Cuba)
Lat. 23° 09' N – Long 082° 21' W – GMT-5

Partie de Roissy le 14.03.2015 après-midi (décollage à 14h50), j'atterris à l'aéroport international José Marti (situé à une vingtaine de kilomètres du centre-ville de La Havane) le soir même à 20h30 heure locale, et donc 01h30 heure de Paris (le décallage horaire étant de 5h à cette époque de l'année), soit 10h30 de vol pour une distance parcourue de 7 790 km. J'embarque à bord du MSC ARMONIA une heure plus tard. Le temps de m'approprier ma cabine (suite avec balcon) et de ranger mes bagages, j'apprécie ma "bannette" après cette longue journée. Le paquebot reste à quai jusqu'au 15.03 au soir afin que nous puissions consacrer notre journée de demain à la visite de La Havane.


La Havane est, comme on le sait, la capitale de Cuba (depuis seulement 1607, la première capitale Santiago de Cuba étant située à l'Est de l'île). La ville est, de nos jours (et depuis 1519), située sur la côte Nord de l'île, au bord de la baie de La Havane (baie de 5,2 km2 et d'une profondeur moyenne de 14 m, découverte en 1508 par l'Espagnol Sébastian de Ocampo), mais quand la ville fut fondée en 1514 (par Panfilo de Narvaez), elle était en face sur la côte Sud (l'île est d'ailleurs très étroite à cet endroit là). La population actuelle de La Havane est de 2,5 millions d'habitants, soit presque le quart de la population de toute l'île qui, elle, compte 11,4 millions d'habitants (pour une superficie de 110 860 km2). La "Province de La Havane" couvre 720 km2. La population est très métissée et les descendants de ses différentes composantes historiques semblent cohabiter plutôt sereinement. Se cotoient ainsi les "criollos" (descendants des premiers colons espagnols), les "morenos" (descendants des esclaves africains), les "mestizos" (les métis), les "blancos" (provenant des différentes vagues d'immigration européenne), sans oublier les "chinos" (arrivés de Chine et des Philippines). La langue officielle est l'espagnol. Les cubains sont majoritairement catholiques (la Parti communiste cubain a même autorisé, à partir du début des années 1990, ses membres à aller à la messe ! Le Pape Jean-Paul II sera même autorisé à venir à Cuba début 1998). Coexistent également des religions syncrétiques afro-cubaines.
Cuba est la grande île d'un archipel qui ne compte pas moins de 4 000 îles, îlots et récifs coralliens ou "cayos" ! Cuba fut parfois appelée dans l'Histoire la "Clé du Golfe" car elle est stratégiquement située, baignée par l'océan Atlantique, la mer des Caraïbes et le Golfe du Mexique. Elle est ainsi distante de 150 km de la Floride (au Nord), de 210 km du Mexique (à l'Ouest), de 140 km de la Jamaïque (au Sud) et de 80 km d'Haïti (à l'Est). Comme on le voit sur la carte ci-contre, Cuba est une île allongée Est-Ouest, qui s'étend sur plus de 1 000 km de long pour une largeur de 30 à 180 km selon les régions. L'ensemble de l'archipel cubain totalise ainsi près de 6 000 km de côtes ! Cuba compte de grandes plaines (qui couvrent les trois-quarts de l'île) et trois chaînes de montagnes (dont la Sierra Maestra qui culmine à 1 974 m avec le Pico Turquino). C'est évidemment dans les grandes plaines que l'on trouve les plantations de canne à sucre ("l'or blanc"), de tabac ("l'or brun"), de café, les bananeraies, les palmeraies, les vergers d'agrumes, les cultures vivrières, etc., ou encore les grands élevages. Son climat est tropical et sa végétation luxuriante.
L'emblème du pays — l'arbre national — est d'ailleurs le "palma real", autrement dit le "palmier royal" (son nom scientifique est Roystonea Regia), lequel est une espèce robuste et parfaitement adaptée au climat tropical de Cuba.


Mercredi 15 mars 2017
Lever du soleil 06h39 - Coucher du soleil 18h37

Journée à LA HAVANE (Cuba)

Ayant embarqué de nuit, ce n'est que le 15.05 au matin, vers 07h15, que je commence à découvrir le port de La Havane. Malheureusement, le ciel est maussade, mais il fait quand même autour de 20°C. Au fond à droite sur les deux premières photos, le goulet qui conduit de la haute mer vers le port (naturel) installé autour de la baie de La Havane. Tout au fond à droite, on devine le phare et l'un des forts qui gardaient l'entrée du port (nous en reparlerons plus loin). Sur la troisième photo, une vue du terminal croisières de La Havane : le Terminal Sierra Maestra - San Francisco, situé en plein centre de la vieille ville (il donne sur la place Saint-François d'Assise, dont on parle plus bas). Sur la photo de droite, l'intérieur du terminal croisières.


Une petite journée ne me permettra évidemment pas de découvrir les nombreux musées de La Havane, mais flâner dans le quartier historique de La Habana Vieja, empreint de quatre siècles de domination espagnole, me permet déjà d'avoir une bonne idée de l'architecture coloniale. Je visiterai à pied la partie de la vieille ville anciennement comprise dans les murailles, et en bus l'ancienne ville extra-muros. La Habana Vieja intra-muros — cœur de la ville coloniale — est située au Sud du goulet d'accès au port et à l'Ouest de la baie qui l'abrite.


Un peu d'histoire — Les premiers autochtones de Cuba étaient des Arawaks (successivement "Siboneys", "Taïnos", etc.) arrivés — il y a plus de 3 000 ans pour les premières tribus — de Patagonie et, plus généralement, d'Amérique du Sud et d'Amérique Centrale, via le Yucatan (pour les premiers peuplements cités) et plus précisément du Venezuela et des Bouches de l'Orénoque pour les Taïnos. Les Siboneys vivaient surtout dans le tiers occidental de l'île (où fut implantée La Havane), les Taïnos — qui arrivèrent entre le Ve et le IXe siècle après JC — se sont implantés dans le reste de l'île. Les premères ethnies vivaient essentiellement de cueillette et de pêche (il n'y avait pas semble t-il beaucoup d'animaux à chasser). Les peuplements suivants commençaient déjà à maîtriser la céramique et la culture, aussi cultivèrent-ils progressivement du manioc, des haricots rouges, de la patate douce, etc. Les historiens les estiment en moyenne à 100 000 au moment où les Espagnols découvrent Cuba (à la fin du XVe siècle), même si les chiffres diffèrent pas mal d'un auteur à l'autre. Le nom de l'île viendrait du terme taïno "cubanacan" qui voulait dire "lieu central". Quand à l'origine du nom de La Havane, elle n'est pas très bien connue (aucune de mes lectures ne m'a convaincue). Il ne subsiste en fait qu'assez peu de traces de ces civilisations originelles (hormis quelques métis encore présents dans les régions les plus isolées de l'île, le site funéraire de La Cueva de La Santa et quelques pièces conservées dans divers musées).
Christophe Colomb (ci-contre) débarque à Cuba (à Gibara exactement, au Nord-Est de l'île) le 28.10.1492… se croyant sur la route de la Chine (le "Cathay") décrite par Marco Polo (1254-1324). C'est une vingtaine d'années plus tard que commença vraiment la colonisation espagnole, avec la fondation de plusieurs villes par Diego Velasquez : Baracoa (la première, vers 1510) à l'extrémité Est de l'île, puis Bayamo (en 1513) et Santiago de Cuba (en 1515), sur la côte S-E… juste à l'Ouest de l'actuel Guantanamo, Trinidad (en 1514, sur la côte Sud également, mais beaucoup plus à l'Ouest) et bien sûr San Cristobal de La Habana (fondée en 1514 par Panfilio de Narvaez, aux ordres de Velasquez). La position idéale de la Baie de la Havane sera confortée par la découverte, en 1519, du Gulf Stream, par Anton de Alaminos (aide-navigateur de Cortez, le conquistador du Mexique). Les Indigènes seront très vite décimés, d'abord par les maladies importées par les Occidentaux, ensuite par les mauvais traitements que ceux-ci leur font subir. Les conquistadors successifs (dont le célèbre Hernan Cortes) épuiseront l'or cubain, puis partiront à la conquête du Mexique et du Pérou (à partir des années 1525). En parallèle, Cuba est convoitée par les corsaires et autres pirates (français, hollandais, anglais… dont Francis Drake en 1586) attirés par l'or exploité et transporté vers Cadix par les Espagnols (pour faire face à la piraterie, les vaisseaux qui rapportaient le précieux métal en Espagne étaient eux obligés de naviguer en convois escortés par des galions armés).
En 1555, ce sont des corsaires français (sous la conduite de Jacques de Sores) qui détruisent pour la première fois La Havane. Reconstruite, la ville s'entoure de fortifications (nous en reparlerons). Durant tout le XVIe siècle, l'économie de Cuba reste cependant fragile, dépendant encore beaucoup du pouvoir madrilène. L'élevage, l'exploitation des forêts, celle des mines de cuivre (l'or est quasiment épuisé), la culture (débutante, introduite sur l'île en 1548) de la canne à sucre sont alors les principales ressources de l'île. Au XVIIe siècle, l'économie coloniale commence à se structurer. De nouvelles plantations se développent, comme celle du tabac. Mais bien sûr, ce développement de l'île — qui se poursuit durant le XVIIIe siècle — entraîne la convoitise des autres nations européennes et… en 1762, les Anglais s'emparent à leur tour de La Havane.

Je commence ma visite de La Havane (après avoir montré "patte blanche" — passeport et visa obligatoires — auprès des Autorités locales) par la Plaza de San Francisco sur laquelle donne le terminal croisières. Cette place est la deuxième plus ancienne place de la ville (après la Place d'Armes, cf. infra). Pas toujours assez de recul en raison de la foule (touristes, mais aussi locaux) présente… mais je vous rassure, les bâtiments sont bien tous verticaux ! De par la proximité du port, cette place joua un rôle important du point de vue commercial dès le début de l'installation de la colonie. Sur la première photo, la Lonja del Comercio de La Habana. Cet édifice fut construit entre 1907 et 1909 pour la Compagnie nord-américaine Purdy & Henderson, selon les plans de l'architecte espagnol Tomas Mur et de l'architecte cubain José Toraya (le dernier étage est toutefois un ajout de 1939). Sur la deuxième photo, la Casa del Cambio. Sur les deux photos suivantes, bordant la place, d'anciennes demeures devenues hôtels (comme le Palacio del Marques de San Felipe y Santiago de Bejucal, au centre de la troisième photo), restaurants ou galeries d'arts.


Bordant le côté gauche (quand on sort du Terminal Croisières), c'est-à-dire sur le côté Sud de la Plaza de San Francisco, l'église et le couvent de Saint-François d'Assise (Iglesia y Convento de San Francisco de Asis en espagnol). Sa façade (deuxième et troisième photos ci-dessous) donne sur l'étroite calle Oficios (laquelle est dans le prolongement de la place), et il n'y a donc hélas aucun recul pour en apprécier l'architecture. Achevée en 1734, cette église (prolongée par un couvent) est assez austère. On notera sa tour à trois niveaux, dont le sommet atteint 42 m. Cet édifice qui, m'a t-on dit, a une excellente acoustique sert souvent de salle de concert (les scientifiques expliqueraient cette excellente acoustique par l'existence de grandes amphores de résonance scellées à l’intérieur des colonnes de l'église). Il faut noter qu'au moment de sa construction (qui débuta en 1579), l'église et le couvent sont en bord de quai, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui car de nouveaux espaces ont été gagnés sur la mer. Sur la photo de droite, devant le porche latéral de l'église, la Fuente de los leones, fontaine qui date de 1836.


La Havane fut un temps la troisième ville des Amériques (après Mexico et Lima) et ses vieux quartiers conservent de nombreuses marques de cette grandeur. C'est un véritable "musée vivant", miroir de quatre siècles de colonisation espagnole. Grâce à son héritage architectural particulièrement riche, la vieille ville de la capitale cubaine est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1982. Depuis le début des années 1990, d'importants travaux de restauration sont menés par le gouvernement (travaux gérés par El Oficina del Historiador, sur le plan économique, et par le Gabinete Arqueologico, sur le plan technique). Sur les photos ci-après, quelques maisons coloniales très colorées — joliment restaurées — bordant la Calle Oficios, avec de beaux balcons aux colonnades et balustrades en bois. Ces maisons sont aujourd'hui transformées en musées, en hôtels ou en restaurants. Cette bâtisse rose aux balustrades bleues est la Casa de la Pintora Venezolana.


Le XVIIIe siècle est celui de "l'or blanc" à Cuba. En effet, les rébellions qui ont alors soulevé Haïti à cette époque (révolte des esclaves de 1791) font s'effondrer sa production sucrière et les riches producteurs français d'Haïti émigrent vers Cuba où ils vont faire prospérer leurs activités. Ils se font alors construire de magnifiques "casas". Ils multiplient les relations commerciales avec les nouvelles provinces américaines issues de la Guerre d'Indépendance. Cette production sucrière va se poursuivre au siècle suivant : au milieu du XIXe siècle, Cuba fournit environ le tiers de la production mondiale de sucre. Mais bien sûr, on ne peut parler des grandes plantations sans parler de la terrible pratique de l'esclavage. Le nombre d'esclaves (en provenance essentiellement de la COA, et plus particulièrement de régions non islamisées) est chiffré à environ 500 000 en 1850, soit environ la moitié de la population totale de Cuba à cette époque. L'esclavage ne sera définitivement aboli à Cuba qu'en 1886. Plusieurs guerres d'indépendance vont soulever l'île à la fin du XIXe siècle, désorganisant son économie. Celle de 1895 sera orchestrée par José Marti, considéré comme le plus grand des héros cubains (nous en reparlerons lors de la visite de la Plaza de la Revolucion — c'est en hommage à sa mémoire que l'aéroport international de Cuba porte son nom).

"Ces domaines colossaux, qui représentaient la plus grande richesse du pays, annonçaient-ils la satisfaction et les honnêtes plaisirs de leurs propriétaires ?
Pouvait-il y avoir bonheur et paix de l'âme pour ceux qui, en toute conscience, cristallisaient le jus de canne avec le sang de milliers d'esclaves ?"

Cirilo Villaverde ("La colline de l'Ange")


Ce vieux La Havane, avec ses belles places (dont quatre "plazas" principales entourées d'édifices coloniaux), avec ses rues étroites bordées de vieilles maisons coloniales joliment restaurées et transformées en galeries d'arts, en hôtels ou en restaurants, ou ses petites places arborées comme ci-dessous, le rendent tout à fait attachant. Sur la troisième photo, vestiges d'un ancien aqueduc, connu comme le Zanja Real (sur l'actuelle rue Amargura). Il fut construit entre 1565 et 1592. Cet ouvrage, canalisant sur plus de 10 km le Rio Almandares, permettait d'alimenter partiellement la ville en eau courante (ses fontaines bien sûr, mais aussi les principales institutions religieuses et de riches propriétés privées). Cette eau servit aussi de force motrice pour les industries agricoles naissantes (fabrication du sucre de canne, moulins à tabac, etc.). Au début du XIXe siècle, le débit de cet aqueduc devint insuffisant, avec le fort développement de la ville enrichie par "l'or blanc" (cf. encadré ci-dessus), et il fallut en construire deux nouveaux : l'Acueducto de Fernando VII (entré en service en 1835) et l'Acueducto de Albear (fonctionnant à partir de 1897) ainsi nommé en honneur à son concepteur et constructeur, Francisco de Albear y Lara (pas de photos de ces deux derniers aqueducs). Sur la photo de droite, la Escuela Taller de La Habana "Gaspar Melchior de Jovellanos", école des métiers (électricité, charpente, peinture, vitrerie, etc.). Elle forme des artisans, qui sont souvent de véritables artistes formés à la restauration.



Ci-après, ancienne résidence de Pedro Pablo Duquesne, capitaine de la flotte française qui s'établit à La Havane en 1799 avec l'accord du Roi Louis XVI. A l'intérieur de son patio comportant galeries et arcades, un ingénieux système "automatique" d'arrosage (deux longs tuyaux récupérateurs et redistributeurs de pluie) installé au sommet du puits de lumière.


Poursuivant ma promenade dans la vieille ville, je débouche sur la Plaza Vieja, laquelle s'urbanisa lentement à partir de 1587. Ses nombreuses arcades étaient autrefois connues sous le nom de "Portales del Rosario". Les larges balcons des maisons reposent sur ces hautes arcades de pierre. L'étage des maisons était occupé par leurs riches propriétaires (ou par des locataires fortunés). Les rez-de-chaussée servaient généralement de réserves à des boutiquiers, les "baratilleros", des Espagnols le plus souvent originaires de la région de Santander, qui vendaient toutes sortes de choses sur des étals installés sous les arcades durant la journée. Le passé de cette Plaza Vieja n'est pas des plus glorieux puisque c'est sur cette place que se tint longtemps le plus important "marché d'esclaves" de la Havane (il répondait non seulement à la demande des riches colonisateurs havanais tant pour leurs propres plantations et fabriques que pour leur domesticité, mais fournissait également — moyennant de forts bénéfices — de la main-d'œuvre gratuite aux planteurs des Amériques et des autres îles des Caraïbes). Quelques riches marchands vinrent donc s’installer sur la place pour être près de leurs affaires.


Sur la première photo ci-dessous, vue générale d'un côté de la place (en prolongement de la photo ci-dessus à droite). Sur la deuxième photo, la Casa del Marques de Casa-Torres (San Ignacio Laureano de Torres de Ayala de son nom complet) qui fut gouverneur de Cuba à deux reprises. Construite en 1762, elle fut en partie détruite par un incendie en 1894 et restaurée deux ans plus tard. C'est de nos jours un hôtel. Sur la troisième photo, le Palacio de Los Condes de Jaruco, construit dans les années 1730. Il fut l'un des grands salons littéraires du XIXe siècle (on dit que même les esclaves employés comme domestiques, certains d'entre eux au moins, savaient lire et écrire). C'est aujourd'hui lui aussi un hôtel (Hotel Beltrán de Santa Cruz, ouvert en 2003). Sur la photo de droite, la Casa de don Pedro Alegre, fondateur de la première léproserie (Hospital de San Lazaro) de La Havane. On notera, sur les parties hautes des fenêtres, les vitraux qui ont l'avantage, en plus d'être décoratifs, de laisser passer la lumière tout en filtrant le soleil.


L'autre grand côté de la Plaza Vieja. Sur la "casa" de la deuxième photo est apposée la mention : "A Pierre Fatumbi Verger (France 1902 - Brésil 1996). Pour son "legado" à l'histoire du patrimoine cubain" (globe-trotter, il fut un photographe et ethnologue spécialiste des cultes afro-américains, visitant de nombreux pays, dont Cuba en 1957). Sur la troisième photo, la Camara Oscura (Edificio Gomez Vila). Construit en 1933 à l'angle N-E de la Plaza Vieja, ce bâtiment de 35 m de haut (le plus haut de la place) fut restauré en 2001. Il porte ce nom car il abrite tout en haut une "cámara oscura" offert par la ville de Cadiz au moment de la restauration de l'édifice. Il s'agit d'un ingénieux système de lentilles (inventé, je crois, par Léonard de Vinci) qui permet "d'embrasser" les édifices de la ville et son va-et-vient. Je n'ai malheureusement pas pu y monter. Spectacle fréquent : les petits Havanais faisant de la gymnastique sur les places, sous l'œil attentif de leur enseignant (comme ici sur la deuxième photo ci-dessous).


Venant de la Plaza Vieja, j'emprunte la Calle Mercaderes (autrement dit la "rue des marchands", l'une des plus vivantes de la vieille ville). Sur la première photo, maison de 1874 avec balustrade de coin en bois, donnant sur la Calle Mercaderes justement et la Calle Amargura (dont on voit une partie sur la deuxième photo). Sur les deux photos de droite, Casa de la Cruz Verde, maison de la famille Zequeira, originaire du Portugal et installée à Cuba dans la première moitié du XVIIIe siècle.


Sur les deux premières photos ci-dessous, une maison de 1774 au 208 Calle Mercaderes. L'un des ses propriétaires fonda en 1905 l'imprimerie ("Imprenta" en espagnol) "La Habanera". D'où le nom de l'actuel café-restaurant installé dans cette jolie maison. Sur la troisième photo, un petit square comme il y en a plusieurs dans ce quartier de La Habana Vieja. Sur la photo de droite, la maison porte une plaque indiquant "A la mémoire de Rene Rodriguez Cruz (1931-1990)", qui fut Président de l'Institut cubain de l'Amitié entre les Peuples.


Ci-dessous la Casa del Conde de Villanueva (Don Claudio Martinez de Pinillos de son vrai nom, propriétaire d'une sucrerie, La Valvanera, située dans la vallée de la Vuelta Abajo). Cette demeure héberge aujourd'hui le superbe "Hostal del Habano". C'est sous l'impulsion de Villanueva que fut construite en 1837 la première ligne de chemin de fer reliant La Havane à l'arrière-pays. Même si elle transportait des passagers, sa vocation première était de transporter les caisses de sucre depuis les plantations jusqu'au port.


Ci-dessous, statue de Simon Bolivar, "El Gran Libertador" (Caracas, Venezuela, 1783 - Santa Marta, Colombie, 1830), dans un jardin portant son nom (on le sait, ce fils d'une riche famille créole de Caracas participa, non sans difficultés, à l'indépendance de nombreux pays d'Amérique Latine, anciennes colonies espagnoles).



Je poursuis mon chemin sur la "rue des marchands" (première photo). Sur cette même rue, maison abritant un café qui fut fréquenté par le grand écrivain portugais Eça de Queiroz (1845-1900), lequel fut Consul du Portugal à La Havane. Au coin de la calle Mercaderes et de la calle Obispo, l'Hotel Ambos Mundos (photo de droite), où séjournait régulièrement le célèbre écrivain américain Ernest Hemingway au début des années 1930 (sa chambre "511" a été transformée en musée à sa mémoire). Venant d'abord à Cuba pour ses vacances, il s'y installera complètement à partir de 1939 (il acheta alors une ferme, la Finca la Vigía, au sud de La Havane). C'est d'ailleurs un cubain, Gregorio Fuentes, habitant le petit port de Cojimar (à l’est de La Havane) où Hemingway amarrait son bateau, qui lui servit de modèle pour le héros de son célèbre roman "Le Vieil Homme et la mer". La rue Obispo tire son nom du fait que c'était la rue où habitait l'évêque ("obispo" voulant dire "évêque" en espagnol).


Ci-dessous à gauche, une statue (inaugurée le 24.04.2014) du plus grand poète portugais du XVIe siècle, Luis Vaz de Camoes (1524-1580). Cette statue en bronze de 2 m de haut fut offerte par le Gouvernement portugais à l'Office des Historiens de La Havane. Sur la deuxième photo, l'Université Royale et Pontificale de San Geronimo de La Habana ouverte au début de 1728. Il ne reste plus, de l'origine, que le portail que l'on voit ci-dessous.


Ci-dessous, le Palacio de Ignacio Penalver y Cardenas (1736-1804), Marques de Arcos (trois premières photos). C'est aujourd'hui l'Institution Artistique et Littéraire de La Havane. A droite, le "Gabinete de restauracion de Pintura de Caballete" Jean-Baptiste Vermay. Peintre, mais aussi architecte et décorateur français (1786-1833), celui-ci introduisit les Beaux-Arts à La Havane (il fonda l'Académie San Alejandro). Sa toile "La inauguración de El Templete" (peinte en 1828) l’ont également intimement associé à la fondation de la ville de San Cristóbal de La Habana puisque "El Templete" est un édifice (à l'allure de temple grec) construit en 1828 (sur la place d'Armes, que je n'ai hélas pas eu le temps de visiter) à l'endroit précis où se serait tenue la première messe de l'histoire de la ville…



Venant de la Calle Mercaderes, je débouche sur la Plaza de la Catedral. Celle-ci est la troisième grande place de cette ville historique, et la dernière aménagée à l'intérieur des fortifications. Les deux tours de la Catedral de San Cristobal de la Habana sont asymétriques, la tour de droite étant beaucoup plus massive car devant assurer un appui à l'ensemble de l'édifice. Sa façade est l'une des plus imposantes de l'architecture cubaine.


La construction de cette cathédrale commença en 1748, pour les Franciscains, mais les travaux furent interrompus quand la Compagnie de Jésus fut expulsée de La Havane en 1767. Les travaux reprirent en 1777 et la cathédrale fut consacrée en 1789. Voir quelques photos intérieures illustrant le "baroque cubain" (l'intérieur de la cathédrale a été remanié au début du XIXe siècle).



Sur le côté gauche de la cathédrale (lorsqu'on en sort), dans le prolongement l'un de l'autre, le Palacio del Conde de Casa Lombillo et le Palacio del Marques de Arcos. Le premier (deux photos de gauche), construit au milieu du XVIIIe siècle, a la particularité d'avoir trois façades : une sur la place de la Cathédrale, une sur la Calle Empedrado et une sur la Calle Mercadores. Il abrite actuellement le Musée de l'Education. Le second (photos de droite) est aujourd'hui transformé en Atelier municipal d’arts graphiques. On notera les colonnes doriques qui soutiennent les arcades de ces deux palais typiquement coloniaux.


En face de la cathédrale, de l'autre côté de la place, la Casa del Conde de Casa Bayona. Cette demeure, construite au milieu du XVIIIe siècle, est aujourd'hui le siège du Museo de Arte Colonial (ouvert en 1969). Comme beaucoup de demeures de cette époque, elle possède un patio entouré de galeries couvertes de toitures en bois sculpté. Ce musée présente du mobilier colonial et quelques moyens de transport d'époque, comme cette calèche. A noter que le dernier occupant de la famille, le Dr José Maria Chacon y Calvo (1892-1969), fut un illustre diplomate. Erudit, il fut membre de l'Académie cubaine de la Langue.


A droite de la cathédrale (quand on sort de celle-ci), l’ancien Palacio del Marques de Aguas Claras (photo de gauche ci-dessous). Sa construction fut achevée en 1775. Il abrite aujourd'hui le restaurant El Patio (son nom vient du fait que lui aussi dispose d'un très beau patio intérieur). Sur la photo de droite, la Antigua Casa de Banos. Maison construite en 1854. Y furent installés en 1890 les premiers bains publics de Cuba, connus comme les "Banos Publicos de la Catedral".


C'est en bus que je poursuivrai ma visite de La Havane, d'abord vers le fort qui domine le goulet d'entrée de la baie de La Havane. Pour rejoindre ce bus, comme je viens de la place de la cathédrale, j'empreinte la rue O'Reilly, longe l'extrémité de la Plaza de Armas (quatrième grande place de la ville) et débouche sur l'Avenida del Puerto… véritable gare routière ! Pour atteindre le fort, le bus prend le tunnel qui passe sous le bras de mer qui dessert le port de la capitale cubaine.


Sur la rive Nord du goulet qui mène de la haute mer jusqu'au fond de la baie de La Havane, appelé le Canal de entrada, se trouve le fort Castillo de los Tres Reyes del Morro (l'autre rive du goulet est gardée par un autre fort, le Castillo de San Salvador de la Punta, mais que je n'aurai pas le temps d'aller voir). Le phare situé au pied du fort fut, lui, construit en 1845 et n’a cessé de fonctionner depuis cette date.


Cette imposante construction militaire (photos ci-dessous) fut érigée entre 1589 et 1630, afin de protéger l’entrée du port des pirates attirés par les nombreux navires qui mouillaient dans la baie, les cales pleines d'or et autres richesses, prêts à appareiller pour aller livrer à Cadix leurs précieuses cargaisons. Selon le gouverneur de l'époque, Juan de Texeda, cette forteresse était déjà opérationelle depuis 1593 (en tout cas, c'est ce qu'il écrivit au Roi Philippe II d'Espagne, peut-être pour se faire apprécier de sa Majesté car les historiens semblent en douter). La ville de La Havane fut progressivement entourée de fortifications. Leur construction s'étala pratiquement sur un siècle, de 1589 à 1674. "Les murailles faisaient partie d'une fortification plus vaste et complète, autant du côté de la terre que vers la mer et le port ; elle était même pourvue de quatre portes vers la campagne, de poternes vers la mer, de ponts-levis, de douves larges et profondes, d'esplanandes, d'arsenaux, de palissades, de meurtrières et de bastions crénelés ; de sorte que la ville la plus peuplée de l'ïle était en fait transformée en une immense citadelle. Ainsi allèrent les choses jusqu'à l'arrivée du mémorable Miguel Tacon — Gouverneur Général de Cuba envoyé par Madrid le 1er juin 1834, militaire irascible qui marqua profondément La Havane durant les 5 années de son mandat, NDLR — qui perça trois portes de plus et remplaça les ponts-levis par des ponts de pierre fixes." (description faite par Cirilo Villaverde, l'un des plus grands auteurs cubains).


Puisque nous évoquons l'armée, il faut noter que le service militaire est encore obligatoire à Cuba. Pour les garçons destinés à faire des études supérieures, il dure un an et est effectué juste après le baccalauréat (avant donc d'entamer le cycle d'études supérieures). Pour les autres garçons, il dure deux ans. Les filles peuvent faire un service militaire, mais c'est sur la base du volontariat.



Du fort del Morro, on a une vue générale sur la ville de la Havane, dont la Habana Vieja qui se trouve juste au sud du goulet. Sur la troisième photo, en arrière-plan, non loin du Parque de la Fraternidad (au bout du Prado), le dôme du Capitolio. Ce dôme (que l'on voit, dans la vieille ville, du bout de la Calle Brasil) est directement inspiré du Capitole de Washington (d'autres lui trouvent des ressemblances avec la basilique Saint-Pierre de Rome ou encore le dôme des Invalides à Paris). Ce bâtiment, inauguré en 1929 (par le dictateur Gerardo Machado), fut le siège du Sénat et de la Chambre des représentants jusqu’à la Révolution de 1959. C'est aujourd'hui le siège du Ministère des Sciences et de la Technologie.


Certaines parties du fort ont été joliment restaurées, comme on le voit ci-dessous, hébergeant des collections muséographiques, dont certaines sur la piraterie ! Ce fort est, je crois, inscrit au patrimoine de l'Humanité de l'Unesco. Dans ce fort a lieu, au mois de février de chaque année, une importante Foire du livre.


Ce fort abrite également une boutique très prisée des amateurs de rhum et de cigares cubains…


En prolongement du fort, le long du goulet, se dresse la Fortaleza San Carlos de la Cabaña, construite entre 1763 et 1774. Ses murs sont aménagés en une longue promenade d'où l'on surplombe la ville. Ses baraquements hébergèrent des milliers de soldats pendant la période coloniale, puis ils servirent de prison sous les dictatures de Machado et de Batista. Ce fut aussi le premier bâtiment pris par le "Che" lors de la Révolution de 1959 (il en fit d'ailleurs son quartier général, nous en reparlerons en fin de dossier). C'est de cette forteresse que chaque soir, à 21h, des fantassins habillés aux couleurs de l'Espagne tirent un coup de canon. Pour ma part, je m'étonne que cette cérémonie — qui rappelle l'époque coloniale où ce coup de canon annonçait la fermeture des portes de la ville alors enserrée dans ses murailles — ait perduré sous le régime communiste de Fidel Castro.


Deux vues (prises du bus) de l'avenue de Maceo, plus connue sous le nom de Malecón (grande avenue littorale construite au début du XXe siècle). Ce boulevard longe la mer sur une douzaine de kilomètres, depuis le Castillo de San Salvador de la Punta (fort sur la rive sud du goulet), juqu'au détroit de Floride, traversant successivement les quartiers de Habana Vieja, Centro Habana (avec au sud le quartier universitaire) et Vedado (l'ancien quartier américain). C'est dans ce quartier que se tenait l'ambassade américaine avant que cessent toutes relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba (cf. infra).


Je poursuis ma visite en bus par un arrêt sur l'incontournable Plaza de la Revolución. Cette immense place (initialement appelée Plaza Cívica) semble plutôt vide et n'est, il faut bien l'avouer, pas très attrayante. Elle est dominée par l'imposant Monumento a José Marti (deux premières photos ci-dessous) haut de 140 m. Né à La Havane (28.01.1853), journaliste, écrivain, José Marti (statue au pied de la tour) est considéré par les Cubains comme un de leurs plus grands héros nationaux. Il consacra en effet son œuvre et sa vie à défendre le peuple cubain contre le joug espagnol, pronant par ailleurs l'égalité sociale et économique entre tous (quelle que soit la couleur de peau). Il sera exilé à plusieurs reprises en Espagne, et mourut en guerrier lors de la rébellion de 1895 (il ne verra donc pas son île natale devenir indépendante). Il lutta également contre la vélléité des Etats-Unis à étendre leur hégémonie sur Cuba (les Américains étaient allés jusqu'à proposer aux Espagnols d'acheter l'île de Cuba, dès 1854). Hormis ce monument commémoratif, les autres bâtiments qui entourent la place sont pour le moins austères et sans aucun attrait architectural. Je n'en présente que deux, à titre d'illustration de mes propos. Le premier (troisième photo) est le ministère de l’Intérieur, reconnaissable de loin avec l'immense portrait du "Che" sur sa façade, à gauche duquel se déploie le drapeau cubain (nous reviendrons plus loin sur le rôle du révolutionnaire Che Guevara dans l'accession au pouvoir en 1959 de Fidel Castro). Le second (photo de droite), tout aussi sévère, est le siège du Comité central du Parti communiste cubain — "Soyons réalistes, demandons l'impossible" signé Che Guevara.



C'est le Traité de Paris du 10 décembre 1898 qui avait finalement fait basculer, pour un temps, le sort des cubains du joug espagnol au joug américain. La première occupation de Cuba par les Américains remonte en effet au conflit hispano-américain de 1898. Triste épilogue pour les indépendantistes cubains qui avaient lutté pendant plus de 30 ans contre l'Espagne… Le drapeau espagnol fut alors remplacé par le drapeau américain (Cuba étant devenu un "protectorat" américain) ! L'indépendance (formelle) de Cuba fut signée le 20 mai 1902… mais en parallèle, les Américains installèrent une base navale à Guantanamo et s'arrogèrent le droit d'intervenir dans tout traité signé entre Cuba et un autre pays ! IIs intervinrent militairement à plusieurs reprises entre 1906 et 1917. Sur le plan économique, les Américains investirent massivement dans l'industrie sucrière. Les "présidents" successifs de Cuba furent plus ou moins fantoches (Machado élu en 1924, Ramon Grau San Martin en 1933), jusqu'à l'élection, en 1940, de Fulgencio Batista. Au cours des quatre ans de son premier mandat, ce dernier stabilisa l'économie et fit voter une constitution somme toute plutôt progressiste. Ses successeurs en 1944 et 1948 étaient complètement corrompus et Batista espérait pouvoir regagner les élections de 1952 (il revint alors de Floride où il était allé vivre à la fin de son premier mandat). Mais entre temps, un nouveau parti cubain était né, les Ortodoxos, dont l'un des plus influents représentants n'était autre qu'un jeune avocat du nom de… Fidel Castro (cf. plus loin).

Comme on l'a vu sur certaines photos précédentes, la ville de La Havane est sillonnée de vieilles voitures américaines comme celle ci-dessous (ici photographiée sur la Plaza de la Revolución). Elles sont extérieurement toutes plus rutilantes les unes que les autres, les chromes bien brillants, mais souvent rafistolées avec des pièces détachées de toutes marques ! Beaucoup d'entre elles sont des taxis. Autres moyens de locomotion (surtout pour les touristes) : ces voiturettes à trois roues ou encore des voitures à chevaux (réminiscence des "quitrines" de l'époque coloniale), tout ceci pour le folklore évidemment, car La Havane ne manque pas de voitures classiques (toutefois vendues sous contrôle d'état en ce qui concerne les neuves, crois-je savoir, d'où un vaste marché d'occasions). En tout cas, les embouteillages ne sont pas absents de La Havane.


Puisque nous venons de parler de José Marti, nous ne pouvons quitter Cuba sans parler de ses meilleurs écrivains et poètes. Citons, en particulier, le premier grand poète cubain, José Maria de Heredia y Campuzano (1803-1839), avocat de formation, qui sera banni par le gouvernement espagnol car jugé révolutionnaire. Le plus grand romancier cubain semble être Cirilo Villaverde (1812-1894) dont l'œuvre la plus célèbre, "Cecilia Valdes" (lu durant la croisière !), retrace la vie à La Havane à l'époque coloniale. José Marti, pour revenir à lui, fut un véritable humaniste : romancier, essayiste, poète, journaliste, et bien sûr le "libérateur" (du joug espagnol et de la volonté d'emprise américaine) que nous avons précédemment décrit. Au siècle suivant, quelques autres grands écrivains cubains se distinguent, dont Nicolas Guillen (1902-1989), descendant d'une mère esclave, qui sera le premier à parler ouvertement de la négritude (et de son exploitation) dans ses romans (pendant la Révolution cubaine, cet auteur engagé deviendra d'ailleurs le chef de file des écrivains et artistes cubains). On peut aussi citer les romanciers cubains Alejo Carpentier (1904-1980), José Lezama Lima (1910-1976), et d'autres encore dont j'ignore les noms.

"Douce Cuba ! en ton sein on peut voir
Poussées à leur degré le plus extrême,
Les beautés du monde physique,
Les horreurs du monde moral."

José Maria de Heredia y Campuzano


Cette journée consacrée à la découverte de La Havane est évidemment passée trop vite, mais cette première visite fut très intéressante (j'aimerais y revenir passer quelques jours). Mais il me faut retourner au port car nous devons embarquer au plus tard à 16h30 pour le traditionnel "exercice de sécurité" qui doit obligatoirement être fait avant le début de la croisière. L'appareillage est prévu à 17h30 (Local Time). Sur le chemin du retour, le bus traverse certains quartiers anciens de la Havane extra-muros, empruntant quelques rues ayant conservé les traces de leur passé mercantile. Contrairement à la Habana Vieja, les bâtiments manquent ici d'entretien pour beaucoup d'entre eux, faute de moyens (l'hébergement est d'ailleurs un problème récurent semble t-il pour les Havanais). Sur les deux photos de droite, l'Edificio Bacardi. Y a t-il une relation avec la célèbre fabrique de rhum fondée par Emilio Bacardí à Santiago de Cuba, je le suppose mais n'en sais en fait rien.


Mon séjour à la Havane est malheureusement trop court pour approfondir tout un pan de son histoire, à savoir sa révolution contre la dictature de Batista. Même si la mémoire de Che Guevara est plus pregnante à Santa Clara (il y repose au Mausoleo del Che), j'aurais aimé au moins visiter le Museo de la Revolucion à La Havane ou encore la Fortaleza San Carlos de la Cabana, prison sous Batista mais prise par le Che en 1959, lequel en fit son QG (comme nous l'avons déjà dit précédemment de façon succincte). Mais le temps m'a manqué, ce sera pour une autre fois. Voir ci-après l'histoire — très (trop) résumée — de cette révolution.

Nous avons précédemment arrêté l'histoire de Cuba en 1952, avec la première candidature à la députation du jeune Fidel Castro (ci-dessous à gauche). Mais ses espoirs politiques naissants seront sapés par Fulgencio Batista qui, pour revenir au pouvoir, fomente un coup d'Etat. Castro (né à Cuba le 13.08.1926 et fils d'un émigré espagnol) bascule dès lors dans la lutte armée. Emprisonné après un premier soulèvement manqué, il est finalement amnistié et s'exile au Mexique. C'est là qu'il rencontre un médecin argentin (né le 14.06.1928) du nom d'Ernesto Guevara, dit "Che Guevara" (ci-dessous à droite) ! C'est dès lors eux deux qui organiseront le prochain soulèvement cubain contre Batista.
C'est finalement le 01.01.1959 que l'armée rebelle réussira à renverser le pouvoir (Batista fuira en République Dominicaine). Le peuple cubain, de plus en plus oppressé et spolié par Batista, avait grandement facilité l'accession au pouvoir de Fidel Castro. Celui-ci était par ailleurs bien décidé à mettre un terme à plus de 60 ans d'emprise américaine sur Cuba. La situation entre les deux voisins (Cuba n'est qu'à 150 km de la Floride, comme nous l'avons déjà dit) est de plus en plus tendue, jusqu'à la rupture des relations diplomatiques début avril 1961. Un débarquement américain est tenté le 17.04.1961 dans le sud de l'île (conflit dit de la "Baie des Cochons"), mais est mis en échec par l'armée castriste. L'embargo américain envers Cuba devient total. C'est dans ce climat qu'éclate en octobre 1962 la "crise des missiles" entre les Etats-Unis (de Kennedy) et l'Union Soviétique (de Khrouchtchev). Celui-ci accepte de retirer ses missiles de Cuba si les Américains renoncent à envahir Cuba. En représailles, les US déclarent l'embargo total sur Cuba qui n'a alors d'autre choix que de s'allier à l'URSS (accords commerciaux de 1964) pour survivre économiquement. Il en résultera un bilan mitigé des 40 ans de Fidel Castro à la tête du seul régime "socialiste" en Occident. Il hisse au plus haut niveau l'éducation (le taux de scolarisation frise les 100%) et la santé (la mortalité infantile chute drastiquement et l'espérance de vie devient comparable à celles des pays industrialisés). En revanche, si Castro a libéré Cuba de l'hégémonie américaine, ne l'a t-il pas inféodé à l'Union soviétique ? De nombreux pays, dont le Canada, le Mexique, l'Espagne, la France, etc. continueront toutefois de commercer un peu avec Cuba (Fidel Castro est d'ailleurs venu en visite officielle en France en 1996).
Le principal problème de Cuba reste l'approvionnement en denrées alimentaires (elles seront même tout un temps rationnées). Alors, Castro transforme les "fermes d'état" en "coopératives" et autorise même, au début des années 1980, les "agromercados", autrement dit les "marchés libres paysans". L'effondrement du monde soviétique à la fin des années 1980 entraîne l'effondrement du système économique cubain, et une importante vague d'émigration des Cubains a lieu vers la Floride (au début des années 1990). Dans le même temps, avec la fin de la guerre froide, beaucoup d'Américains commencent à se demander s'il est bien souhaitable de poursuivre l'embargo vis-à-vis de Cuba (dont les dirigeants restent toutefois très anti-américains !). Certains Américains vont même jusqu'à préconiser une large ouverture, pensant qu'une arrivée massive d'hommes d'affaires et de touristes américains pourraient au contraire détourner les Cubains du "Castrisme" ! En 1998, l'embargo américain est en effet allégé. Coïncidence peut-être, mais c'est en tout cas en 1998 aussi que le pape Jean-Paul II se rend à Cuba ! Mais cet espoir d'ouverture sera de courte durée, l'arrivée du Président Bush à la Maison Blanche, les attentats des "Tours jumelles" et l'arrivée des premiers prisonniers à Guantanamo en 2002 font s'éloigner toute velléité de levée de l'embargo (le dollar est désormais interdit à Cuba). En parallèle, Castro durcit encore sa lutte interne contre les dissidents… qui "osent" demander plus de démocratie.
En 2004, Castro interdit les transactions en dollars et crée, pour les remplacer, le "peso convertible" (ou CUC pour "CUbano Convertible") qui n'a cours que sur l'île (1 CUC = 0,80 €). Ces deux monnaies (le peso et le CUC) sont toujours officielles de nos jours. Seul le peso (ou "moneda nacional") est utilisable dans les magasins d'état. Le CUC est utilisé par les touristes, mais aussi par les Cubains pour acheter des biens dans des magasins non subventionnés. Ces deux monnaies créent d'importantes disparités de niveaux de vie selon que les Cubains sont payés en pesos (comme les fonctionnaires) ou en CUC (comme les commerçants, etc.), ce dernier ayant été longtemps en parité avec le dollar. C'est ainsi que nombre de médecins se reconvertissent en chauffeurs de taxis, en vendeurs de cigares ou encore transforment leurs habitations en maisons d'hôtes, professions beaucoup plus lucratives ! Des marchés parallèles se développent également. Devant la difficulté de la situation, Castro finit par ouvrir progressivement son île aux capitaux étrangers, et en particulier à ceux liés au tourisme. Il réévalua le peso et le CUC (ce dernier perdit alors sa parité avec le $ US : maintenant, 1 CUC = 1,08 $ US). En 2008, Fidel Castro se retira au profit de son frère Raul Castro qui devint officiellement Président de la République "Socialiste" de Cuba. L'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche en 2009 donna de nouveaux espoirs aux Cubains. Quel sera leur futur avec Raul Castro (maintenant que Fidel Castro a définitivement "quitté" son île natale, pas vraiment d'ailleurs puisqu'il a été enterré, le 4 décembre 2016, à Santiago de Cuba — première capitale de l'île au début de la colonisation espagnole — au Sud-Est de l'île) et que Donald Trump a succédé à Obama ?

Remarque : il n'y a, pour l'instant en tous cas, aucune rue ni aucun monument portant le nom de Fidel Castro, car ce dernier avait promulgué une loi interdisant d'honorer un vivant. Qu'en sera t-il maintenant, l'avenir le dira.


Appareillage de LA HAVANE (Cuba) : cf. page suivante

 
Dernière mise à jour : 08.04.2017

© Françoise Massard
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