Navigation sur l'Amazone entre Manaus (Brésil) et Iquitos (Pérou) — Janvier 2012
Françoise Massard

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Lundi 23 janvier 2012

Nous sommes au Pérou depuis hier, où nous étions à Pevas. Après avoir visité cette bourgade de 3 000 âmes, la plus ancienne localité péruvienne de l'Amazone, nous sommes remontés à bord du VISTAMAR qui a appareillé aux environs de 18h30, cap sur la ville d'Iquitos située à 100 milles (185 km) plus à l'amont.


IQUITOS (Pérou)
Lat. 03° 43' S - Long. 073° 11' W   —    GMT – 5   

Nous avons navigué toute la nuit et sommes arrivés, comme prévu, aux alentours de 07h30 ce 23.01.2012, à Iquitos, capitale de l'Amazonie péruvienne. Nous y passerons une grande partie de la journée. Cette ville d'environ 430 000 habitants, capitale de la région du Loreto, est située à un peu plus d'une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, à environ 80 km en aval de la confluence du rio Marañón et du rio Ucayali (ces rios qui prennent naissance dans les Andes, à près de 6 000 m d'altitude, donnent naissance à l'Amazone). Iquitos est perdue dans la jungle amazonienne (la forêt couvre 60 % du Pérou). Elle est d'ailleurs la seule ville au monde de cette importance à n'être reliée au reste des pays avoisinants (ceux d'Amérique du Sud en l'occurrence) que par voie aérienne et par voie fluviale. Ici, ni routes… ni radars ! Mais beaucoup de bateaux de tous types.



Le port d'Iquitos est situé à environ 3 600 km en amont de l'embouchure de l'Amazone. Nous avons parcouru 2 145 km (ou 1 189 milles) depuis notre embarquement à Manaus. Nous sommes au point le plus amont de notre navigation amazonienne. C'est d'ailleurs là que s'arrête la navigation commerciale. La longueur maximale des navires de commerce pouvant remonter jusqu'à Iquitos est de l'ordre de 150 m.



Nous visiterons la ville d'Iquitos cet après-midi, mais ce matin, pas plutôt débarqués du VISTAMAR, nous montons à bord d'une vedette locale pour aller visiter Belén, qui est le quartier flottant d'Iquitos (la "Venise du Loreto", terme pompeux évidemment vu la rusticité des maisons…). Cela nous permet de constater l'état du bulbe de notre paquebot… qui laisse dubitatifs le Commandant (à droite) et le Chef mécanicien du VISTAMAR. Branchages et débris végétaux s'y sont accumulés cette nuit et y sont restés coincés, ce qui a encore réduit notre vitesse déjà abaissée par une navigation à fort contre-courant.


On notera que depuis notre départ de Manaus, nous avions toujours mouillé au milieu de l'Amazone lors des escales. En revanche, à Iquitos, nous avons pu accoster. Il y a un véritable port commercial, mais les quais sont flottants pour tenir compte des grands marnages entre la saison sèche et la saison des pluies (comme on l'a dit au début de ce rapport, il n'y a que deux saisons en Amazonie).


Nous nous éloignons du port commercial d'Iquitos et dépassons le port militaire.


Ci-dessous, d'autres unités de la marine péruvienne, dont un navire-hôpital.


Drôle de convoi, qui semble exclusivement chargé de bananes. Il est vrai que c'est la nourriture de base, avec le poulet, en Amazonie péruvienne.


En arrière-plan, la ville d'iquitos et, à droite, les premières maisons flottantes.


Nous arrivons à Belén (à ne pas confondre avec Belem, autre ville d'Amazonie, mais brésilienne celle-là, et située à l'autre extrémité de l'Amazone, sur l'estuaire, au sud-est de la grande île de Marajo). Ce curieux quartier est situé au sud-est du centre-ville d'Iquitos, sur la rive gauche de la rivière Itaya.


Toutes les maisons sont construites sur radeaux (en balsa en particulier) ou sur pilotis car cette zone est inondée six mois par an, comme c'est le cas actuellement puisque nous sommes au milieu de la saison des pluies. Construites en bois, recouvertes de feuilles de palmiers ou de tôles ondulées en guise de toit, ces maisons comportent parfois un étage (non inondable) dans lequel la famille se réfugie si les eaux de l'Amazonas et de son affluent l'Itaya montent trop haut. Durant la saison des basses eaux, tout le quartier est à sec.


Les habitants de ce bidonville flottant d'Iquitos sont confrontés à un important manque d'eau potable (seulement 15 % des habitations sont raccordées à un réseau) et ne sont alimentés que par des bateaux-citernes. Les réseaux d'assainissement manquent encore cruellement, même si des projets de nouvelles usines de traitements des eaux et de prolongements de réseaux existent déjà.


Les maisons sur radeaux sont amarrées à la berge durant la saison des pluies et sont posées sur le fond à la saison sèche. Ce fond est boueux et cette partie de la ville devient quasi insalubre durant l'été. De plus en plus d'associations se mobilisent pour sensibiliser la population à la pollution des eaux.


Ca faubourg compte environ 7 000 habitants. Tous les matins (durant les six mois de la saison humide), les habitants des villages environnants viennent vendre leurs produits à bord de leurs pirogues, naviguant d'une maison à l'autre.


Ce quartier, évidemment le plus pauvre d'Iquitos, comporte un célèbre marché, coloré et bruyant, l'un des plus vivants d'Amazonie. Il est situé à terre (partie haute de Belén), mais alimenté par la multitude de barques (dont certaines monoxyles) qui sillonnent les "rues" (ou plutôt "rios"), parcourant en tous sens les canaux (durant la saison humide). A la barre, parfois de très jeunes enfants (4 ou 5 ans).


Parmi les produits qui arrivent ainsi par pirogues, on peut citer manioc, riz, sucre, farine, fruits exotiques de toutes sortes, épices, viande de tortues, de grenouilles, d'iguanes, de singes, gibiers d'eau, poissons d'eau douce, plantes médicinales concoctées par les Indiens (avant "l'ère Jésuite", nous y reviendrons lors de la visite d'Iquitos, cette région était la terre des indiens Bora et Huitoto, comme nous l'avons vu précédemment), etc. Sur la quatrième photo ci-dessous, on aperçoit la mairie de Belén (maison du milieu, à deux étages).


Si l'eau potable et l'assainissement posent encore de graves problèmes dans cette cité lacustre, en revanche beaucoup de maisons ont l'électricité. A la saison sèche, la hantise des habitants de ces maisons tout en bois et palmes est l'incendie qui, à plusieurs reprises déjà, s'est propagé de maisons en maisons. A noter ci-dessous à gauche l'église sur pilotis (les péruviens sont très majoritairement catholiques).


La visite de ce quartier précaire me laisse perplexe. Je n'ose imaginer la pollution de ces quasi égoûts à ciel ouvert que sont les canaux qui le sillonnent et pourtant les enfants, qui s'y baignent à longueur de journée, et sont tout le reste du temps pieds nus, sont souvent beaux et paraissent en bonne santé… immunisés sans doute depuis leur plus jeune âge.


Nous revenons à quai afin de poursuivre notre découverte d'Iquitos (centre ville cette fois-ci) et ses environs

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Dernière mise à jour - 13.07.2012

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