Navigation sur le canal Saint-Martin (09.09.2012)
Françoise Massard

Ci-dessus, barque en bronze gallo-romaine trouvée à Blessey (Côte-d'Or), sans doute un ex-voto à la déesse Sequana
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Le Canal Saint-Martin parcourt Paris sur 4,5 km, en traversant cinq arrondissements (4e- 12e - 11e - 10e - 19e, du Sud au Nord). Il fait partie des 130 km de voies navigables appartenant à la Ville de Paris. Ce réseau comprend par ailleurs le Canal de l'Ourcq {97 km de Mareuil-sur-Ourcq (Oise) à Paris (75019) - six écluses - 8,5 m de dénivelé}, le Canal Saint-Denis {6,6 km de Paris (75019) à Saint-Denis (93200) - sept grandes écluses - 28,5 m de dénivelé} et des rivières secondaires canalisées (l'Ourcq, la Collinance, la Gergogne, la Thérouanne, la Beuvronne). Dès sa création, ce réseau fluvial avait un rôle de navigation bien sûr, mais aussi d'amenée d'eau vers la capitale. Encore actuellement, quelque 200 000 m3 / j d'eau non potable (soit plus de 60 % des besoins de la capitale, essentiellement pour l'entretien de la voirie) transitent par les canaux. Si le Canal Saint-Denis et une partie du Canal de l'Ourcq (entre La Villette et Pavillons-sous-Bois) sont au gabarit 1 000 t, le Canal Saint-Martin quant à lui est au gabarit Freycinet (écluses normalisées de 39 m de long et 5,20 m de large) et ne peut donc accueillir au maximum que des péniches Freycinet (38,50 m de long et 5,05 m de large) de 350 t (soit quand même une charge équivalente à celle de 10 camions de 35 t). Les produits transportés sont essentiellement des pondéreux pour le BTP. Le besoin d'alimentation, par voies d'eau, de Paris en céréales, bois de chauffage et matériaux de construction, pour ne citer que les produits de première nécessité, est mentionné dans les archives depuis le XVIe siècle (la lettre patente de François 1er pour l'aménagement de la rivière Ourcq date de 1520, par exemple), mais c'est par le décret de 1802 que Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, décide de la construction de nos trois canaux parisiens. Ce fut le projet de Pierre-Simon Girard qui fut retenu.
Né à Caen en 1765, l'ingénieur des Ponts et Chaussées Pierre-Simon Girard se fit remarquer comme talentueux par Bonaparte qu'il accompagnait en Egypte en 1798. Il a surtout œuvré pour le canal de l'Ourcq et fut également chargé de la canalisation de la Bièvre. Il mourut à Paris en 1836.

Le canal Saint-Martin va du port de l'Arsenal (deux photos de gauche ci-dessous) au bassin de La Villette (deux photos de droite, vues Google Earth). A la sortie du canal Saint-Martin, après avoir passé la Rotonde de La Villette et traversé le bassin de La Villette, on arrive au "rond-point des canaux" d'où partent en étoile non seulement le canal Saint-Martin, mais aussi le canal Saint-Denis et le canal de l'Ourcq (cf. photo de droite).


La construction du canal Saint-Martin (4,5 km de long comme dit précédemment, dont 2 km en souterrain) a commencé en 1805, pour s'achever en 1825. Le canal comporte neuf écluses dont quatre doubles (la neuvième permet le passage entre la Seine et le port de l'Arsenal… celle-ci est un bon souvenir personnel puisque ce fut la première écluse que j'ai passée à la barre d'un tjalk hollandais pour obtenir mon permis "péniche de plaisance jusqu'à 24 m"). Le canal fut approfondi et partiellement couvert lors du complet remaniement de la Ville de Paris par le Baron Haussmann. C'est à cette époque (1860-1862) que fut construite la voûte Richard-Lenoir (comprise entre la place de la Bastille et l'avenue de la République) sur laquelle fut ouvert le boulevard Richard-Lenoir. La plus récente des trois voûtes, la voûte du Temple (242 m de long - 24,6 m de large), date de 1906. Elle fut construite dans le prolongement de la voûte Richard-Lenoir, permettant alors l'ouverture du boulevard Jules-Ferry. En revanche, les plus anciennes voûtes sont les trois voûtes de La Bastille (la voûte de l’assise de la colonne de la Bastille a été construite avant le percement du canal, les deux autres le furent après). Le tirant d'eau du canal Saint-Martin est de 1,90 m, son tirant d'air de 4,20 m. Ce canal relie la Seine amont, via le port de l’Arsenal, à la Seine aval, via le canal Saint-Denis qui démarre, comme on l'a dit, au Bassin de La Villette (où se termine, nous le verrons plus loin, le canal Saint-Martin).


Embarquement au port de l'Arsenal (75012 Paris)

Actuellement port de plaisance depuis son réaménagement en 1983, le port de l'Arsenal remonte en fait à l'époque de la création du canal Saint-Martin. Il fut construit en 1806 à l'emplacement d'une partie des anciens fossés de l'enceinte du XIVe siècle (creusés sous Charles V), puis de l'Arsenal Royal, d'où son nom. Son bassin épouserait le tracé du lit primitif de la Seine qui décrivait une boucle au nord du cours actuel.

Le port de plaisance de Paris-Arsenal tel qu'il existe aujourd'hui a été créé en 1983. Cela a été le point de départ de deux types de navigation : le tourisme fluvial et la plaisance individuelle.

Ce bassin de 544 m de long et de 70 m de large dans sa partie centrale offre environ 200 postes d'amarrage. Comme dit précédemment, il communique avec la Seine via une écluse située entre le pont d'Austerlitz (en amont) et le pont de Sully (en aval). Ci-dessous, les bateaux de croisière de Canauxrama (ceux à bandes jaunes — ARLETTY (à bord duquel j'ai effectué cette croisière d'une demi-journée) et MARCEL CARNE — naviguent sur le canal Saint-Martin, tandis que celui à bandes rouges — ALLIANCE — navigue sur les boucles de la Marne).

Ci-dessous, vue du port de l'Arsenal, la Colonne de la Bastille, encore dite Colonne de Juillet, en référence à la mémoire des 504 victimes de la Révolution de juillet 1830, dont les restes sont conservés dans la crypte située sous la colonne (ce soulèvement des "Trois Glorieuses" — 27-28-29.07.1830 — aboutit à l'abdication du Roi Charles X et à l'arrivée au pouvoir de Louis-Philippe d'Orléans). Cette colonne, inspirée de la Colonne Trajane (à Rome), fut inaugurée le 28 juillet 1840, en présence d'Hector Berlioz qui venait de composer pour l'occasion sa Grande Symphonie Funèbre et Triomphale. Sur le fût en bronze de la colonne, haut de 47 m, sont gravés les noms de toutes les victimes. Cette colonne, érigée sur un socle de marbre blanc à base carrée, renferme un escalier hélicoïdal de 240 marches. Le Génie de la Liberté, en bronze doré (4 m de haut), qui en orne le sommet est l'œuvre du sculpteur Augustin Dumont (1801-1884), lequel est également l'auteur de l'actuelle statue de Napoléon Ier en Caesar Imperator située au sommet de la Colonne Vendôme (75001).


Du port de l'Arsenal (75012 Paris) au parc de La Villette (75019) via le canal Saint-Martin

Le canal Saint-Martin est souterrain dans toute sa traversée du 11e arrondissement. En surface, il est recouvert de boulevards arborés aux terre-pleins aménagés en promenades. A partir du port, le canal s'engouffre sous une suite de voûtes de 2 km de longdont on voit l'entrée sur les photos ci-dessous.

Ce tunnel est éclairé de temps en temps par des cheminées d’aération (il y a 37 ouvertures en tout). Durant ce parcours souterrain de 2 km, les voûtes de la Bastille, Richard-Lenoir et du Temple vont se succéder.

Entre le port de l'Arsenal et le Bassin de La Villette, le canal comporte quatre écluses doubles de 3 m de chute chacune, ce qui correspond donc à un dénivelé total de 24 m. Ouvert 363 j par an, le canal Saint-Martin est bien sûr ouvert au trafic commercial de petit gabarit (350 t), mais c'est surtout l'activité touristique qui l'anime : bateaux à passagers et bateaux de plaisance. Chacune des deux portes de l'écluse comprend trois vantelles (vannes verticales permettant de remplir ou de vider le sas). On les voit ci-dessous fermées (deuxième photo) et ouvertes (troisième photo), repérables par la position des crémaillères. Les portes des écluses ont été changées en 2002. Les premières écluses rencontrées, au sortir de la voûte du Temple, sont justement les écluses du Temple (septième et huitième écluses, le point kilométrique zéro ou PK 0 étant à l'autre extrémité du canal, côté La Villette). Elles sont dominées par la passerelle de la Douane.

Les berges bordées de marronniers et de platanes plus que centenaires du canal et ses célèbres passerelles datant toutes de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle font du canal Saint-Martin un haut-lieu du tourisme parisien, et ce d'autant qu'il aboutit au parc de La Villette, comme nous le verrons plus loin.

Deux ponts tournants (autour d'un axe vertical), le pont de la rue Dieu (le général Dieu est mort à la bataille de Solférino) — avec la passerelle Alibert — et le pont de la Grange aux Belles (un peu en amont du précédent), enjambent le canal Saint-Martin. A noter que ce dernier pont est l'ancien pont de Crimée remplacé en 1885 par l'actuel pont-levant à crémaillère. A droite, la passerelle Richerand.

On notera, sur la seconde photo ci-après, que les deux vantaux de la porte forment une pointe que l'on appelle un "busque" (on parle de "porte busquée"). Ce busque est toujours orienté vers l'amont de façon à ce que la pression de l'eau sur la porte rende son ouverture impossible avant que les niveaux n'aient été équilibrés de part et d'autre de celle-ci. Toutes les écluses du canal sont construites sur le même principe. Ci-dessous, double écluse des Recollets (cinquième et sixième écluses). Elle doit son nom à l'ancien couvent des Recollets installé non loin de là vers 1615 (Henri IV avait donné le terrain et Marie de Médicis fut la protectrice de ce couvent). Réquisitionné à la Révolution, il sera transformé en hospice pour vieillards puis en hôpital militaire. Les bâtments furent finalement rasés lors de l'extension de la gare de l'Est et un jardin a été aménagé sur le reste du terrain. A l'amont de l'écluse, la passerelle Bichat qui relie le quai de Valmy au quai de Jemmapes à la hauteur de la rue Bichat, d'où son nom.

L'aménagement progressif des berges et le développement d'espaces de détente et de loisirs le long du canal permettent aux randonneurs (Parisiens ou non) de découvrir la richesse du patrimoine bordant la voie d'eau longée par des chemins balisés. Ces lieux font bien sûr penser aussi au fameux "Hôtel du Nord" (immortalisé par Marcel Carné en 1938 dans son film mythique…, vous vous souvenez de la réplique d'Arletty à Louis Jouvet "atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?") qui se trouve au 102 quai de Jemmapes (dans le 10e arrondissement).
Pour la petite histoire, à l'emplacement des immeubles sur la photo de gauche ci-dessus, vivait un certain Vincente Perrugia qui avait tout simplement volé au Musée du Louvre, en aout 1911, le célèbre tableau de la Joconde (que François 1er avait personnellement acheté à Léonard de Vinci). Il avait pu commettre ce vol car il était l'un des vitriers qui avait participé aux travaux de mise sous verre des tableaux les plus importants du musée… dont la Joconde ! C'est ainsi que la Joconde (ou Mona Lisa, comme vous voulez) restera cachée deux ans au bord du Canal Saint-Martin. Puis Perrugia retournera en Italie avec son précieux tableau, et y sera arrêté en 1913 alors qu'il tentait de le vendre à un antiquaire de Florence. Il ne sera que faiblement condamné (quelques mois de prison) car fera valoir qu'il ramenait en Italie une œuvre qui n'aurait jamais dû quitter le pays !

Nous croisons un "confrère", le MARCEL CARNE de Canauxrama également. Puis nous dépassons l'usine Exacompta - Clairefontaine (deuxième et troisième photos), au 132 quai de Jemmapes. De nouveaux quartiers industriels de Paris, où se côtoyaient entrepôts, meuneries, vitreries, etc., virent le jour le long du canal Saint-Martin, mais il n'en subsiste quasiment plus hormis cette fabrique d'agendas. Certains bâtiments font partie de l'ancienne usine électrique qui alimentait Paris en courant, construite entre 1895 et 1898 par l'architecte Paul Friesé, également à l'origine des Grands Moulins de Corbeil. Desaffectée en 1928, cette usine sera restaurée par Clairefontaine et adaptée à ses besoins industriels. Nous passons ensuite la double écluse des Morts (troisième et quatrième écluses).

Cette écluse doit son nom à deux sinistres lieux qui en étaient proches : un cimetière mérovingien et le tristement célèbre "gibet de Montfaucon" (décrit par Victor Hugo dans "Notre-Dame de Paris") qui fut la principale potence de la capitale jusqu'en 1760. Il n'en reste heureusement plus aucune trace rue de la Grange-aux-Belles.

Les niveaux d'eau sont équilibrés de chaque côté de l'écluse des Morts, les portes s'ouvrent doucement pour laisser passer notre bateau ARLETTY.

Puis nous atteignons la voûte La Fayette (120 m de long) qui passe sous la place de la Bataille de Stalingrad.

Juste au sortir de la voûte, nous embouquons la double écluse de La Villette (première et deuxième écluses), qui marque l'extrémité amont du canal Saint-Martin. Cette écluse, que l'on trouve aussi désignée dans la littérature sous le nom d'écluse Jaurès, est surmontée d'une agréable passerelle qui donne accès à la Rotonde (nous en reparlerons plus loin).

Cette navigation sur le canal Saint-Martin est l'occasion de préciser brièvement l'histoire de la construction des écluses et leur fonctionnement. Les deux documents ci-dessous (crédit Voies Navigables de France) montrent les principaux éléments constitutifs d'une écluse et expliquent son principe de fonctionnement.

Comme on le voit ci-contre, le but de ce type d'ouvrage est de permettre aux bateaux de franchir la différence de niveaux entre un bief amont et un bief aval. Mais de quelle époque date cette invention et dans quel pays est-elle née ? Les avis divergent selon les auteurs… et leurs nationalités ! Les historiens avancent plus couramment le nom de Fioravanti da Bologna qui aurait aménagé la première écluse à sas sur un canal construit dans le Milanais dans les années 1450. Les portes étaient des portes à guillotines à un seul battant (les portes à deux battants n'apparaîtront qu'un siècle et demi plus tard). D'autres auteurs disent que l'écluse à sas est une invention hollandaise. Pour d'autres encore, Pierre-Paul Riquet, le "père" du canal des deux Mers (aujourd'hui connu comme le canal du Midi) est l'inventeur des "écluses elliptiques" (cf. photos ci-dessous) alors que les premières auraient été dessinées par l'italien Vignole.
Ce qui est en revanche à peu près certain, c'est que Léonard de Vinci, s'il n'inventa pas l'écluse à sas, y apporta néanmoins des améliorations notables, comme les portes à deux battants montés sur des gonds, ainsi que les portes busquées (l'angle formé par les deux portes renforce leur résistance à la pression de l'eau et par là même leur étanchéité), ou encore les vannes à clapet s'ouvrant dans le bas des portes pour emplir ou vider le sas, comme le montrent ses dessins publiés dans le Codex Atlantique (aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Ambroisienne de Milan).

Ci-dessous, quelques photos des écluses elliptiques du Canal du Midi faites en 2003 alors que "élève-capitaine" j'étais à la barre d'une péniche-hôtel (une ancienne "Freycinet" raccourcie pour être compatible avec les dimensions des écluses de Pierre-Paul Ricquet, à savoir 30x5,6 m).
A noter qu'il existe d'autres moyens pour élever ou descendre des bateaux, comme l'échelle d'écluses de Fonsérannes, ou le plan incliné d'Arzviller, ou la pente d'eau de Montech (ne fonctionnant plus actuellement, mais que j'avais pratiquée en 2003 à bord de la péniche-hôtel déjà mentionnée), ou encore l'ascenseur de Stépy-Thieu (Belgique).


Bassin et parc de La Villette (75019 Paris)

Les écluses de La Villette (ou écluses Jaurès) débouchent dans le bassin de La Villette. Alimenté par l'Ourcq (affluent de la Marne), ce bassin a une longueur de 700 m et une largeur de 70 m, pour une profondeur de 2,50 m. Il fut inauguré le 2 décembre 1808 par Napoléon 1er et était alors un lieu de promenade à la mode (on parlait alors de la "Venise de Paris"). Puis, après la Restauration, commerces et sites industriels s'implantèrent progressivement, faisant du bassin de La Villette un grand port à la fin du XIXe siècle. Entrepôts et magasins furent construits le long des quais pour stocker bois, charbon, céréales, matériaux de construction, etc. ll n'en reste plus grand nombre aujourd'hui. Réhabilité ces dernières années, le bassin de La Villette a retrouvé sa vocation d'origine, c'est-à-dire un lieu de promenade et de loisirs (jardins avec jeux pour les enfants et immense complexe cinématographique MK2, déployé de part et d'autre du bassin, avec navette fluviale entre les deux rives). Sur les troisième et quatrième photos, halte fluviale des bateaux à passagers.

Sur la première photo, la "Maison des Canaux" qui abritait les services généraux des canaux parisiens, en cours de reconversion. Sur la troisième photo, la passerelle de la Moselle, construite en 1966 en remplacement de celle qu'avait conçue en 1882 Armand Moisant, spécialisé en construction métallique et en tant que tel concurrent direct de Gustave Eiffel ; cet ingénieur Centralien (comme Eiffel) s'est également illustré dans la construction du magasin parisien du Bon Marché et du célèbre bâtiment de la chocolaterie Menier — encore connue comme "Moulin Saulnier", du nom de son architecte — sur les bords de la Marne à Noisiel). Cette passerelle est située à mi-longueur du grand bassin de La Villette et permet aux piétons de passer entre le quai de Seine et le quai de Loire.

Tourisme fluvial, bateaux-logements, bateaux-salles de spectacles et activités nautiques diverses se développent depuis quelques années sur les deux rives de ce bassin. Ainsi, sur les deux premières photos, péniche Demoiselle, siège de l'association «Les Ailes d'Oraguon» qui propose diverses activités culturelles et artistiques (concerts, expositions, ateliers, stages de musique, de danse ou encore de yoga).

Nous atteignons le bout du Grand bassin de La Villette. On voit, sur les deux premières photos, un grand bâtiment double construit récemment, sur les plans des architectes Chaix et Morel à l'emplacement de Magasins Généraux (entrepôts de grains et de farines) construits aux alentours de 1850. Cet immeuble abrite un hôtel, un restaurant et une auberge de jeunesse. Bien que récent, ce bâtiment s'harmonise bien avec l'ancien entrepôt qui lui fait face (en rive gauche), construit en 1845 et qui était le jumeau de celui de la rive droite (qui a brûlé en 1990), auquel il était relié par une passerelle. Ce bâtiment de 1845 a été réhabilité et abrite une résidence universitaire, ainsi que la base d'initiation au canoë-Kayak et à l'aviron de la Ville de Paris ("Base nautique de La Villette"). Sur les deux photos de droite, le pont-levant de la rue de Crimée (75019 Paris) connu aussi comme pont de Flandre, qui se situe juste à l'amont des entrepôts. Il fut construit en 1885 (belles colonnes en fonte et grandes roues), selon une technique brevetée par la Cie Fives-Lille (tablier mobile suspendu aux quatre coins par des chaînes à contrepoids, le tout mu par la force hydraulique). Il marque la limite entre le "Grand bassin de La Villette" (décrit précédemment) et le "Petit bassin de La Villette", à l'amont. Ce pont a été modernisé et automatisé, mais son aspect d'origine a été conservé. Aussi est-il classé monument historique.

Nous continuons notre navigation sur le Petit bassin de La Villette, qui est aussi long que le grand bassin (voire un peu plus, 730 m), mais n'a que 30 m de large (versus 70 m). Il débouche sur le canal de l'Ourcq. Au premier plan de la seconde photo, le pont de la rue de l'Ourcq. Sur les photos de droite, le pont de la ligne de l'ancienne "Petite ceinture", aujourd'hui piétonnier.

Nous progressons en direction du parc de La Villette, mais avant nous traversons le Rond-Point des canaux. En effet, au début du XIXe siècle, Paris a besoin d'eau et de nouveaux moyens de transport. Napoléon Ier décide d'approvisionner en eau potable les fontaines et les réservoirs de Paris. Il décrète la construction du canal de dérivation de l'Ourcq, qui sera à la fois aqueduc et canal de navigation. Le canal alimente le bassin de la Villette, mis en eau en 1808. Ce bassin dessert à son tour deux voies navigables : le canal Saint-Denis, ouvert en 1821 et le canal Saint-Martin ouvert en 1825. Ces trois canaux permettent d'améliorer la jonction entre l'amont et l'aval de Paris. Les péniches peuvent ainsi, depuis la Marne, la Haute Seine et l'Yonne, en amont, gagner la Basse Seine et l'Oise en aval, en évitant les difficultés de la traversée de la capitale. Ce rond-point des canaux jouxte le parc de La Villette (on en aperçoit le début sur la troisième photo).


Quelques vues du parc de La Villette, résultat de la reconversion plutôt réussie de l'ancien site du "marché aux bestiaux" et des "abattoirs de La Villette" dont l'installation avait été initiée par le Baron Haussman (à la demande de Napoléon III) dès 1858. A l'apogée de ce site, vers 1900, environ 3 000 ouvriers (aux noms imagés de 'boyaudiers", "sanguins", etc. selon leurs spécialités) travaillaient sur ce site de 55 ha. Mais dans les années 1950, les installations étaient devenues obsolètes et un nouvel abattoir ultramoderne vit le jour en 1969 (ce qui était une ineptie… les Halles centrales de Paris venant juste de déménager à Rungis, tout au sud de Paris et donc à l'opposé de La Villette !). Les travaux, déjà excessivement coûteux, durent de toute façon être arrêtés faute de crédits. Ce sera le fameux "scandale de La Villette" qui éclatera suite à un rapport du sénat rendu public en 1974. La reconversion du site est mise à l'étude dès 1977. Les travaux s'étaleront entre 1979 et 1995. Certains bâtiments ont été conservés, comme la "Grande halle aux bœufs" devenue une immense salle (la Grande halle de La Villette) qui accueille des manisfestations culturelles et des expositions. Elle se trouve du même côté du canal que la Cité de la musique et le Zenith. Sur la quatrième photo, on voit une partie de la Cité des Sciences et de l'Industrie (couplée au Musée de la Découverte). A droite, la Géode bien sûr, inaugurée par François Mitterrand le 6 mai 1985. Cette sphère de 36 m de diamètre fut réalisée sur les plans de l'architecte Adrien Fainsilber et de l'ingénieur de l'Ecole Centrale Gérard Chamayou. Sa surface externe est constituée de 6 433 triangles équilatéraux d'acier inoxydable poli (de 1,2 m de côté), qui reflètent son environnement immédiat. C'est une salle de cinéma de 400 places dont l'écran hémisphérique est le plus grand du monde (de l'ordre de 1 000 m², soit l'équivalent de 1 620 télévisions 16/9 de 102 cm de diagonale). Effets 3D garantis pour le demi-million de spectateurs qui s'y pressent chaque année. Le parc proprement dit, achevé en 1991, s'étend sur 35 ha, ce qui en fait le plus grand parc parisien. Œuvre de l'arcitecte Bernard Tschumi, il a la triple vocation de parc populaire, artistique et culturel. Les bâtiments rouges, repérables de loin, sont les "folies" (il y en a 26 en tout sur le site) qui ont chacune un rôle spécifique (point d'information, kiosque à musique, restaurant, atelier pour enfants, théâtre, sans oublier le Zenith, avec ses 6 000 places, etc.).

A gauche, passerelle du parc de La Villette. Au milieu, une péniche-cinéma. A droite, le pont du boulevard MacDonald, derrière lequel on aperçoit les anciens "Grands moulins de Pantin", aujourd'hui réhabilités et qui abritent le siège de la BNP.

Arrivés au bout de notre périple, nous évitons sur le canal de l'Ourcq, puis accostons devant le parc de La Villette (côté Grande Halle), pour laisser descendre quelques passagers. Pour ma part, je reste à bord… ceux qui me connaissent savent que j'ai beaucoup de mal à descendre d'un bateau :-)) Nous repassons donc au Rond-Point des canaux, revenant en direction du bassin de La Villette.

Nous croisons le bateau LA GUEPE BUISSONNIERE de l'autre armement qui propose des croisières sur le canal Saint-Martin, ParisCanal.

Nous retrouvons le pont levant de la rue de Crimée (mais vu de l'autre côté), avec sa passerelle piétons. Halte plaisance, bateaux-logements, bateaux-restaurants, voire bateaux-cinémas, coexistent tout au long du bassin de La Villette. Ici, bateaux accostés au quai de la Seine.

Toujours quai de Seine.

Retour vers le Grand bassin de La Villette (avec sa passerelle médiane). Droit devant, tout au fond, la Rotonde de La Villette.

La Rotonde de La Villette est l'un des quatre derniers octrois encore visibles à Paris sur les cinquante-quatre qui furent construits tout autour de la capitale à la demande de Louis XVI. Ces "portes" ou "barrières" du mur des Fermiers-Généraux (25 km de long) permettaient de contrôler les entrées / sorties de certaines marchandises, comme le bois, le vin, la viande, etc. et de prélever au passage les taxes correspondantes. La Rotonde, dont la construction fut achevée en 1791, était parmi les plus grands de ces pavillons d'octroi, tous construits par l'architecte Claude-Nicolas Ledoux qui fut finalement disgrâcié par Louis XVI pour avoir réalisé des bâtiments trop dispendieux, ce qui ne fit qu'alimenter la vindicte populaire (ce mur fut d'ailleurs caricaturé par Beaumarchais, on s'en souvient : "le mur murant Paris rend Paris murmurant"). D'octroi, la Rotonde est devenue un… entrepôt à sel (mais sans "gabelle" cette fois-ci). Restaurée en 1960, puis encore récemment, elle abrite désormais la Commission du Vieux Paris (CVP), ainsi qu'un grand café-restaurant. Elle est entourée du joli square de la place Stalingrad, qui la met en valeur.
Les trois autres "barrières" qui existent encore à Paris sont situées au parc Monceau (Barrière de Chartres), sur la place Denfert-Rochereau (la Barrière d'Enfer ; c'est l'actuelle entrée des Catacombes) et sur la place du Trône (la Barrière du Trône).

Divers bateaux à passagers accostés à l'extrémité sud (côté écluses) du Grand bassin de La Villette, le long du quai de la Loire.

Double écluse de La Villette et bassin de La Villette vus du haut de la passerelle qui surplombe l'écluse.

Et dire que ce romantique canal a failli purement et simplement disparaître dans les années 1960 pour laisser la place à une voie autoroutière nord-sud reliant la gare de l'Est à celle de Lyon, mais le projet a finalement été enterré en 1968. Les berges du canal Saint-Martin sont maintenant classées monument historique.
Sources bibliographiques — Archives de la Ville de Paris - Canaux, rivières des hommes, par Pierre Pinon, Ed. Desclée de Brouwer - Les canaux de Paris, par Jean-Pierre Hervet et Patrick Mérienne, Ed. Ouest-France - Petit lexique des termes techniques de la voie d'eau, Ed. VNF.
 
Dernière mise à jour : 25.03.2016

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