Le port du Havre : quelques étapes de son histoire
Françoise Massard


Voici sans doute l’une des toutes premières photographies de l'avant-port du Havre, montrant la Tour François 1er, construite en 1518 et détruite en 1861 lors de travaux d'agrandissement du port (largeur d'entrée portée à 64 m). Cette tour fut érigée évidemment en l'honneur du Roy qui, le 7 février 1517, confia à Guillaume Gouffier, sieur de Bonnivet, le soin de construire un port sur le "lieu de Grasse", laquelle construction fut adjugée à Jehan Gauvin et Michel Féré.
La gravure ci-contre, par Deroy, vers1870, montre aussi l'avant-port, mais sous un autre angle, et le grand quai. Cette vue correspond à une période où le port du Havre venait de faire de grands travaux : bassin de Leurre, bassin de la Floride, écluse dite des transatlantiques, écluse et bassin de la Citadelle, etc.
Voici un autre de ses bassins, celui de la Citadelle, vers 1890. Les premiers navires qui accostèrent à ses quais, en octobre 1518, furent les HERMINE et LOYSE. C’est probablement de ce port du Havre que, quelques années plus tard, les célèbres frères Verazzano partirent pour leur premier voyage de reconnaissance des côtes d’Amérique du Nord (1).
La fortune de ce port vint aussi, oserait-il l’avouer, des 400 navires « négriers » qui quittèrent ses quais durant la seconde moitié du XVIIIe siècle.
(1) Le port de départ des frères Verazzano diffère selon les sources : Le Havre ou Dieppe. Etienne Taillemite, quant à lui, écrit :« Les Verrazane (ils avaient francisé leur nom, FM) quittèrent l’estuaire de la Seine sur la DAUPHINE, le 1er janvier 1524, avec un équipage de 50 hommes… ». Le Havre n’est pas nommé, mais en tout cas, ce n’est pas Dieppe. En revanche, c’est Dieppe qu’ils touchèrent à leur retour le 8 juillet 1524. Quant à leur expédition suivante, vers le détroit de Magellan, elle est partie de Honfleur en juin 1526 (en tout cas, les deux navires armés étaient de ce port). Les navires LE SACRE et LA PENSEE, armés par Jean Ango, et commandés par les frères Parmentier, eux partirent bien de Dieppe en avril 1529 en direction de l’Océan Indien.

Le port du Havre fut, au XIXe siècle, un grand port d’émigration, à tel point qu’une enquête parlementaire de 1870 osa écrire (je cite) : « L’émigrant est pour le navire un excellent fret qui s’embarque lui-même, s’arrime lui-même, se débarque lui-même et paye cher »…(à titre personnel, pour avoir piloté des bateaux à passagers pendant 18 mois, j’ajouterai « et qui râlent parfois »…).

A l’aube du XXe siècle, il avait déjà neuf bassins, plusieurs écluses dont une grande, tous ses quais étaient électrifiés et il était desservi par le Canal du Havre à Tancarville (inauguration ci-contre, le 27 juillet 1887).

Le port du Havre photographié en 1933.

Si, juste avant le premier conflit mondial, de grands sas lui avaient été adjoints, c’est un financement privé (franco-américain), faute de fonds publics, qui lui permettra de développer son port pétrolier : la CIM (Compagnie Industrielle et Maritime) sera créée à cet effet en 1921.

Ci-contre, une magnifique photo des paquebots NORMANDIE et ILE DE FRANCE, au quai Joannès Couvert en 1935.
Toutes les informations et photos sont issues du magnifique ouvrage de Jean LEGOY and Coauteurs (cet ouvrage très intéressant comporte une très riche iconographie dont beaucoup de photos de la collection personnelle de JL).
Ci-dessous, entrée au Havre d'un trois-mâts américain, devant la Tour François 1er (huile sur toile, 1880, du Peintre de Marine havrais Edouard Adam
Encore quelques dates concernant ce port :
- 10 janvier 1544 : départ de LA CATHERINE, premier armement officiel pour la pêche de la morue à Terre-Neuve
- 7 mars 1604 : départ de l'expédition commandée par Samuel de Champlain en vue de l'établissement des Français au Canada
- 1681 : mise en place d'une corporation de pilotes-lamaneurs
- 1735 : apparition de la première chambre d'assurances maritimes
- 1752 : mise en place de la première station de sauvetage
- 17 décembre 1784 : inauguration de la première ligne régulière française sur New-York

Et maintenant, changeons de siècle avec quelques données sur le PAH actuellement (2006). La position géographique du port du Havre, desservi par les grands réseaux nationaux et européens, en fait un atout fondamental du commerce extérieur de la France. Plus de 20 navires font escale chaque jour au Havre et 70 % des escales concernent des lignes maritimes régulières. Le réseau "Grandes lignes" du port du Havre propose une soixantaine de services maritimes transocéaniques réguliers, avec près de 50 escales hebdomadaires. Côté "short sea", deux types de trafic : le "feedering" (service d'éclatement, de redistribution des marchandises) vers tous les ports français et européens, ainsi que le trafic roulier vers l'Angleterre, l'Irlande et l'Espagne. Enfin, son trafic fluvial (accessible aux convois poussés de 5 000 t) représente plus de trois millions de tonnes de marchandises, dont un trafic conteneurs en développement (principaux acteurs : Logiseine, SNTC, MSC et RSC).
Le Havre est le premier port français pour les conteneurs (assurant à lui seul environ 60 % du trafic total), d'où l'installation de nouveaux portiques et, bien sûr, la création de Port 2000 qui entrera bientôt en service. Ci-dessous, de gauche à droite, port aval, port amont (avec l'écluse François 1er) et emplacement de Port 2000 (voir ici un document PAH donnant la dénomination des différents ouvrages de Port 2000).

Légende de la photo de droite — (1) Digue François Le Chevalier (du nom du Pdt du Conseil d'Administration du PAH entre 1978 et 1986). A l'intérieur, le Bassin Hubert Raoul Duval (portant le nom du Pdt du Conseil d'Administration du PAH de 1986 à 1993) — (2) Cercle d'évitage des navires — (3) Quai de la Porte Océane sur lequel est déjà installé le Terminal de France et, plus à l'aval et en cours de réalisation, le Terminal de la Porte Océane.
Sur le deuxième schéma ci-dessus, on voit l'emplacement de l'écluse François 1er. Cette écluse (photo ci-contre), permet le passage entre les bassins de marée (dans l'ordre : avant-port, bassin Théophile Ducrocq, bassin René Coty, bassin du Pacifique) et le bassin Henri Deschênes qui dessert les bassins et canaux à niveaux constants (darse de l'Océan, Grand Canal du Havre et Canal Bossière donnant dans le Canal du Havre à Tancarville). Le bassin Henri Deschênes, anciennement Bassin du Sud-Est, porte le nom du Directeur du PAH entre 1959 et 1967.
Le chantier de cette écluse François 1er fut ouvert le 08.09.1967. C'est cinq ans plus tard, exactement le 27.10.1972, qu'elle fut inaugurée. Longue de 400 m, pour une largeur de 67 m, elle a une profondeur de 24 m, d'où un volume de 643 000 m3, qui en fait l'une des grandes écluses au monde. Visite de la Vigie.
Voici maintenant quelques vues (prises le 18.02 et le 05.03.2006) de Port 2000, le nouveau terminal havrais dédié aux gros porte-conteneurs et inauguré le 30.03.2006 (cf. doc PAH / Port Autonome du Havre). Ce nouvel outil, moderne, comportera à terme douze postes à quai répartis sur plus de 4 km. Leur sont associés de vastes terre-pleins. Les travaux ont débuté à l'automne 2001. La première tranche, bientôt mise en service, comporte quatre postes sur une longueur de 1,4 km, avec un tirant d'eau de 14,5 m quelle que soit la marée. Ces postes sont accessibles sans passage d'écluses. Sur les deuxième et troisèmes photos ci-dessous, on devine le "bassin d'évitage" très visible sur le port vu d'avion (photo de gauche ci-dessous). Les nouvelles digues représentent en tout 9 km.

Les six portiques ZPMC (Zhenhua Port Machinery Corporation, Shanghai) du Terminal de France (deux postes dans un premier temps) ont été montés fin 2005, et un portique ferroviaire, également ZPMC, a été livré le mois dernier (un deuxième devrait être livré d'ici la fin de l'année). Les premiers porte-conteneurs géants seront accueillis dès ce printemps. La GMP (Générale de Manutention Portuaire) a pour objectif, dès 2006, le traitement de 350 000 conteneurs.

La première tranche des travaux de Port 2000, avec les deux premiers postes du Terminal de France, est en cours d'achèvement. Un accès quelle que soit la marée, un nouveau chenal profond, une protection par une digue de 6 km de long, des portiques parmi les plus gros du monde, voilà autant d'éléments qui feront de Port 2000 un magnifique port d'escale pour les plus gros portes-conteneurs (les plus gros PC français sont, actuellement, ceux de la CMA-CGM, série des "Opéras" – Otello, Tosca, Nabucco, Traviata, etc. – avec leurs 8 500 "boîtes"). Sur la photo de droite, le CMA CGM NABUCCO le 16.12.2006 (j'y embarquerai à son bord le jour même, pour un demi-tour du monde de deux mois).

Dernière mise à jour : mars 2008

© Françoise Massard
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