Traversée de l'Estuaire de la Gironde (Royan - Le Verdon)
Françoise Massard

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Devant me rendre de La Rochelle (rive droite de l'estuaire de la Gironde) au Verdon (sur la côte médocaine), pour y embarquer sur le baliseur océanique GASCOGNE, j'ai rejoint Royan où une ligne régulière de bacs assure la traversée vers Le Verdon. Bonne occasion pour présenter le plus grand estuaire d'Europe et voir d'un peu plus près les bacs qui assurent cette liaison. Mais voyons d'abord la géographie de l'estuaire.


Cartographie de l'Estuaire de la Gironde

Comme on le voit sur les cartes Google Earth ci-dessous, la Gironde est, sur la façade Atlantique française, une longue échancrure dans les terres d'Aquitaine. Cet estuaire de la Gironde a une longueur d'environ 75 km entre la mer et le Bec d'Ambès, point de confluence entre les réseaux hydrographiques de la Garonne au sud et de la Dordogne au nord. Au plus large, l'estuaire fait une douzaine de kilomètres. C'est le plus vaste estuaire d'Europe occidentale, avec une superficie d'environ 650 km2. Il est soumis à la marée. La salinité de ses eaux peut être importante, notamment au moment des grandes marées, période à laquelle un mascaret remonte l'estuaire puis la Garonne et la Dordogne, jusqu'à plus de 150 km à l'intérieur des terres.


Côté Atlantique, l'estuaire de la Gironde est encadré, au nord, par la Pointe de la Coubre, flèche sableuse fermant la Bonne-Anse, et au sud, par la Pointe de Grave. L'échancrure de cette pointe au niveau du Verdon est due à l'érosion plus aisée des matériaux tertiaires la constituant, face aux affleurements rocheux de la côte nord (de Saint-Palais-sur-Mer et Saint-Georges-de-Didonne) et les falaises crétacées plus au sud (Meschers-sur-Gironde ou Talmont par exemple).

Cet estuaire joue un rôle important du point de vue économique : le Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB) s'étend tout le long de la Gironde et au-delà, sur une centaine de kilomètres, le complexe portuaire comprenant, de l'amont vers l'aval, les sites de Bordeaux, Grattequina, Bassens (vrac), Ambès (pétrochimie), Blaye, Pauillac et Le Verdon (terminal conteneurs). Le GPMB a traité quelque 9 Mt de marchandises (import/export) en 2009 et l'estuaire voit ainsi transiter annuellement environ 1 500 navires. C'est à Pauillac que les "tronçons" d'Airbus A 380 sont transférés des navires VILLE DE BORDEAUX, CIUDAD DE CADIZ et CITY OF HAMBURG sur les barges BRION et BREUIL, lesquelles remontent la Garonne jusqu'à Langon. A noter que l'activité portuaire, avec des navires de plus en plus gros, ayant des tirants d'eau élevés, nécessite d'incessants travaux de dragage : environ 8,5 millions de tonnes de matériaux sont dragués chaque année, dont 7 Mt de vase et 1,5 Mt de sables. Deux dragues sont affectées en permanence à cette tâche : la drague aspiratrice en marche (ouvrante) PIERRE LEFORT pour l'entretien du chenal (300 m de large, 100 km de long) et LA MAQUELINE pour la maintenance des ouvrages portuaires. De plus, la drague nazairienne SAMUEL DE CHAMPLAIN vient chaque année apporter son soutien. La rive droite de l'estuaire a, quant à elle, une vocation nettement touristique.



L'estuaire est bordé par les départements de la Charente-Maritime et de la Gironde. Un Syndicat MIxte pour le Développement Durable de l'ESTuaire (SMIDDEST) veille sur la valorisation de l'estuaire, en charge de la protection et de l'animation du site. Cf. dossier Estuaire Gironde..


Points de traversée de l'Estuaire de la Gironde

Un pont relie le continent à l'île d'Oléron depuis 1966, un autre à l'Ile de Ré depuis 1988, un nouveau pont (dit "le viaduc") traverse la Charente à Rochefort en aval du pont du Martrou depuis 1991, mais de pont à l'entrée de l'estuaire de la Gironde, point (... même si des polémiques à ce sujet reviennent régulièrement dans la presse). En tout cas, actuellement (2010), le Conseil Général de Gironde assure la liaison des deux rives de l’estuaire sur deux lignes : côté ouest, liaison entre Royan, sur la Côte de Beauté (rive droite de la Garonne), et Le Verdon, sur la Pointe de Grave (rive gauche de la Garonne). En remontant vers Bordeaux, une deuxième ligne relie les ports de Blaye (rive droite) à Lamarque (rive gauche), toutefois avec un bac plus petit, le COTES DE BLAYE (elle assure quand même le transfert de 150 000 passagers par an). Les cartes ci-dessous (Google à gauche, Ecdis à droite) montrent la configuration des lieux.



Je ne parlerai pour l'instant que de la ligne Royan-Le Verdon, la seule que j'ai eu l'occasion d'emprunter jusqu'ici. Nous reviendrons sur l'autre liaison plus tard.


Les bacs de l'Estuaire de la Gironde sur la ligne Royan - Le Verdon

Actuellement, deux bacs amphidromes (1) : LA GIRONDE et L'ESTUAIRE (cliquez sur leurs liens pour avoir leurs caractéristiques complètes) assurent la liaison entre Royan (côte charentaise) et Le Verdon-sur-Mer (côte médocaine). Cette ligne assure le transfert d'environ 800 000 passagers et de 240 000 véhicules annuellement, à raison de six allers et retours par jour en basse saison, jusqu'à vingt-et-un pendant l'été, en passant par neuf AR journaliers en moyenne saison.
(1) Un bac amphidrome (du grec "amphi" double et "dromos" voie) est un bac dont l'avant (la proue) et l'arrière (la poupe) sont identiques, un navire totalement symétrique et naviguant dans les deux sens. Les véhicules entrent d'un côté du bac et en sortent de l'autre.

LA GIRONDE
L'ESTUAIRE

Le bac LA GIRONDE est entré en service en 2002 (première traversée commerciale le 20.04.2002). Le bac L'ESTUAIRE a, quant à lui, été mis en service récemment (fin décembre 2009), baptisé le 9 décembre 2009 au Verdon-sur-Mer par Philippe Madrelle (Président du Conseil Général de la Gironde). Ces deux transbordeurs, on l'a dit précédemment, sont de type "amphidrome" : les voitures entrent d'un côté, le traversent puis sortent de l'autre côté, toujours en marche avant. Les bacs partent dans un sens et dans l'autre sans jamais avoir à virer, d'où un gain de temps. Equipés de quatre propulseurs multidirectionnels Voith-Schneider  (deux à l'avant, deux à l'arrière), ces deux bacs appareillent et accostent par leurs propres moyens, sans l'aide de remorqueurs. Leurs capitaines sont également habilités à faire, sans l'aide d'un pilote, les mouvements dans les ports d'arrivée et de départ. La traversée, d'environ 6 km, dure de 15 à 20 min, selon les courants.

Jusqu'à la mise en service, en décembre 2009, de L'ESTUAIRE, un autre bac, plus ancien et plus petit, était en service : LE VERDON ci-dessous photographié à Royan le 16 mai dernier. Je l'avais vu à La Rochelle en décembre dernier, peu avant l'entrée en service de L'ESTUAIRE. Il semble toujours "en service" d'après sa société de classification (le BV), malgré ses 28 ans d'âge. Je suppose qu'il intervient en soutien des deux autres bacs en période de forte affluence.

LE VERDON
LE VERDON

Quelques vues du port de Royan qui, hormis les appontements des bacs, comporte un port de pêche (avec une criée) et un important (plusieurs bassins) port de plaisance. Des bateaux-promenade embarquent et débarquent leurs passagers de pontons dédiés dans le port de plaisance, pour des excursions à l'entrée de l'estuaire et, bien sûr, pour la traversée vers le phare de Cordouan.

Vue aérienne du port de Royan


Comme on le voit ci-dessous, ces deux bacs assurent le transport des voitures, camping cars, camions, mais aussi engins agricoles ou engins de travaux publics. Ils prennent également à bord des cars et même des convois exceptionnels. Ils transportent aussi du fret conteneurisé. Piétons et cyclistes sont bien sûr admis à bord. Les tarifs sont adaptés à chaque type de transport précédemment cité (il existe également des cartes d'abonnements). Pas de réservation (sauf transport spécifique), mais il est recommandé de se présenter 30 min avant l'heure annoncée sur les tableaux d'horaires. Les photos suivantes ont été prises à bord du bac LA GIRONDE.


LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE

L'un des ponts d'embarquement (le bac en comporte deux) - Passerelle - Vues de l'une (avant ou arrière) des extrémités du navire (qui est symétrique)

LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE

Chaque extrémité du bac comporte trois portes-rampes pour l'embarquement/débarquement des véhicules. Ici, fermeture des portes au départ de Royan.

LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE

Ici, le pont passagers extérieur (pont supérieur). A droite, un tableau nous rappelle que notre destination est le port du Verdon et que c'est de ce côté là qu'est la sortie. Il n'y avait pas encore beaucoup de monde... c'était en effet le premier bac de la journée (départ de Royan à 7h45 à cette période de l'année).

LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE

Deux vues intérieures du pont supérieur. : deux zones de sièges confortables, séparées par un bar central.

LA GIRONDE
LA GIRONDE

Et maintenant, quelques photos de la traversée proprement dite (environ 20 min). Sur les deux premières photos, on voit le Palais des Congrès de Royan, dominé par l'église moderne Notre-Dame de Royan (dont j'ai bien connu l'un des deux architectes, Guillaume Gillet, Grand Prix de Rome, décédé en 1987, l'autre architecte étant Marc Hebrard). Achevée en 1958 (pour remplacer l'ancienne église gothique détruite, comme presque toute la ville, par les bombardements de 1945), elle fut classée "monument historique" trente plus tard.


Nous croisons le "confrère", L'ESTUAIRE (à l'aller et au retour). Au milieu, à quai à Port Bloc.

L'ESTUAIRE
L'ESTUAIRE
L'ESTUAIRE
L'ESTUAIRE
L'ESTUAIRE

Sur notre bâbord, le terminal conteneurs du GPMB (Grand Port Maritime de Bordeaux), le sixième port de France en terme de tonnage global (environ 9 Mt de marchandises y transitent par an). Les photos suivantes montrent l'arrivée à Port Bloc. Ce petit port, sis à la Pointe de Grave, sur la commune du Verdon, est avant tout un port de pêche et un port de plaisance. Mais il héberge aussi le terminal "Bacs" de la ligne Royan - Le Verdon. Sur la photo du milieu (ci-dessous), on aperçoit à droite le phare du Verdon qui offre une superbe vue sur l'estuaire (... après avoir gravi l'échelle finale qui monte à la lanterne). Il abrite un petit musée présentant, entre autres, des objets et archives liés au phare de Cordouan.


Manœuvre d'ouverture et de descente des portes-rampes et sortie rapide des premiers véhicules. A droite, LA GIRONDE, à quai, attend le prochain départ.

LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE
LA GIRONDE

Port Bloc, qui tire son nom des blocs de pierre amenés là par gabares pour les travaux de fixation de la côte à partir de 1850, abrite également le baliseur océanique GASCOGNE (que l'on voit ci-dessous, à droite) et le bateau de travaux POINTE DE GRAVE, ainsi que les bâtiments des Phares et Balises (bureaux, ateliers et aire de stockage des bouées). Les pilotes y ont également des bureaux et un appontement pour leur vedette (cf. deuxième photo ci-dessous). Enfin, depuis fin 2009, la Gendarmerie Maritime y a transféré la vedette côtière de surveillance maritime (VCSM) CHARENTE qui était jusque là à La Rochelle.





 
Dernière mise à jour : 15.06.2010

© Françoise Massard
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