Passage du Cap Horn (février 2008)
de Buenos Aires à Valparaiso à bord du NORWEGIAN DREAM
Françoise Massard


Samedi 9 février 2008


Nous avons navigué toute la nuit, et naviguerons toute la journée de ce samedi avant d'atteindre le but de tout navigateur contournant l'Amérique du Sud : le mythique Cap Horn. Ce sera donc pour moi, et sans doute pour pas mal d'autres passagers, une journée "historique". Les deux cartes marines ci-dessus montrent notre route depuis Port Stanley (que nous avons quitté hier soir) jusqu'au Cap Horn, que nous contournerons ce soir avant de nous engager dans le Canal de Beagle pour rejoindre le port de Ushuaia (cf. ci-dessus à droite et carte dessinée ci-après : le tracé en rouge représente notre route entre le Cap Horn et Ushuaia, le tracé en vert celle au départ de Ushuaia, en direction de Punta Arenas).


Point de midi : latitude 54° 49' S - longitude 63° 45' W - pression 1 011 mbar - température de l'air 9 °C - température de l'eau 7 °C - profondeur 310 m - distance parcourue depuis Port Stanley 299 NM - distance à parcourir d'ici le fameux Cap Horn 170 NM, cap que nous devrions passer vers 19h30.


Phase d'approche du Horn en ce 9 février après-midi. Nous avons laissé sur notre tribord l'Ile des Etats chère à Jules Verne (cf. "Le phare du bout du monde" déjà évoqué). Le Faro del Fin del Mundo, le phare le plus au sud de la planète, n'est plus opérationnel.




Le cap Horn est l'extrémité sud de l'Ile Horn qui appartient elle-même à l'archipel des Îles Hermite, à l’extrémité sud de la Terre de feu. Ce légendaire rocher, au nord du passage de Drake (qui sépare l'Amérique du Sud du continent Antarctique), est haut de 425 m et couvre une surface d'environ 10 km2.


Passage du Cap Horn (09.02.2008)
Lat. 55° 59' S - Long. 67° 17',4 W

Le voici, vu via Google Earth, ce fameux "caillou", prestigieuse mais redoutable sentinelle du continent sud-américain, entre les océans Atlantique et Pacifique. Le Horn est fréquemment la proie de furieuses tempêtes qui ont forgé sa renommée. Et, pourtant, nous l'avons passé par un temps fort calme (certes, nous étions à la meilleure saison, mais quand même, pour ma part en tout cas, je trouve un peu dommage de ne l'avoir pas entraperçu sous son jour réel ! ).


L'Ile Horn appartient au Chili, et la marine chilienne y entretient une station comprenant un phare, un bâtiment d'habitation, un local technique et une chapelle. Les seuls habitants permanents sont le gardien du phare et sa famille. Près du phare se trouve un mémorial, symbolisant un albatros, en l’honneur des nombreux marins qui périrent en tentant de passer le Horn. Pas d'arbres sur l'île, mais quand même une végétation basse entretenue par les fréquentes précipitations.


Partis en mai 1615 du Port de Horn (Pays-Bas), Willem Schouten (à bord de LA CONCORDE) et Jacques Le Maire (à bord de son navire LE HORN), doublèrent le Cap Horn le 23 janvier 1616).


Une fois passé le Horn, nous rencontrons un "confrère" Sa coque bleue et ses deux cheminées me le font rapidement reconnaître : il doit s'agir d'un des paquebots de la Holland America Line. J'en aurai confirmation le lendemain en le voyant à quai à Ushuaia : il s'agit bien du ROTTERDAM.


Une attestation de passage du cap Horn fut évidemment remise à chaque passager, mais honnêtment, ce ne fut pas le Cap Dur comme il est souvent désigné par les marins. Alors, je me console en me disant que le célèbre navigateur La Pérouse l'a lui aussi passé par calme plat il y a exactement 222 ans, jour pour jour (9 février 1786) :

"Je doublais le cap Horn avec beaucoup plus de facilité que je n'aurais osé l'imaginer ; je suis convaincu aujourd'hui que cette navigation est comme celle de toutes les latitudes élevées : les difficultés qu'on s'attend à rencontrer sont l'effet d'un ancien préjugé qui ne peut exister fort longtemps, et que la lecture du Voyage de l'Amiral Anson n'a pas peu contribué à conserver parmi nos marins"
(Recit de voyage, annoté par
J.B.B. de Lesseps)

Albatros photographié au Cap Horn
Attestations du passage du Cap Horn

C'est au cap Horn qu'on d'vient mat'lot
Good bye far'well, Good bye far'well
La gueule au vent, le cul dans l'eau
Hourra oh Mexico

Le père Lancelot (Chant à virer au cabestan)



Une fois passé le Cap Horn, en soirée, nous continuons notre navigation en direction de la ville d'Ushuaia distante de 125 NM (environ 230 km). Nous y serons demain matin à l'aube.


Ushuaia (Argentine)
Lat. 54° 49' S - Long. 68° 18'  W- TE max 11,6 m - GMT–3
Port le plus au sud de l'Argentine et du Continent Sud-Américain, situé au sud de l'île de la Terre de Feu, sur le Canal de Beagle
Port de pêche, mais aussi de passagers : environ 150 paquebots y accostent annuellement


Dimanche 10 février 2008

Le jour se lève, en ce dimanche matin, sur Ushuaia, la ville (argentine) la plus au sud de la planète... Elle est la capitale de la Terra del Fuego (Terre de Feu), pointe mythique du bout du monde, ultime morceau de terre avant l'immensité glacée de l'Antarctique. La Terre de Feu est partagée entre l'Argentine et le Chili. Son nom viendrait des nombreux feux constamment entretenus par les Indiens pour se réchauffer. Magellan les avait d'ailleurs observés alors qu'il explorait les passages possibles entre les océans Pacifique et Atlantique, en 1520. Cette origine du nom est parfois contestée, certains pensant que "Terre de feu" viendrait de la couleur vive de certaines plantes de l'ïle... Je ne trancherai pas ! Cette île (archipel en réalité) fut peuplée il y a environ 10 000 ans par les Indiens : tribus Onas au nord, Alakalufs à l'ouest (lire le roman Adios, Terra del Fuego de Jean Raspail), Yamanas au sud et Haushs à l'est. Elle est séparée du continent sud-américain par le Détroit de Magellan (530 km de long sur 4 à 24 km de large).


Nous sommes à quai à 6h30. Une grosse demi-journée pour visiter le port, naviguer en catamaran sur le fjord, faire un tour dans le parc national et jeter un coup d'oeil à cette ville la plus australe d'Argentine. Il ne faudra pas traîner, mais cela nous réchauffera... Et tout d'abord, quelques vues de la baie d'Ushuaia.


Signifiant "baie qui pénètre l'Ouest", Ushuaia s'étend au pied des derniers contreforts des Andes. Fondée au XIXe siècle, elle compte aujourd'hui environ 40 000 habitants. Elle est longtemps demeurée une simple bourgade, surtout connue pour son pénitencier (non chauffé... brrr, qui fonctionna jusque vers 1940). Les prisonniers travaillèrent à la construction d'une ligne de chemin de fer la plus au sud du globe) destinée au transport du bois de construction (le train, aujourd'hui purement touristique, circule toujours, comme le montre la photo ci-dessous). Ushuaia se développa dans les années 1970 grâce à des incitations financières, mais les rudes conditions climatiques de l'hiver austral découragèrent certains nouveaux venus et une période de récession suivit. Aujourd'hui, Ushuaia vit de la pêche, de quelques industries et du tourisme.

Ne pas manquer de lire "Le Monde du bout du monde" du grand auteur chilien Luis de Sepúlveda.




Ushuaia vue d'avion

Quelques navires à quai dans le port, base de départ des expéditions vers l'Antarctique.

NORWEGIAN DREAM
ROTTERDAM

DISCOVERY

• ROTTERDAM (Rotterdam) - IMO 9122552 - Indicatif d'appel PDGS - MMSI 246167000 - Paquebot de croisières - 237,95x32,25x11,00 m - TE 8,00 m - JB 61 849 - JN 30 011 - PL 6 354 t - Ptot 57 700 kW (cinq moteurs 4T-16cyl Sulzer-Fincantieri 16ZAV40S couplés à cinq générateurs (11 520 kW chacun) alimentant deux moteurs électr. (18 750 kW) qui entraînent deux hélices à pas variable) - V 22,5 nd - Deux propulseurs d'étrave - Cap. 1 668 passagers (658 cabines) - Equipage 593 - Constr. 1997 (Fincantieri, Venise, Italie) - Propr. Carnival (Miami, Etats-Unis) - Gérant Holland America Line (Seattle WA, Etats-Unis) - Pav. NLD.
• DISCOVERY (Hamilton) - IMO 7108514 - Navire de croisière - 168,74x24,59x15,14 m - TE 7,49 m - JB 20 216 - JN 7 890 - PL 2 859 t - Ptot 13 240 kW (quatre moteurs / deux hélices) - V 18 nds - Cap. 689 passagers (236 cabines) / équipage 350 - Constr. 1971 (Rheinstahl Nordseewerke, Emden, Allemagne) - Gérant V Ships Leisure SAM (Monte Carlo, Monaco) - Pav. BMU. Ex PLATINUM (2001-2002) - Ex HYUNDAY PUNGAK (1999-2001) - Ex ISLAND PRINCESS (1972-1999) - Ex ISLAND VENTURE (1971-1972).

CORINTHIAN II
GRIGORIY MIKHEYEV
• CORINTHIAN II (Valletta) - IMO 8802882 - Navire de croisière - 90,36x15,27x4,20 m - TE 3,95 m - JB 4 200 - JN 1 263 - PL 645 t - Ptot 3 520 kW (deux moteurs / deux hélices) - V 15,5 nds - Cap. passagers 114 (57 cabines) / équipage 72 - Constr. 1991 (Nuovi Cantieri Apuania, Marina di Carrara, Italie) - Gérant International Shipping-Miami (Miami, USA) - Pav. MLT. Ex ISLAND SUN (2004-2005) - Ex SUN (2003-2004) - Ex RENAI I (2001-2003) - Ex RENAISSANCE SEVEN (1998-2001) - Ex REGINA RENAISSANCE (1992-1998) - Ex RENAISSANCE SEVEN (1991-1992).
• GRIGORIY MIKHEYEV (St Petersburg) - IMO 8909331 - Navire à passagers - 64,90x12,70x6,30 m - TE 3,60 m - JB 1 729 - JN 518 - PL 557 t - Ptot 2 600 kW (deux moteurs / une hélice) - V 13, 5 nds - Cap. Passagers 29 / équipage 40 - Constr. 1990 (Hollming Oy, Rauma, Finlande) - Gérant Russian Govt (Hydrographic Dept) - Pav. RUS.

HANSE EXPLORER
HANSE EXPLORER - IMO 9346110 (Saint John's) - 47,76x10,40 m - TE 3,52 m - JB 885 - JN 266 - PL 199 t - P 1 360 kW - V 13 nds - Cap. 12 passagers / 6 membres d'équipage - Constr. 2006 (Fr. Fassmer, Berne) - Propr./Gérant Harren & Partner Reederei (Allemagne) - Pav. ATG. Lancé comme HANSEATIC EXPLORER.

USHUAIA
VIA AUSTRALIS
• USHUAIA (Panama) - IMO 6901907 - Navire de recherche - 84,82x15,55x7,62 m - TE 5,51 m - JB 2 802 - JN 946 - PL 1 907 t - Ptot 2 412 kW (deux moteurs / deux hélices) - V 14 nds - Gérant Ushuaia Adventure (Buenos Aires) - Constr. 1970 (American Shipbuilding Co, Lorain, Ohio, USA) - Pav. PAN. Ex MALCOLM BALDRIDGE (1998-2001) - Ex RESEARCHER (1968-1988).
• VIA AUSTRALIS (Punta Arenas) - IMO 9334088 - Navire de croisières - 71,80x13,40x4,26 m - TE 2,74 m - JB 2 664 - PL 307 t - Ptot 1 250 kW (deux moteurs / deux hélices) - Constr. 2005 (Astilleros y Servicios Navales, Valdivia, Chili) - Gérant Navarino Administradora (Chili) - Pav. CHL.

Là, ce sont les catamarans pour naviguer sur les fjords alentour et découvrir la faune locale.

LUCIANO BETA
MOREMO JR.
• LUCIANO BETA (Ushuaia) - IMO 9105815 - Navire à passagers - JB 148 - JN 95 - PL 21 t - P 1 412 kW - Constr. 1994 (Astilleros y Servicios Navales, Valdivia, Chili) - Gérant Tolkeyen (Mar del Plata, Argentine) - Pav. ARG.
• MOREMO JR. - Navire à passagers - L 8,2 m - JB 26 - P 540 kW (deux moteurs Cummins Marine 6BTA5.9M1) - V 13 nds - Cap. 122 passagers

Et, bien sûr, quelques-unes des incontournables épaves.

Baleinier PETREL

Epave du remorqueur SAINT CHRISTOPHER... dont j'ignore l'histoire (me contacter ici)


Navigation matinale dans les fjords, justement, à la découverte d'oiseaux.


Canard austral (Quetro)
Cormoran à col noir
Petrel

Le vol de l'albatros

Au cours de cette même navigation (toujours à bord du catamaran MARINA I) dans le canal de Beagle (nom du navire de l'expédition à laquelle participait le célèbre naturaliste Charles Darwin), nous avons découvert d'autres espèces animales dans la réserve naturelle de l'Isla de los Lobos , l'Ile aux lions de mer, phoques, otaries, cormorans, etc.



Puis nous avons rejoint la baie de Lapataia où nous avons accosté pour faire un tour dans le Parc national de la Terre de Feu qui s'étend le long de la frontière chilienne, du canal de Beagle (au sud) jusqu'au delà du lac Fagnano (au Nord).


Encore préservé des "destructions humaines", ce parc toujours quasi vierge subit en revanche les dégradations des castors qui se sont exponentiellement développés depuis leur introduction, il y a une cinquantaine d'années, par des trappeurs depuis le Canada. Ils sont donc chassés (avec prime à la peau).


Revenus au Norwegian Dream, malheureusement sans avoir eu le temps de visiter le Museo del Fin del Mundo ni le Museo Maritimo (installé dans l'ancien bagne, El Carcel de Reincidentes), nous appareillons dans l'après-midi pour continuer notre navigation vers Punta Arenas distant de 283 NM. Nous reprenons donc le canal de Beagle, superbe navigation.


Beauté mystérieuse, envoûtante...


Nous admirons, au passage, de superbes glaciers (vraiment bleus).

Glacier Holanda
Glacier Italia
Glacier Francia
Glacier Alemania

Contrairement aux glaciers précédents qui portent un nom de pays, celui ci-dessous porte le nom de la frégate ROMANCHE, commandée par le Capitaine Luis Martial, qui participa à une expédition au Cap Horn en 1883.

Glacier Romanche


Vu la distance à parcourir depuis Ushuaia (283 NM, soit près de 525 km), notre ETA à Punta Arenas est demain matin vers 5h. Nous naviguerons toute la nuit dans un "entrelacs" de canaux, pour finalement emprunter le Canal de Magellan.



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© Françoise Massard
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