Jeux d'eaux et reflets sur le canal de Rompsay (novembre 2012)
Françoise Massard

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Ces quelques photos prises lors d'une promenade le long du canal de Rompsay me donne l'occasion de présenter l'histoire de ce canal. Le canal de Rompsay est la "section rochelaise" (de La Rochelle à Dompierre-sur-Mer) du canal dit canal de Marans à La Rochelle. A l'origine, lors du premier projet qui vit le jour à la fin du XVIIIe siècle, ce canal était plus ambitieux puisqu'il devait relier Niort au port de La Rochelle. Ce canal avait, dans l'esprit des ingénieurs de l'époque, un double rôle : d'une part faciliter le transport des denrées alimentaires (céréales en particulier), des matériaux pondéreux, des bois et du chanvre destinés à la construction navale, etc. et, d'autre part, assainir (en les drainant) les terrains marécageux qu'il allait traverser, les rendant par là même aptes à la culture.


Cette liaison s'avérait d'autant plus nécessaire que les routes reliant La Rochelle, Marans et Niort étaient souvent peu praticables l'hiver et la Sèvre Niortaise — qui relie Niort à la mer via Marans — était sinueuse et avait un débit très variable selon les saisons, sortant souvent de son lit durant l'hiver. Ces freins à l'économie du port de La Rochelle, déjà prospère, militaient évidemment pour la construction d'un canal Niort-La Rochelle. Les principaux opposants à ce projet furent les habitants de la ville de Marans car leur port était en concurrence avec celui de La Rochelle, et ils craignaient que ce futur canal reliant directement Niort à La Rochelle ne détournat une grande partie du trafic de marchandises au détriment de leur propre port.


Après des années de tergiversations, la construction d'un canal Niort - La Rochelle (44 km de long) fut enfin ordonnée par Napoléon 1er à l'été 1805. Mais les difficultés techniques, doublées de problèmes financiers, obligèrent les responsables du projet à le revoir à la baisse. Il fut finalement décidé, en 1824, de ne creuser le canal qu'entre La Rochelle et Marans (24 km au lieu des 44 km initialement prévus) puis d'utiliser la Sèvre Niortaise (en l'aménageant quelque peu) entre Marans et Niort.



Malgré cet allègement du projet, la construction du canal de Marans, qui devait durer environ cinq ans, s'éternisa à cause de problèmes financiers récurrents, de problèmes techniques (des terrains gorgés d'eau entraînaient de fréquents éboulements), d'un manque de main-d'œuvre qualifiée (il fut fait appel, entre autres, à des forçats espagnols et italiens qui ne firent évidemment pas de zèle, ralentissant d'autant l'avancement des travaux). A ces difficultés s'ajoutèrent des interruptions de travaux générées par les constestations des riverains dont la vie quotidienne était quelque peu bousculée par les travaux. Tant et si bien que le creusement de ce canal dura plus de 80 ans puisque la liaison complète entre Marans et La Rochelle ne fut achevée qu'en 1888. En parallèle des travaux de creusement du canal, un bassin à flot extérieur au vieux port de La Rochelle vit le jour, entrant en service en avril 1862. Les travaux de jonction entre ce bassin et le canal (à la hauteur de la tour Saint-Nicolas) furent terminés en 1885 (c'est à cette époque que fut également construite la gare de La Rochelle).


A partir de 1888, les marchandises pouvaient enfin transiter par voie fluviale entre Marans et La Rochelle : matériaux de construction, produits agricoles, denrées alimentaires, bois de chauffe, etc. Elles étaient transportées à bord de bateaux à fond plat, les gabarres d'abord tractées "à la bricole" (du nom du harnais que portaient les haleurs), puis par des chevaux, et enfin remorquées par des petits bateaux à vapeur. Malheureusement, la lenteur avec laquelle le canal fut construit lui fut fatale. En effet, durant ces 80 ans de construction, un concurrent impitoyable vit le jour : le chemin de fer... dont la ligne La Roche-sur-Yon – La Rochelle suivait pratiquement le canal entre Marans et La Rochelle (cette ligne desservant les stations de Marans, Andilly, Mouillepied, la Halte de Rompsay et La Rochelle) ! Aussi, au lieu des 50 000 t annuelles de marchandises escomptées, le trafic du canal ne dépassa jamais les 5 ou 6 000 t. Le canal n'était pas compétitif et fut progressivement abandonné au profit du train. De plus, un nouveau port en eaux profondes, le port de La Rochelle-Pallice, vit le jour en 1880, sans liaison bien sûr avec le canal, le rendant de ce fait inutile ! Le transport commercial sur le canal de Marans ne dura donc qu'une vingtaine d'années, et encore avec un trafic dix fois inférieur à celui prévu. Ce canal fut complètement abandonné à la fin de la Première Guerre mondiale.


Heuseusement, ce canal trouva rapidement une autre utilisation : la beauté de la nature environnante attira rapidement les Rochelais et il devint un lieu de villégiature fort apprécié des notables qui firent construire (fin du XIXe - début du XXe siècle) de belles demeures le long de ses berges, en particulier dans le secteur de Rompsay, juste à la sortie de La Rochelle. Ce fut progressivement un lieu de détente pour tous, apprécié par les promeneurs et par les pêcheurs. En 1978, le domaine public fluvial fut concédé au Département de Charente-Maritime et, finalement, achété par le Conseil Général en 2007. La communauté de communes La Rochelle - Périgny - Dompierre lança alors d'importants travaux de nettoyage des berges, de leur aménagement (chemins pietonniers et pistes cyclables), de désenvasement du lit du canal, de réhabilitation des ouvrages. Des équipements de découverte de la nature locale et de loisirs sont également prévus afin de faire de ce canal un nouveau "pôle vert" à l'Est de La Rochelle (les Rochelais de l'Ouest de la ville bénéficiant déjà des espaces verts du Mail, du Parc Charruyer et du Parc d'Orbigny).
Sources bibliographiques : Archives départementales de Charente-Maritime.

 
Dernière mise à jour : 30.11.2012

© Françoise Massard
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