De Zeebrugge au Cap Nord à bord du PRINCESS DANAE (juin 2001)
Françoise Massard

 
Principales escales : Bergen – Flam & Gudvangen – Hellesylt – Geiranger – Iles Lofoten – Cap Nord – Tromso – Bodo


Escale 5 : Cap Nord

Annonce de la passerelle, en ce 14 juin 2001: « Il est 9h30, nous avons parcouru 189 milles depuis que nous avons quitté le port de Grandval (Lofoten), soit 350 km. Il nous reste 160 milles à parcourir pour atteindre notre prochaine escale, Honningsvag, soit 296 km. » Soit une nuit et une journée de navigation dans le Vestfjorden pour parcourir ces 350 milles (ou 650 km) qui nous séparent du Cap Nord. Ci-dessous, juste deux photos parmi celles faites en cours de route…

La journée ne s’annonce pas fatalement radieuse… (photo de gauche) et pourtant… moins d'une heure après, magnifique soleil ! Le temps, je l'ai déjà dit, change décidément vite le long de ces côtes.

Le Cap Nord… nous y voilà

Nous y voilà, pas tout à fait puisque l'atterrage se fait au port de Honningsvag (cf. photos ci-dessous). C'est par la route que nous atteindrons le Cap Nord.


Paysages du Cap Nord… entre minuit et 1 h du matin le 15 juin 2001, sur le trajet du Cap Nord..

Le Cap Nord, une falaise abrupte impressionnante qui s’élève à 307 m au-dessus des flots, qui marque le point le plus septentrional de l’Europe. Il est situé sur l’île de Magerøy,« l’île maigre », ainsi nommée en raison de la pauvreté de son sol qui rend toute culture impossible.

Sous le soleil de minuit (rare)…
… et dans le brouillard comme ce 14 juin
Impressionnante falaise abrupte du Cap Nord
Seuls les rennes peuvent y trouver leur subsistance. Avec leurs sabots, ils grattent la neige pour atteindre les herbes et les lichens dont ils sont friands. Environ 5 000 de ces animaux paissent sur l’île de Magerøy, du printemps au début de l’automne. L’hiver, sous la conduite de leurs vigilants gardiens, les Lapons, ils quittent l’île de Magerøy pour des régions plus méridionales. Cette traversée s’effectue, à l'heure actuelle, par bateau…(en effet, en fin de saison, les rennes étaient trop fatigués par leurs déplacements incessants et beaucoup se noyaient durant leur traversée à la nage).

En fait, les Lapons (ou Sâmes) se sédentarisent de plus en plus. Leur territoire s’étend sur la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie, pays aux réglementations différentes qui rendent les tracasseries administratives, au passage des frontières, extrêmement lourdes. De plus, en raison de l’évolution technique, l’élevage des rennes demande de moins en moins de main-d’œuvre.
Les Lapons constituent un groupe ethnique cohérent, avec leur langue et leur culture. Leurs traditions se sont parfaitement adaptées aux techniques modernes. C’est une ethnie très évolutive. Aujourd’hui, les ferries ont remplacé les radeaux et les scooters des neiges, les traîneaux, au grand regret des amateurs de folklore sans doute !
Seuls quelques milliers de Lapons des montagnes perpétuent ce mode de vie ancestral
rythmé par les migrations de leurs troupeaux de rennes
A l’origine, la pêche, la chasse et l’élevage des rennes constituaient les ressources des familles sâmes, qui vivaient en complète autarcie. Puis le renne devint l’élément essentiel de l’économie lapone. Pour satisfaire la demande en viande, cuirs et peaux, on vit alors d’immenses troupeaux transhumer au fil des saisons. La migration vers le nord avait lieu en avril, avant le dégel de mai qui transforme le plateau finmarkien en une vaste fondrière d’où des myriades de moustiques prennent leur essor… Ensuite, pendant quatre mois, le long des côtes ou sur les îles proches (la traversée d’un bras de mer faisait souvent partie du voyage, mais comme un certain nombre de rennes y périssaient, ils sont maintenant traversés sur des bateaux militaires !), le bétail pouvait profiter des pâturages rendus «luxuriants» par un soleil «permanent», même voilé par les nuages ou le brouillard. Vers la mi-août, dès l’apparition des premiers signes de l’automne, troupeaux et bergers regagnaient le «village» d’hiver, au terme d’une longue marche.
Chez les Sâmes, la littérature orale est la plus importante et le jojk, où se mêlent le chant et le poème, constitue une expression spécifique de l’art lapon. Dans le jojk, qui comprend de savoureuses onomatopées, le rythme est le plus souvent l’élément essentiel, alors que la mélodie est plutôt monotone. Ils mènent un constant combat politique pour la reconnaissance pleine et entière de leurs droits en tant que minorité ethnique et linguistique. Le parlement sâme, le Sameting, inauguré par le roi Olav V en octobre 1989, comprend 39 membres. S’il exerce une influence politique réelle dans les régions à dominante lapone, il réussit même à faire infléchir certaines décisions politiques prises au niveau national. Ses représentants sont élus tous les quatre ans par les personnes âgées de plus de dix-huit ans et dont la langue (ou celles de leurs parents) est le sâme.

Mythique Cap Nord
Le soleil de minuit, vu du Cap Nord (quand on a de la chance !), 71°10’21"N.
Cette vue de l’Océan Arctique et du rocher du Cap Nord permet de suivre
le soleil de 18 h à 6 h du matin.
 
Nous n’avons pas eu la chance de voir réellement le cheminement du soleil tel que décrit ici, mais les différentes photos prises entre 2 h et 3 h 30 du matin (cf.ci-dessous), à partir du balcon de ma cabine, alors que nous commencions à redescendre les côtes norvégiennes, en direction de Tromsø (la "Porte de l'Arctique", 190 milles ou environ 350 km plus au sud), méritaient bien une très courte nuit ! Là encore, changements incessants de couleurs.

   

Prochaine et avant-dernière escale : Tromsø

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FM - Juillet 2001
© Françoise Massard
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