Quelques nouvelles de Curaçao (avril-mai 2016)
Françoise Massard
Navires cités dans cette page ( cliquez sur leurs noms ) : - Fernao de Magalhaes - Franlis IV - Ibn Battuta - Insulinde - Niccolo Machiavelli - Orca VI - Patience - St. Kilda - Zeta I - Zheng He -
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Comme on le voit sur la première photo satellitaire ci-dessous, l'île de Curaçao est située au nord-ouest du Vénézuela, à environ 85 km de la côte. Avec les deux iles voisines, à savoir Aruba (à l'Ouest) et Bonaire (à l'Est), ce sont trois îles rattachées à la couronne des Pays-Bas, bien qu'elles disposent d'une large autonomie (elles appartenaient autrefois à la Fédération des Antilles néerlandaises, laquelle fut dissoute en 2010 ; le statut officiel actuel de Curaçao est "État autonome au sein du Royaume des Pays-Bas", et ce depuis le 10.10.2010). A noter que les îles Aruba et Sint Maarten ont le même statut d'état autonome que Curaçao. En revanche, les trois plus petites îles néerlandaises que sont Bonaire, Saba (à l'Est de Porto Rico) et Sint Eustatius (située entre Sint Maarten et la Guadeloupe) demeurent des "municipalités néerlandaises". Les trois îles des Petites Antilles — Aruba, Bonaire et Curaçao, dites "ABC", appartiennent aux Iles Sous-le-Vent. Curaçao et Aruba furent découvertes en 1499 par l'explorateur espagnol Alonso de Ojeda qui en prit possession au nom de la Couronne d'Espagne (à noter que l’Italien Amerigo Vespucci y débarqua également à plusieurs reprises). Les autochtones alors présents étaient des Caquetios venus du Vénézuela, vers 2 900 av. JC pour les premiers d'entre eux (les Caquetios appartenaient à la famille des Indiens Arawak). Après la création en 1621 de la Compagnie des Indes occidentales, les Néerlandais s'arrogèrent le monopole de la Traite des Noirs pour le compte des Espagnols et prirent ainsi rapidement possession de l'île. Ils s'y installèrent en fait dès 1634, sans vraie difficulté car les Espagnols se désintéressèrent assez vite de l'île après l'avoir conquise (n'y trouvant pas d'or, et ne pouvant développer l'agriculture en raison de l'aridité des sols, ils l'a déclarèrent "Isla inutil"). Le premier gouverneur de l'île fut Peter Stuyvesant, nommé en 1642 par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (Geoctroyeerde West-Indische Compagnie ou GWIC ou plus couramment WIC en néerlandais) établie à Curaçao dès 1634. Au XVIIIe siècle, les Anglais occupèrent quelque temps l'île (durant les périodes 1800-1802 et 1807-1816), mais les Néerlandais en reprirent rapidement le contrôle.


Avec une superficie de 444 km2, Curaçao est la plus grande des trois îles. Orientée NO-SE, elle mesure environ 62 km de long pour 11 km dans sa partie la plus large et 4 km dans sa partie la plus étroite. Le climat y est tropical semi-aride : seul le N-O de l'île est un tout petit peu plus verdoyant (et encore !) car balayé par les alizés. L'heure locale est GMT+4 toute l'année. Sa population totale est de 150 565 habitants (au recensement de 2011), dénommés "Curaciens". Elle est très majoritairement d'origine africaine (descendant des quelque un demi-million d'esclaves qui y furent introduits par les Hollandais entre 1640 et 1863, date de l'abolition de l'esclavage). La capitale de Curaçao, située au S-O de l'île, est Willemstad (cf. infra), ville fondée par les colons néerlandais et aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'Unesco (depuis 1997). Comme on le voit sur la carte ci-dessus à droite, la ville historique s'étend de part et d'autre d'un bras de mer qui dessert le port situé en fond de baie : le chenal de Sint Annabaai. A l'est de ce chenal, le quartier historique de Punda (photos ci-dessous), à l'ouest celui de Otrobanda (cf. plus loin).



Punda, partie la plus ancienne de la ville, a été construite au XVIIe siècle sur la rive orientale du chenal Sint Annabaai. Les bâtiments colorés relèvent d'une réglementation mise en place en 1817, qui interdisait de chauler les murs extérieurs des maisons afin de minimiser les effets de la réverbération provoquée par le fort ensoleillement. C'est ainsi que le rouge, le bleu, le vert et l'ocre jaune remplacèrent majoritairement le blanc de la chaux, même si certains bâtiments sont badigeonnés avec d'autres couleurs (rose, violet, etc.). Ces maisons et entrepôts ont une architecture néerlandaise typiquement coloniale. L'un des traits caractéristiques de cette architecture est le pignon incurvé hollandais, dont l’exemple le plus connu est celui de l'immeuble Penha (gros bâtiment ocre sur les photos précédentes et dont on voit l'autre façade en gros plan à gauche ci-dessous), construit en 1708. Cette prestigieuse bâtisse abrite aujourd'hui une parfumerie très réputée.



Ci-dessous, à quai côté Punda toujours, le voilier à passagers INSULINDE.



INSULINDE - IMO 7311616 - Voilier à passagers (probablement un ancien bateau de pêche, converti à la plaisance vers 1970) - 37,00x6,16x3,55 m - TE 3,00 m - JB 116 - JN 34 - P 321 kW (mot. 4T-12cyl Kloeckner-Humboldt-Deutz (de 1986) / hélice à pas fixe) - V 8,5 nd - Capacité passagers 18 (9 cabines) - Constr. 1981 (Beliard, Crichton & Cie, Oostende, Belgique) - Ex FRANLIS IV (1970-1981) - Ex PATIENCE (1939-1970) - Ex ST. KILDA (1931-1939).

Au XVIIIe siècle commencent à apparaître, au niveau local, de nouveaux éléments architecturaux, tels les galeries (deux premières photos, par exemple). Sur la photo de droite, statue de Moises Frumencio da Costa Gomez (1907–1966) qui fut le premier "Premier Ministre" des Antilles Néerlandaises. Juriste de formation, il fonda par ailleurs en 1940 le "Parti National Populaire".



De l'autre côté du chenal Sint Annabaai, un autre quartier historique de Willemstad : Otrobanda (nous reviendrons sur ce quartier ultérieurement).



Sur la photo de gauche ci-dessous, au fond, le pont de la Reine Juliana, qui relie les deux quartiers de Willemstad de part et d'autre du chenal Sint Annabaai. Au-delà de ce pont, les diverses darses du port et des terre-plein de stockage des marchandises. Sur les deux photos de droite ci-dessous, le Queen Emma Bridge en cours d'ouverture. Il s'agit d'une passerelle piétonnière, construite en 1888 (et renovée en 2006), reliant les deux quartiers historiques de Punda et d'Otrobanda précédemment évoqués. Surnommé localement la "Swinging Old Lady", ce pont flottant s'ouvre en moyenne une vingtaine de fois par jour pour laisser passer les navires (petits et gros) entrant ou sortant du port de commerce en eaux profondes.



Lorsque cette passerelle doit rester ouverte un long moment, les deux petits petits "traversiers" ci-dessous prennent le relais pour la traversée du chenal Sint Annabaai (ces deux transbordeurs ne prennent pas de voitures). On les voit ici à leur poste à quai côté Otrobanda.



A quai côté Otrobanda, deux remoqueurs dont le ORCA VI (au premier plan). Sur la photo de droite, on aperçoit l'avant du chimiquier ZETA I.



ORCA VI (Panama) - IMO 9559781 - Indicatif d'appel HP5863 - MMSI 354216000 - Remorqueur - 40,76x10,99x4,90 m - TE 4,30 m - JB 625 - JN 187 - PL 535 t - Ptot 3 730 kW (deux moteurs 4T-16cyl Caterpillar 3516B / deux hélices à pas fixe) - V 12 nd - Prop. d'étrave (215 kW) - Générat. aux. 2 x 150 kW - Traction au croc 68 t - Constr. 04.2010 (PT Dumas, Surabaya (coque) / Damen BV Scheepswerf, Gorinchem, Pays-Bas) - Propr./Gérant Tou Korsou Holding NV (Curaçao) - Opérat. Armamex Naviera (Mexique) - Pav. PAN.

ZETA I (Panama) - IMO 9539676 - Indicatif d'appel 3FOD3 - MMSI 351062000 - Chimiquier - 103,00x16,00x8,70 m - TE 6,50 m - JB 4 048 - JN 1 940 - PL 6 450 t - P 2 574 kW (mot. 4T-6cyl Yanmar-Qingdao Zichai Boyang Diesel Engine 6N330-EN / hélice à pas fixe) - V 11,5 nd - Prop. d'étrave - Générat. aux. 3 x 250 kW / 1 x 160 kW - Cap. 6 720 m3 (12 citernes) - Constr. 07.2009 (Linhai Chengzhou Shipbuilding Industry, Linhai, Chine) - Gérant/Opérat. Avila Maritima SM CA (Edo Vargas, Venezuela) - Pav. PAN.

A quai le 24.04.2016, le long du chenal Sint Annabaai, côté Otrobanda, la drague suceuse désagrégatrice NICCOLO MACHIAVELLI. Cette "Cutter Suction Dredger" appartient à l'armement belge Jan De Nul NV — dont l'entité Dredging and Maritime Management est basée à Capellen, Grand-Duché du Luxembourg — mais elle est gérée et opérée par European Dredging (Capellen, Luxembourg). Le groupe Jan de Nul est actuellement le leader mondial du draguage : il a, entre autres, participé au chantier des nouvelles écluses de Panama, et travaille à la construction (en cours) de l'écluse du Deurganckdok (donnant accès au port d'Anvers) qui sera la plus grande au monde (500x68x17,80 m) lors de sa mise en service.


Cette drague a la particularité de draguer par l'arr!ère et non avec une élinde latérale. Le bras de dragage est mis à l'eau avec la grue-portique (jaune) de 70 t de capaciaté de levage maximale. Ses trois pieux — ici à leurs postes de mer — mesurent 47 m de long et pèsent 200 t chacun. Ces énormes pieux, plantés dans le sol, stabilisent la drague lorsque celle-ci est en opération et lui permettent d'avancer (par "bons" de 9 m grâce à ses ancres de papillonnage). En cours d'opérations, seuls deux pieux sont nécessaires (l'un relevé et l'autre ancré alternativement pour avancer), le troisième étant en secours. Le fonctionnement de ce type de drague est très bien explicité par un document Jan de Nul (ici).



La plateforme (grise) ci-dessous permet d'intervenir sur les têtes de déroctage ("disques désagrégateurs" ou "cutters"), en en remplaçant certaines dents ou en les changeant complètement. Cette tête de dragage peut travailler jusqu'à 35 m sous le niveau de la mer. Les matériaux désagrégés sont aspirés par plusieurs pompes haute pression en cascade, puis refoulés (sous haute pression également) loin en mer dans des zones autorisées ou directement dans des barges amarrées à couple de la drague.



NICCOLO MACHIAVELLI (Luxembourg) - IMO 9500211 - Indicatif d'appel LXMC - MMSI 253450000 - Drague suceuse désagrégatrice - 138,50x26,00x8,80 m - TE 5,90 m - JB 8 015 - JN 2 404 - PL 2 680 t - Ptot 21 600 kW (trois moteurs 4T-6cyl MAN-B&W 6L48/60B couplés à trois générateurs (de 7 200 kW chacun) qui alimentent deux moteurs électriques de propulsion (de 3 500 kW chacun) / deux hélices à pas fixe) - V 13 nd - Constr. 09.2011 (Uljanik Brodogradiliste, Pula, Croatie) - Propr. Jan de Nul (Hofstad-Aaist, Belgique) - Gérant/Opérat. European Dredging (Capellen, Luxembourg) - Pav. LUX. Sisterships : FERNAO DE MAGALHAES (IMO 9466697 / 04.2011) - IBN BATTUTA (IMO 9448970 / 05.2010) - ZHENG HE (IMO 9448982 / 10.2010).


Trois langues officielles coexistent à Curaçao : le néerlandais, le papiamento et l'anglais (mais seules les deux premières sont enseignées dans les premières années d'école). Le papiamento, qui est parlé par 78 % de la population (chiffre de 2011), est une langue créole formée de mots appartenant à différentes langues (portugais, espagnol, néerlandais, anglais, plusieurs dialectes africains, etc.). L'espagnol et l'anglais sont aussi beaucoup pratiqués à Curaçao. L'origine du nom de "Curaçao" — "Kòrsou" en papiamento — est incertaine et de nombreuses hypothèses sont avancées. La plus courante est que les Espagnols auraient appelé l'île "Corazón" (le "cœur") que les premiers cartographes portugais auraient transcrit en "Coração" (l'équivalent portugais), nom qui aurait ensuite été déformé en "Curaçao". L'île reste très cosmopolite (une cinquantaine de nationalités cohabiteraient). L'économie locale repose en grande partie sur le tourisme (environ 400 000 personnes la visitent chaque année, croisiéristes inclus). Lîle abrite aussi une importante raffinerie de pétrole (à côté du port), ouverte en 1919 par la Dutch-British Shell Oil Company et aujourd'hui exploitée par la compagnie nationale vénézuelienne PDVSA (c'était l'une des plus grandes raffineries du monde au moment de sa construction, mais l'or noir y est moins lucratif qu'avant les chocs pétroliers des années 1970). La troisième économie locale repose sur les services financiers. L'agriculture y est peu développée (en raison du climat semi-aride), à l'exception de quelques agrumes (à l'origine de la fameuse "liqueur bleue"… toutefois fabriquée surtout avec des oranges importées) et de l'aloe vera. L'île offre par ailleurs des avantages fiscaux qui attirent les placements de capitaux "off-shore"… La monnaie locale est le "guilden" (florin) antillais" (NAF pour "Nederlands Antilles Florin" ou NAG pour "Nederlands Antilles Gulden" ou encore ANG pour "Netherlands Antillean Guilder" en anglais), mais les dollars y sont pris partout (1 US$ = 1,77 NAF environ). Le Royaume des Pays-Bas est représenté par un Gouverneur et dirigé par un Ministre-Président.


Françoise Massard - 12.05.2016

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