La gare maritime actuelle n'est pas la première, loin s'en faut
! Deux l'ont précédée. Les Archives rapportent les premières
escales, en rade de Cherbourg, de paquebots de la Royal Mail et de
la Hamburg Amerika Linie dès 1869 (il y eut même un
départ d'un steamer Cunard en 1847, en attendant la fin des travaux
du port du Havre). Revenons donc sur la genèse de ces trois gares successives,
dans un contexte maritime fluctuant lié au contexte politique général,
avec un âge d'or dans les années 1920-1950. |
La
toute première "gare transatlantique" (1905)
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Dès
1905, quelques baraquements en bois en bordure d'un ponton construit
en 1894 permettent l'accueil des passagers des premiers grands "transatlantiques"
(LUSITANIA, MAURETANIA, OLYMPIC, TITANIC, pour n'en citer que quelques-uns parmi
ceux fréquentant Cherbourg à cette époque).
Mais ces "géants des mers", comme on les appelait
déjà, ne peuvent accoster. Qu'à cela ne tienne,
les "transbordeurs" ou "tenders" en anglais
(ARIADNE, NOMADIC, TRAFFIC, ou encore les amphidromes GALLIC et SATELLITE, etc.) (1), à faible tirant d'eau,
feront la navette entre le quai et le paquebot mouillé en
rade à environ un mille au large, transportant passagers,
bagages et colis divers (dont les fameux sacs postaux... la "poste"
étant l'une des composantes essentielles du développement
des grandes compagnies maritimes transatlantiques au début
du XXe siècle). Plus de 20 000 passagers
et 300 escales par an, rien que pour Cherbourg, au début
du siècle dernier.
(1) Ces "annexes",
presque aussi luxueuses (toutes proportions gardées) que
les paquebots qu'elles servent, sont quand même capables de
transporter de l'ordre du millier de passagers ! Ci-dessous, à
droite, le NOMADIC arbore le grand pavois lors de l'inauguration
de la nouvelle gare maritime.
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Le
14 juin 1911, lors de la première escale cherbourgeoise du
tout nouveau transatlantique de la White Star Line, l'OLYMPIC, la
nouvelle gare maritime — dont les travaux ont débuté
un an plus tôt — n'est pas encore achevée, même
si un nouveau bâtiment central est déjà construit
et de nouvelles voies ferrées posées. Elle sera inaugurée
un an plus tard. |
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La
deuxième gare maritime en construction, en 1911
(Doc. R. Shotton / F. Vanhoutte) |
Inauguration
de la nouvelle gare maritime, le 2 juillet 1912
(Doc. CCI Cherbourg / F. Vanhoutte) |
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Arrivé
en rade de Cherbourg en fin d'après-midi le 10 avril 1912,
le TITANIC y jette l'ancre. Il doit embarquer 274 passagers (richissimes
personnalités arrivées de Paris par le train de luxe
"New York Express" ou émigrants rêvant d'une
vie nouvelle... ).
Le NOMADIC
et le TRAFFIC transbordent passagers et bagages (cf. photo ci-contre),
et aux environs de 20 h, la sirène du TITANIC fait retentir
ses trois coups. L'ancre est relevée, le cap est mis sur
Queenstown (Irlande), dernière escale avant l'Amérique.
On connaît
malheureusement la suite... Sur les 274 passagers embarqués
à Cherbourg, 115 périront dans le naufrage du 14 au
15 avril au large de Terre-Neuve, naufrage qui fera un peu plus de 1 500 victimes.
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Photographie
(partielle et en N&B)
de la célèbre toile de Jacques Mignon |
Mais,
au-delà de la tristesse, la vie maritime doit reprendre son
cours, à Cherbourg comme ailleurs. Et c'est seulement quatre
jours après le drame du TITANIC que se présente sur
rade le fleuron de la White Star Line, l'OLYMPIC, drapeaux en berne.
Des collectes seront d'ailleurs organisées à bord
pour les rescapés du naufrage.
L'OLYMPIC,
à Southampton,
lors de l'appareillage pour son "maiden voyage"
en juin 1911
(doc. W.H. Miller)
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Puis,
deux ans après, une longue parenthèse pour Cherbourg
avec la Première guerre mondiale (les transbordeurs NOMADIC
et TRAFFIC partent d'ailleurs pour Brest, troisième port de
débarquement — avec Nantes et Bordeaux — des Américains).
Un an après la signature de l'Armistice, les traversées
transatlantiques reprennent : c'est le CARONIA, de
la Cunard Line, qui ouvre le ban le 1er septembre
1919. Nouvelle période heureuse pour le port et la ville de
Cherbourg. Dès lors, la gare maritime apparaît de nouveau
de plus en plus inadaptée à un trafic en forte croissance.
De 20 000 en 1900, les passagers transitant par Cherbourg
passent à 75 000 quelque 20 ans plus tard et à
plus de 200 000 juste avant la grande dépression
de 1929 (880 paquebots ont escalé à Cherbourg cette
année là).
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Le CARONIA, dit "The Millionaire's ship"
(Doc. W.H. Miller) |
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Il
faut donc envisager la création d'une nouvelle gare maritime,
doublée d'un port en eau profonde. Les hommes providentiels
pour la réussite de cette entreprise seront le "X-Ponts" Paul Minard pour le port et l'architecte René Levavasseur pour la gare. |
La
troisième gare transatlantique (1933) |
La gare transatlantique
de 1933, façade sud (314 m de long - 116 m de large - campanile de 67 m de haut)
(Doc. R. Shotton / F. Vanhoutte)
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Mais
bien sûr, un tel chantier demande du temps (études,
financement, réalisation), malgré le soutien inconditionnel
des élus locaux de l'époque (C.-T. Quoniam, P. Appell,
etc.), et ce n'est que le 30 juillet 1933 que la "plus grande
gare maritime du monde" (sic) est inaugurée
en présence du Président Albert Lebrun. Le "Quai
de France" (620 m de long), bordant une darse profonde
de 14 m, est équipé de robustes passerelles d'embarquement
(du même type que celles que l'on voit encore aujourd'hui,
ici à l'accueil du QE 2 le 02.07.06). Le DE GRASSE et le BREMEN y accosteront les premiers.
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Superbe
fête on imagine, mais la réalité commence à
apparaître sous un jour moins brillant : les flots d'émigration
se tarissent progressivement (la crise de 1929 a été
rude, les Etats-Unis commencent à limiter les entrées),
la concurrence avec l'avion s'esquisse. Mais, pour l'instant, de prestigieux
paquebots y font des escales régulières : le BREMEN,
l'EUROPA, l'AQUITANIA, l'ALCANTARA,
etc. et le port de Cherbourg vit quelques années heureuses.
Le NORMANDIE y escale le 16.12.1936. |
Puis
survient la déclaration de guerre et, en juin 1940, Cherbourg
est envahie. A fa fin du conflit, le port n'est plus qu'une ruine,
le hall des trains est partiellement détruit, les quais sont
à rebâtir et les passerelles à remplacer. Près
de sept années seront nécessaires pour mener à
bien ce travail colossal (le campanile ne sera pas reconstruit).
La gare et ses installations, rénovées, sont inaugurées
par Antoine Pinay le 8 mai 1952. Et les QUEEN MARY et QUEEN ELIZABETH reprennent leurs escales régulières. |
Mais
les années soixante sonnent le glas de la "grande époque"
des paquebots transatlantiques. Et le joyau "Art déco",
jugé "inadapté" en 1979, a bien failli disparaître...
Cette année là, puis en 1982, une partie des bâtiments
est rasée. Mais, grâce au soutien de J.L. Libourel,
Conservateur du Patrimoine, ce qui reste de la gare fut classé
"Monument Historique" en 1989 et, en 2002, s'ouvrait la Cité
de la Mer destinée à faire mieux
connaître les grands fonds marins. |
Le
Quai de France, quant à lui, continue de recevoir des paquebots
(le QUEEN
MARY 2 y fit sa première escale le 14.04.2004)
: treize navires / seize escales en 2006 (*), mais ce sont désormais
des "navires de croisières" et non plus les mythiques
"Transatlantiques"... autres temps, autres mœurs
! |
(*) Accosteront
au Quai de France, en 2006, les navires BLACK
PRINCE, BRAEMAR, CLIPPER ADVENTURER, COSTA CLASSICA, DEUTSCHLAND, KRISTINA
REGINA, NORDNORGE, QUEEN ELIZABETH 2, THOMSON CELEBRATION, ARIELLE, BOUDICCA, MSC RHAPSODY et,
le plus grand, le JEWEL
OF THE SEAS, les quatre derniers... pour la première
fois. |
DESTRAIS
G. — Cherbourg, port des émigrants 1912/1932.
1994
DESTRAIS G. — L'épopée transatlantique.
Ed. Isoète, 1997, ISBN 2-902385-17-X.
DESTRAIS G. — La gare maritime de Cherbourg. Chef-d'œuvre
de l'architecture Art déco des années 1930. Ed.
Isoète, 2003, ISBN 2-913920-24-1.
DESTRAIS G. — Le Titanic à Cherbourg le 10 avril
1912. Ed. Isoète, 1998, ISBN 2-905385-79-0.
GROS D. — Cherbourg... en escale. Le vent qui passe
Ed., mai 2005, ISBN 2-915374-01-5.
MILLER
W.H. — New York Shipping. Carmania Press, 1994, ISBN
0 9518656 3 3
MILLER W.H. — Passenger Liners French Style.
Carmania Press, 2001, ISBN 0 9534291 7 2
MILLER W.H. Jr — The First Great Ocean
Liners in Photographs 1897-1927. Dover Publications, 1984,
ISBN 0-486-24574-8
MILLER W.H. Jr — The Great Luxury Liners 1927-1954.
Dover Publications, 1984, ISBN 0-486-24056-8
OUVRAGE
COLLECTIF — Cherbourg, porte de l'Océan. Histoire
de la gare maritime transatlantique. Editions La Cité
de la Mer, 2003.
OUVRAGE COLLECTIF — Paul Minard, un génial ingénieur.
Concepteur du port en eau profonde de Cherbourg. Association
des Amis du Musée de la Marine - Antenne de Cherbourg, ISBN
2-950950-22-1.
VANHOUTTE F., MELIA P. — Le S/S Nomadic. Petit frère
du Titanic. Editions Isoète, 2004, ISBN 2-913920-39-X
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