De Zeebrugge au Cap Nord à bord du PRINCESS DANAE (juin 2001)
Françoise Massard

 
Principales escales :BergenFlam & GudvangenHellesyltGeirangerIles LofotenCap NordTromsoBodo


En route pour les Iles Lofoten et passage du Cercle polaire…

Nous avons environ trente-six heures de navigation pour atteindre ces îles situées à environ 800 km plus au Nord. Comme le ciel le laissait présager en quittant le Geirangerfjord, la tempête s’est levée : vent force 6-7, mer formée (force 4), le bateau roule, les portes claquent. L’air est annoncé à 7 ° et la mer à 6 °. Le commandant de bord prévient d’éviter de se promener sur les ponts devenus glissants.

Alors, c’est le moment de profiter de sa « suite » personnelle (porte fermée, grrr…, contrairement à la photo ci-contre prise la veille au soir, c'est incroyable la vitesse à laquelle la météo évolue dans cette région du monde) ou d’aller écouter des conférences (cf.ci-dessous) ou de lire un résumé (fourni aux passagers) de l’histoire de la Norvège (cf. annexe).

La bataille de l’eau lourde pendant la Seconde Guerre Mondiale
A la déclaration de la guerre, la Norvège était le seul pays producteur d’eau lourde, ce ralentisseur de neutrons. En 1939, les grands physiciens savaient que le premier pays qui parviendrait à contrôler la fission nucléaire disposerait d’un extraordinaire pouvoir destructeur. Mais pour contrôler cette fission, il fallait de l’eau lourde. Les Norvégiens acceptèrent de vendre leur stock d’eau lourde à la France et, en juin 1940, elle fut acheminée vers les États-Unis. Lorsque l’Allemagne investit la Norvège, elle remit en marche l’usine de production. En 1942, les alliés décidèrent de détruire le stock constitué et l’usine de production. Or celle-ci se trouvait sur un éperon rocheux, à mi-flanc d’une vallée glaciaire abrupte et resserrée, à 3 km du petit village de Rjuksan. A cause de la proximité de ce village, l’idée d’une intervention aérienne fut écartée et ce fut une opération aéroportée qui fut choisie.

En février 1943, six hommes, tous norvégiens, furent parachutés sur le plateau de Hardanger (région de Bergen) avec, à leur tête, Knut Haukelid, jeune ingénieur qui avait réussi à gagner l’Angleterre. Avec bien des difficultés, ils firent leur jonction avec un groupe de résistance locale (le groupe Swallow). Le petit commando comprenait au total neuf hommes. Au prix d’astuces incroyables, et au péril de leur vie, ils réussirent à faire sauter l’usine le 28 février 1943.

Mais les Allemands ne tardèrent pas à la remettre en marche et à constituer un nouveau stock d’eau lourde, qu’ils décidèrent de transférer en Allemagne, avec les installations. Mais Knut Haukelid, qui était resté en Norvège après la première intervention, fut chargé par Londres d’empêcher à tout prix le convoi de parvenir à destination. Le train qui transportait installations et eau lourde devait embarquer sur un ferry pour traverser le lac de Tinnsjoe, profond de 400 m en son centre. Le transbordement sur le ferry était prévu pour le 20 février 1944. Le 19, à 23 h, Haukelid se fit déposer non loin du bateau. Muni de sa mallette de travail, il s’approcha, seul, du quai d’embarquement. L’équipage du ferry était engagé dans une partie de poker passionnée. Aussi, Haukelid put-il sans difficulté monter à bord et gagner le centre vital du navire. Il lui fallu plusieurs heures pour disposer les pains de plastic et régler les détonateurs. Son travail terminé, il quitta le navire et disparut dans la nuit.

Le lendemain, le ferry coula, avec son chargement stratégique, par 400 m de fond.

Mais revenons à des jours heureusement moins "sombres", à tous les sens du terme. En effet, à cette période de l'année (juin), le soleil ne se couche pas dans le Grand Nord… les touristes non plus… alors ils font la fête et ils mangent…
 
 
... en attendant le passage du Cercle polaire
annoncé par le commandant ce 12 juin à 22 h 30 (cf. photo ci-dessous)

Le Cercle polaire Arctique est le parallèle de l'hémisphère Nord (latitude 66° 33') au-delà duquel il existe au moins une journée où le soleil reste au-dessus de l'horizon en été et reste en dessous de l'horizon en hiver (son équivalent dans l'hémisphère Sud est évidemment le Cercle polaire Antarctique). Il traverse de nombreux pays : Finlande, Suède, Norvège, Islande, Groenland, Russie, Canada et Alaska.

Les latitudes (nord ou sud) de ces deux cercles polaires sont égales à l'angle d'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre par rapport à l'axe céleste (ou, autrement dit, l'angle d'inclinaison de l'équateur par rapport à l'écliptique). Leur distance angulaire aux pôles est de 23° 26'.

Passage du Cercle polaire Arctique... certifié, comme le montre le document ci-contre !


Escale 4 : les Iles Lofoten

Situé en face de la côte norvégienne, au nord de Bodo et à l’ouest de Narvik, l’archipel des Lofoten s’étend sur 190 km de long et comprend quelque 80 îles habitées qui couvrent une superficie de 1 425 km2. Gradval, où nous avons débarqué (… en chaloupe), se trouve sur l’île centrale de l’archipel, Vestvagoy.
 
 
 

Les jours de mauvais temps (et ils sont nombreux !), les vagues se précipitent rageusement contre ces îles tourmentées, déchiquetées, qui se dressent au-dessus de la mer, telles des sentinelles, des montagnes qui comptent parmi les plus anciennes du monde puisqu’elles se seraient formées il y a trois milliards d’années.

Mais lorsque le soleil éclaire le ciel, le paysage s’adoucit et devient d’une extraordinaire beauté. La luminosité fait chanter les couleurs vives des petites maisons, étinceler les nombreux lacs de l’intérieur, et la mer apaisée vient doucement caresser les rivages. Ces iles furent pour moi un vrai "coup de cœur".

   

Succession d’à-pics déchiquetés et sombres qui paraissent jaillir des eaux, ces îles présentent parfois de basses terres qui viennent mourir tranquillement dans la mer.
   
   
Comme le paysage, les changements de temps peuvent être brusques et rapides : on passe, sans transition, d’un soleil radieux à des averses rageuses ! Mais, de toute façon, il pleut souvent, très souvent, aux Lofoten. En effet, les montagnes forment une véritable barrière pour les nuées venues de l’ouest, rendant inévitables les nombreuses précipitations.
   
En fait, si les étés sont plus frais que dans le reste du pays (l’air y est souvent entre 8 et 12 °C, et la mer de 1 à 2 ° de moins…), les hivers y sont en revanche d’une exceptionnelle "douceur" . Bien sûr, nous sommes au-delà du Cercle polaire et le thermomètre peut parfois afficher – 10 °C, mais la température moyenne descend rarement au-dessous de 0 °C. En janvier, elle dépasse de 20 °C celle enregistrée plus à l’est à la même latitude.

Dans la moindre crique, la plus petite baie, on voit d’étranges palissades de bois : les séchoirs à morue. La pêche constitue en effet la grande richesse des Lofoten. Des quantités considérables de cabillauds — nom donné à la morue fraîche — viennent frayer aux Lofoten durant les quatre premiers mois de l’année.
 
S’ouvre alors la grande saison de pêche des Lofoten. Pourtant, inexorablement, cette activité décline : il y avait encore, en 1947, environ 20 000 pêcheurs ; on en compte guère plus de 3 000 aujourd’hui (2001), mais plusieurs milliers de tonnes de poissons sont quand même pêchées chaque année.
Le brouillard tombe sur le village de pêcheurs

 

Mais la pureté des eaux permet de développer les Stokkfisk… en cours de séchage. Ce sont des élevages de truites et de saumons (nourris à l’aide .de farines fabriquées à partir des têtes et autres déchets de cabillaud… rien ne se perd dans la morue… y compris l’huile de son foie... "fameux" — hum, ce n'est pas vraiment le mot le plus approprié — souvenir d’enfance !!!).

C’est une pêche saisonnière. En effet, c’est entre janvier et avril qu’une variété de morue venue de la mer de Barents, le skrei, vient frayer dans les parages. Une fois les bancs de poissons repérés, tous les bateaux de la flottille entament leur pêche selon différentes techniques : pêche à la ligne (jusqu’à 200 hameçons par ligne) pour les embarcations naviguant près des côtes, pêche au filet et pêche au chalut pour celles qui évoluent au large. Les prises sont ensuite séchées sur ces rateliers en bois que l’on voit … et l’on sent partout aux Lofoten !!! 90 % de la production de morue séchée est exportée vers l’Italie.

En Norvège, la morue est un mets national. Aussi convient-il de distinguer le stokkfisk du klippfisk. Dans le cas du stokkfisk, le poisson est vidé, nettoyé puis mis à sécher sur ces râteliers jusqu’à mis juin où ils sont ramassés… Ainsi séché, le poisson perd 80 % de son poids. Il peut alors se conserver des années. On peut ensuite préparer un "étonnant" lutefisk (j'avoue ne pas avoir osé faire l’expérience !) ou poisson à la soude en plongeant le stokkfisk dans une solution alcaline puis en faisant pocher la masse gélatineuse ainsi obtenue. A consommer à Noël…

 
   
Le klippfisk est, quant à lui, obtenu par salage. Seule une toute petite partie est salée sur place, les îles Lofoten ne possédant que deux usines adaptées. Une forte proportion est exportée au Portugal où elle y est séchée. Enfin, les langues de morue sont particulièrement appréciées des gourmets norvégiens. J’en ai goûté en beignet, fin en effet. Les Lofoten furent colonisées par les pêcheurs dès 1100 et cette pêche à la morue resta la principale source de revenu jusqu’aux années récentes. Richesse à laquelle il faut maintenant ajouter les retombées du tourisme (ces îles en valent vraiment la peine).
   

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FM - Juillet 2001
© Françoise Massard
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