Navigation sur l'Amazone entre Manaus (Brésil) et Iquitos (Pérou) — Janvier 2012
Françoise Massard

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Ce n'est pas ma première navigation fluviale au long cours, mais c'est la première fois que je naviguais au cœur de l'Amazonie. C'est, de toute façon, le meilleur (et souvent le seul) moyen de communication dans cette région du monde encore incomplètement connue bien que les premières explorations remontent au XVe siècle et que la richesse présumée de son sous-sol attise la convoitise de spéculateurs fonciers. Une ville comme Iquitos (Pérou), comptant environ 450 000 habitants et située à quelque 3 200 km de l'océan Atlantique, n'est encore accessible que par l'Amazone ou par avion… Cette navigation d'une quinzaine de jours entre Manaus et Iquitos justement m'a permis de venir à la rencontre des Amazoniens vivant dans cette "jungle verte" (ils seraient de l'ordre de trois millions) : "Caboclos" (métis d'Indiens et d'Européens ou d'Africains) habitant dans des villages répartis le long des voies d'eau et vivant de la pêche, de la chasse, de la cueillette des fruits, de l'agriculture, de l'élevage et de l'exploitation de l'hévéa, mais aussi "Amérindiens" vivant encore dans des villages reculés à l'intérieur de la forêt. Très intéressant voyage donc du point de vue géographique, climatique, ethnographique, etc. Ce modeste rapport de navigation en présente les principales étapes.


Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux !   Marcel Proust


Dimanche 15 janvier 2012

C'est à l'aéroport de Roissy, à 06h00 du matin ce 15.01.2012, que je retrouve une vingtaine d'ami(e)s de l'AMAP (Association Méditerranéenne des Amis des Paquebots) avec lesquels je vais partager cette expérience un peu insolite : croisière-exploration d'une douzaine de jours sur l'Amazone, à bord du paquebot VISTAMAR affrété au voyage par Plein Cap Croisières. L'embarquement étant prévu à Manaus (Brésil), nous prenons place à bord d'un Airbus A 330 de la compagnie Air Berlin affrété pour l'occasion. Après une escale technique à Punta Cana (République Dominicaine) d'environ 1h30, pour refaire le plein de kérosène, nous atterrissons à Manaus… quelque quatorze heures après notre envol de Roissy.


MANAUS (Brésil)
Lat. 03° 08' S - Long. 060° 03' W   —    GMT – 4    —    TE max 9,1 m

Notre atterrissage à Manaus ayant accusé plus d'une heure de retard, c'est à la nuit tombée (près de 19 h, heure locale) que nous arrivons au pied de la coupée du VISTAMAR. Une fois à bord, formalités d'usage : échange de notre passeport contre le précieux sésame qu'est la carte électronique propre à chaque passager et qui lui sert de moyen de paiement généralisé à bord. Habituellement cette carte sert aussi à la sortie et à la remontée à bord du navire à chaque escale. Ici, sur ce paquebot très familial (de l'ordre de 250 à 300 passagers maximum, et pour ce voyage nous ne sommes que 160), pas de contrôle électronique des passagers ni des bagages, tout le monde se connaît et est connu, d'où une grande convivialité à bord. Un simple (mais astucieux) système de contre-marques sur un tableau mural permet à l'équipage de voir, d'un seul coup d'œil, si tout le monde est bien à bord. Nous récupérons également notre clé de cabine, en fait une autre carte, perforée celle-ci, et nos bagages qui nous ont été déposés devant nos cabines par le personnel du bord. Puis, pour les passagers les plus courageux, dîner rapide car nous avons tous envie de rejoindre nos bannettes au plus vite. Notre préacheminement aura en effet duré 18 h dont plus de 14h à bord de l'avion (dont le personnel, fort sympathique, nous a heureusement coconnés pendant tout le trajet).

Voici une rapide présentation du VISTAMAR que nous visiterons en détail ultérieurement (cf. page suivante).


Caractéristiques principales du VISTAMAR
IMO / Indicatif d'appel / MMSI / Pavillon
Longueur hors tout / LPP
Largeur hors tout
Creux / Tirant d'eau d'été / Tirant d'air
Jauge brute / Jauge nette / Port en lourd
Puissance totale / Deux mot. 4T-12cyl
Deux lignes d'arbres
Vitesse de croisière
Capacité passagers max. / Cabines
Equipage
Construction / Pays
Chantier
Port d'enregistrement / Pavillon
Armement propriétaire
Armement gérant/opérateur

8701193 / ICCO / 247191700 / ITA
120,80 m / 100,00 m
16,80 m
6,60 m / 4,60 m / 26,00 m
7 478 / 2 612 / 1 206 t
3 900 kW / 2 x Wärtsilä¨12V22
Deux hélices à pas variable
13 nd
260 passagers / 138 cabines / 10 suites
110 membres
1989 / (Valence, Espagne)
Union Laval de Levante (Valence)
Venezia / Italie (ITA)

Elleni Shipping (Taglio di Po, ITA)
So Ge Vi (Porto Tolle, ITA)


Nous avons donc appareillé de Manaus (Brésil) ce 15.01.2012 vers 20h30, en direction d'Iquitos (Pérou), situé à environ 2 150 km plus à l'amont. Nous allons donc naviguer à contre-courant pendant toute cette première partie de notre périple (la vitesse du navire s'en ressentira !). Pas de photos ce soir, nous verrons demain matin, mais pour l'heure une bonne nuit réparatrice est ma priorité absolue.


Lundi 16 janvier 2012

Un petit tour sur le pont supérieur (juste au-dessus de la passerelle) avant le petit déjeuner me donne l'occasion de faire mes premières photos de l'Amazone, mais la différence de température entre ma cabine climatisée et l'air extérieur à 25 °C, ainsi que l'humidité qui avoisine les 90 %, font que l'objectif se recouvre instantanément de vapeur d'eau ! Une dizaine de minutes seront nécessaires pour atteindre l'équilibre thermique. Ce pont supérieur du VISTAMAR est très agréable car il permet de faire le tour complet du navire, d'où une vision à 360° (et il permet, accessoirement, de se dégourdir les jambes pendant les journées complètes de navigation).


Point de 9h00 — Position du VISTAMAR 03° 35' S / 061° 02' W - Température de l'air 25 °C - Température de l'eau 23 °C - Vent faible - Vitesse actuelle du navire 5,5 nd (fort courant à contre) - Distance parcourue depuis Manaus 127 milles (235km) - Distance restant à parcourir d'ici Anama (première escale) 8 milles (15 km).

Avant de commenter les premières photos, voici un synoptique de notre navigation qui nous fera traverser Brésil, Colombie et Pérou, entre Manaus (notre port d'embarquement, situé sur le Rio Negro) et Iquitos (dernier port à l'amont encore accessible aux navires de la taille du VISTAMAR, situé sur l'Amazonas), avec des escales différentes à l'aller et au retour (notre débarquement aura également lieu à Manaus).

Solimoes - Amazonas
Le VISTAMAR à Manaus (Brésil)
Vue partielle du port d'Iquitos (Pérou)

De
A
Milles
km
Manaus (Br.) / 15.01.2012
Anama (Br.) / 16.01
135
250
Anama (Br.) / 16.01
Lago Uara (Br.) / 18.01
332
615
Lago Uara (Br.) / 18.01
Foz Jutai (Br.) / 19.01
110
204
Foz Jutai (Br.) / 19.01
Santo Antonio do Ica (Br.l) / 20.01
107
198
Santo Antonio do Ica (Br.) / 20.01
Tabatinga (Br.) / Leticia(Col.) / 21.01
200
370
Tabatinga (Br.) / Leticia(Col.) / 21.01
Pevas (Pér.) / 22.01
174
322
De
A
Milles
km
Pevas (Pér.) / 22.01
Iquitos (Pér.) / 23.01
100
185
Iquitos (Pér.) / 23.01
Leticia (Col.) / 24.01
272
504
Leticia (Col.) / 24.01
Amatura (Br.) / 25.01
178
330
Amatura (Br.) / 25.01
Ilha Botija(Br.) / 26.01
477
883
Ilha Botija(Br.) / 26.01
Manaus (Br.) / 27.01.2012
228
422
Soit une navigation de 2 313 milles ou 4 283 km (unité utilisée en fluvial) sur le Rio Negro (un peu) et sur l'Amazone (essentiellement)

Le bassin amazonien, constitué d'une immense forêt humide, couvre quelque six millions de kilomètres carrés (soit environ onze fois la superficie de la France). Il représente à lui seul le tiers de l'ensemble des forêts tropicales du monde. Situé juste sous l'équateur, ce vaste bassin bénéficie d'un climat chaud et humide toute l'année. Il n'y a que deux saisons : l'été (de mi-novembre à fin mai… nous sommes dans l'hémisphère sud) et l'hiver (de juin à mi-novembre). La température, de l'ordre de 25 à 35 °C, est quasi la même toute l'année. Seule varie l'importance des précipitations. Durant la partie la plus humide de l'été, soit janvier-février, le niveau du fleuve peut monter de 25 cm par jour (moyenne de 2 000 mm, voire 2 500 mm, de précipitations par an). Le niveau de l'Amazone peut varier jusqu'à 15 m, en certains endroits, entre les hautes eaux et les basses eaux. Ce bassin touche ou couvre partiellement, de l'est à l'ouest et du nord au sud, la Guyane Française, le Surinam, le Guyana, le Vénézuela, la Colombie, le Pérou, la Bolivie et le Brésil. La plus grande partie du cours de l'Amazone se trouve en territoire Brésilien (c'est le Rio Solimões), mais cet immense fleuve prend sa source dans les Andes péruviennes à 5 500 m d'altitude, dans la région d'Arequipa (à environ 650 km au SE de Lima). A noter qu'au Pérou, le fleuve est appelé Rio Amazonas (et non Solimões).


L'Amazone se jette dans l'Atlantique après un périple de 6 996 km (chiffre officiel 2011… même si les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur le lieu exact de sa source, et donc sur sa longueur), ce qui en fait le fleuve le plus long du monde, juste devant le Nil. Elle déverse dans l'océan 20 % de toute l'eau douce de la Planète. Elle charrie par exemple cinq fois plus d'eau que le Congo ou treize fois plus que le Mississipi. La longueur cumulée des rives des fleuves et rivirères du bassin amazonien représentent les deux-tiers de l'ensemble des rives fluviales du monde. L'Amazone compte plus de 1 100 affluents et sous-affluents, dont une vingtaine sont navigables par des navires de commerce venant de l'océan (17 d'entre eux mesurent plus de 1 600 km, valeur à comparer aux 1 320 km du Rhin par exemple). Le plus long ( 2 200 km) et le plus bel affluent de l'Amazone est le Rio Negro (dont les eaux, comme son nom l'indique, sont noires ; nous reparlerons plus loin de ce phénomène). La largeur de l'Amazone varie, en fonction des lieux et de la saison, entre 1 km et 10 km, voire 50 km, dans son cours principal, et même 100 km vers l'aval. Son estuaire a plus de 300 km de large, l'Amazone s'y divisant en de multiples bras, véritable dédale de chenaux et d'îles dont la plus grande, l'Ile de Marajo, a une superficie égale à celle de la Suisse. La profondeur du fleuve est de 20 à 30 m en moyenne, mais peut atteindre une soixantaine de mètres, voire plus, en certains endroits. Enfin, son débit est si élevé (il serait de l'ordre de 200 000 m3/s à l'embouchure) que la couleur et la salinité de la mer s'en trouvent modifiées jusqu'à environ 200 km au large. Le bassin amazonien est une jungle épaisse entrecoupée de rivières, de lacs, de marais, etc. L'Amazone comporte une multitude d'îles et de nombreux rios latéraux tout le long de son parcours.



Le Solimões (Amazone brésilienne, on l'a vu) est un fleuve aux eaux dites "blanches" (contrairement à certains de ses affluents aux eaux dites "noires"). Elles sont en fait beiges (et assez opaques) car très chargées en sédiments limoneux riches en nutriments qui favorisent le développement d'une faune aquatique d'une richesse incomparable (90 % des poissons vendus sur les marchés amazoniens en sont extraits). Les forêts qui se développent le long de ses rives sont composées uniquement d'espèces capables de supporter de longues périodes d'inondation. On y trouve une grande variété de plantes aquatiques, flottantes ou non, et une forêt souvent dense, avec des arbres pouvant atteindre les 60 m de haut. Le fleuve charrie en permanence des éléments végétaux, dont des troncs d'arbres, parfois de gros diamètres (nous en ferons l'expérience en arrivant à Iquitos…). Toutes les espèces animales et végétales qui vivent dans cette région du monde sont adaptées à la vie partiellement sous l'eau ou, pour de nombreux animaux comme les singes, les oiseaux, les reptiles, de nombreux insectes, à la vie dans les arbres où ils se réfugient et d'où ils extraient leur nourriture.


Même si l'infrastructure routière se développe, l'essentiel des communications en Amazonie se fait encore par voie fluviale.


ANAMA (Brésil)
Lat. 03° 34' S - Long. 061° 24' W   —   GMT – 4

Pas de wharf pour accueillir le VISTAMAR pour notre première escale (Anama, 16.01.2012), lequel mouille donc au milieu de l'Amazone.

   

Nous rejoindrons Anama à bord des cinq ou six zodiacs du bord. Dépaysement assuré.


Mais avant de débarquer à Anama, nous allons faire une petite promenade exploratoire dans les environs, à bord des zodiacs. Nous remontons un bras de rio bordé de plantations de manioc, de jute et de canne à sucre. Nous rencontrons de nombreux "Caboclos" à bord de leurs pirogues (motorisées pour la plupart).


Nous voyons nos premiers vautours (on en voit ici près du petit cimetiere d'Anama perché en haut de la rive, face à la bourgade, mais nous en verrons un peu partout durant notre navigation).


Approche d'Anama que nous atteignons par un petit rio débouchant sur l'Amazone.





Ici, pas de port, juste un ponton flottant… non habitué à recevoir d'un seul coup plus de 100 personnes. Nous devons donc l'évacuer au fur et à mesure que nous débarquons des zodiacs pour ne pas l'endommager. Les enfants, souriants et joueurs, nous y attendent. Il faut dire qu'il n'y a eu que deux petits paquebots (le nôtre compris) qui y ont fait escale durant ces trois dernières années. Pas de passerelle non plus pour rejoindre la terre ferme, mais deux longues planches assez étroites et surtout d'élasticités inégales, nous transformant pour un court instant en équilibristes. Seul gros bâtiment de cette bourgade d'environ 8 000 âmes : l'église (90 % des Brésiliens sont catholiques).

Anama
Anama

Ici, peu d'influences occidentales, ni grands bâtiments ni monuments, mais des maisons en bois de plain-pied ou au plus avec un étage.


La rue principale est la Rua Alvaro Maia. Nombreux commerces tout du long, sur les deux côtés de la voie. On y trouve aussi la mairie et la poste (Correos).


Cette rue centrale est parallèle à la rivière dont elle n'est séparée que par une rangée de maisons. En contrebas, directement sur l'eau, une longue rangée de batisses flottantes.


Hormis quelques bateaux-navettes, chaque famille possède une ou plusieurs pirogues (dont quelques-unes sont monoxyles, et donc creusées dans un seul tronc d'arbre).


Quelques jolies fleurs dont j'ignore les noms.


Voilà, ainsi se termine notre première escale en Amazonie, région joliment décrite par Michel Braudeau : " l'ultime relique de mère nature, le dernier vestige de ce que fut le nouveau monde avant l'arrivée des Occidentaux. Plus qu'un espace sur la carte, une histoire dans la mémoire humaine. Un rêve."

Prochaine escale : Lago Uara (Brésil)

Dernière mise à jour - 15.03.2012

© Françoise Massard  
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