De la Rochelle à Tonnay-Charente à bord du LARCH
Françoise Massard

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Un vraquier, habitué du port de La Rochelle, le LARCH, en provenance de Bordeaux est en zone d'attente au large ce 29 mars 2009. Il va embarquer un pilote qui assistera le commandant jusqu'à Tonnay-Charente. Le navire, actuellement lège, va aller y charger du maïs. La station de pilotage de la Rochelle ayant accepté ma présence à bord, j'embarque donc sur l'une des vedettes du pilotage.

A bord de la vedette, le pilote Eric Le Bolloc'h et, à la barre, Yvon Disnard. La vedette file à 25 nds, laissant derrière elle un beau sillage. A droite, l'un des ses deux moteurs Caterpillar.


On me propose la barre... je ne refuse jamais ! Nous filons droit vers la bouée Chauveau (46° 05,6' N - 001° 16,0' W), qui est l'une des deux bouées marquant l'entrée du chenal d'accès à La Pallice, l'autre étant la Roche du Sud. Le navire est mouillé dans la zone d'attente du GPMLR, qui est située entre un et deux milles dans le SE des deux bouées. Le LARCH est bien là, mais ancre non relevée... petite confusion liée au passage à l'heure d'été. Ci-dessous, à droite, les échelles de la vedette qui facilitent l'accès à l'échelle de pilote.


Nous contournons le LARCH (gros plan, au passage, sur sa cheminée), puisque l'échelle de pilote est installée à tribord. Le pilote monte en premier et j'attends qu'il soit sur le pont principal pour m'élancer à mon tour (jamais deux personnes en même temps sur l'échelle de pilote). Nous voilà arrivés à la passerelle, accueillis (avec le café) par un sympathique commandant russe. Le navire, qui était à 7-8 nds au moment de notre montée à bord, accélère et atteint 11 nds (sa vitesse de service).


Les cartes satellitaires (Google Earth) ci-dessous montrent le port de La Rochelle, puis le Pertuis d'Antioche (entre les îles de Ré et d'Oléron), enfin l'estuaire de la Charente et le tracé de cette rivière de 167 km comportant 21 écluses (entre la mer et Angoulême). Mais la Charente "maritime" n'est que de 21 km entre Port-des-Barques (sur l'estuaire) et Tonnay-Charente (en amont de Rochefort). A noter qu'en rivière, les "fluviaux" ne parlent pas en noeuds, mais en kilomètres.


Nous mettons donc le cap au SE, vers l'Ile d'Aix et Fort Boyard (que l'on reconnait ci-dessous). En arrivant sur l'estuaire de la Charente, on laisse à babord la Pointe de la Fumée, à l'extrémité de la presqu'île de Fouras (connue pour son fort Vauban construit sur un ancien château fortifié), et à tribord l'île Madame (accessible à marée basse par un gué naturel). Nous embouquons la Charente en laissant Port des Barques sur notre tribord (rive gauche).


La mer à La Rochelle était d'un joli vert émeraude, mais la Charente a la couleur du Danube qui n'est pas bleu du tout contrairement à la légende ! Fonds vaseux... dans les deux cas. Nombreux carrelets tout le long du cours de la Charente.


La rivière est encore assez large, mais la prudence, et surtout la connaissance que le pilote a de la rivière, sont primordiales car le chenal n'est pas du tout dans l'axe de la rivière et sa position varie d'un point kilométrique au suivant. On dépasse la jolie bourgade de Soubise dominée par sa petite église fortifiée (site "historique" malheureusement "pollué" par un garage à bateaux à sec et... à étages). Au détour d'une courbe, on aperçoit le viaduc et le pont transbordeur de Martrou, juste en aval de Rochefort.


Ci-dessous, le dernier survivant des cinq ponts transbordeurs (Rouen, Rochefort, Nantes, Marseille et Brest, celui de Bordeaux n'ayant jamais été achevé) qui furent construits en France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Ils avaient tous été construits selon les plans de l'ingénieur français Ferdinand Arnodin. A droite la nacelle suspendue. Classé "monument historique" en 1976, il fut entièrement restauré, fonctionne donc encore mais ne l'empruntent désormais que bicyclettes et piétons, les voitures passant la rivière sur le "Viaduc" voisin.


Les cartes Google ci-dessous montrent la position du viaduc et du pont transbordeur de Martrou, puis le port de plaisance et le port de commerce de Rochefort. On distingue très bien ces deux ports sur la carte électronique de droite.


La première photo ci-dessous nous montre longeant la Corderie Royale (Rochefort). L'entrée du port de plaisance de Rochefort (deuxième photo) se situe devant les Anciens Magasins Généraux de la Marine. Sur la quatrième photo (à partir de la gauche), entrée du port de commerce de Rochefort. Accès un peu à "angle droit" par rapport à l'axe de la Charente.


Notre navigation se poursuit dans une rivière devenue assez étroite, sinueuse, peu profonde de surcroît malgré l'heure favorable de la marée. Attention aux effets de berges dans ces "swallow waters" (... "squat" d'autant plus important que le clair sous quille est faible). La profondeur du chenal est de 6,5 m alors que le tirant d'eau du LARCH est d'un peu plus de 5 m.


L'extrémité de la "Charente maritime" n'est pas loin, puisqu'on voit déjà le vieux pont suspendu de Tonnay-Charente (il n'est plus en service). mais nous ne sommes pas à Port 2000... ici, pas de boucle d'évitage. Pas de remorqueurs non plus, et le LARCH n'a pas de propulseurs. La seule solution pour éviter dans ces conditions, en vainquant le courant — sauf à mouiller les ancres — est de planter le nez du navire dans la rive gauche, dans une souille creusée par ces échouages successifs (je ne parle pas d'échouements, puisque là c'est volontaire). Le Ports and Terminals Guide de la LLoyd's dit d'ailleurs : "Vessels are swung by grounding their bows in the mud of the swinging berth on the bank and using their main engines". Les navires de plus de 95 m de long doivent être lèges avant d'éviter.


J'ai fait la deuxième photo ci-dessous au moment même où le navire est brusquement stoppé dans la vase. Grands remous boueux. Cela donne une toute petite idée de ce que l'on doit ressentir lors des beachages des navires en fin de vie sur les plages de Turquie, d'Inde ou du Bangladesh... Le cul du navire pivote progressivement autour du point fixe qu'est le nez du navire planté dans sa souille, puis se dégage progressivement en fin d'évitage.


Voilà, l'évitage a été mené de mains de mâitre grâce au pilote. Le poste d'accostage est en vue : silo à maïs précédé d'une importante infrastructure métallique servant de quai et comportant les trémies, tapis roulants et autres tuyaux de transfert du maïs en vrac.


Manœuvre d'accostage. Les lamaneurs de La Rochelle nous attendent. Les pommes de touline leurs sont envoyées par les marins du bord.


Les dernières aussières sont capelées sur les bittes de quais, le pilote surveille la fin de la manœuvre de l'aileron de passerelle tribord. Il ne nous reste plus qu'à saluer l'équipage et à mettre notre sac à terre. Le quai "façon mécano" ne permet pas l'installation d'une quelconque coupée. Qu'à cela ne tienne, nous descendrons comme nous sommes montés... par l'échelle de pilote !


Merci au pilote Eric Le Bolloc'h pour ce beau cours de navigation en eaux resserrées qu'il m'a donné (je n'ai, pour ma part, jamais fait d'évitage nez dans la rive) et merci à Jean-Michel Toupin, président de la station de Pilotage La Rochelle-Charente, pour m'avoir permis cet embarquement. Remerciements également au commandant du LARCH qui m'a réservé le meilleur accueil.

© Françoise Massard
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