| Exposition NORMANDIE au Southstreet Seaport Museum de New York installé à l'extrême sud de Manhattan (février 2010 - janvier 2011) |
Le musée présente plus d'une centaine d'objets (prêtés par Mario Pulice,
un collectionneur passionné de navigation), ainsi que des photos de célébrités et le
seul film en couleurs connu tourné à bord
du paquebot — Selon L'Antenne du 23.02.2010. |
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Voilà une belle occasion pour moi de m'appesantir un peu sur ce véritable ambassadeur "Art Déco" des "Années Trente". Rien n'est trop fastueux pour le NORMANDIE : bois rares, marbres, panneaux de verre gravés à l'or fin, laques de Coromandel, tapisseries d'Aubusson, décoration faisant appel aux "grands" de l'époque (sièges de Rotfschild tapissés par Gaudissart, mobilier Leleu, luminaires de Lalique, orfèvrerie de Christofle ou de Puiforcat, verrerie de chez Daum, porcelaine de chez Havilland, etc.). Œuvres des peintres Dunand, Dupas, Méheut, Ducos de La Haille, Balande, Graux, etc., des sculpteurs Baudry, Pommier, Dejean, Saupique, Bouchard... |
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Affiche par Cassandre |
Le NORMANDIE arrivant au Havre (Photo PAH - Coll. Roland Grard) |
Belle étrave à guibre très prononcée, aérodynamisme très étudié (avec des ponts dégradés à l'arrière), bulbe d'étrave (déjà !), paquebot plus puissant que ses concurrents (REX, BREMEN, MAURETANIA, etc.) puisqu'il atteint presque la puissance des cuirassés de l'époque RICHELIEU et JEAN BART qui affichent 170 000 ch, le navire aux trois cheminées (la troisième est factice) a tout pour faire une belle et longue carrière, mais voilà... la Seconde Guerre mondiale et l'impéritie de l'ensemble des acteurs décisionnaires à New York en décideront autrement puisqu'il sera déclaré "perte totale" en 1942 dans le port de New York après seulement quatre années et demi de navigation (il avait été désarmé en août 1939) et une fin lamentable (cf. photos infra). |
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Avec ses presque 314 m de long et ses 79 280 tx, il est le plus grand paquebot de son temps, dépassant largement les BREMEN et EUROPA pour ne citer qu'eux. Quittant les Chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire le 22.05.1935, de somptueuses réceptions fêtèrent son arrivée en escale inaugurale au Havre (du 23 au 28 mai), puis il entama sa première traversée vers New York, avec 1 200 passagers (dont l'épouse du Président Albert Lebrun) et autant de membres d'équipage (Commandants Pugnet et Thoreux). Il en fit soixante-six autres, mais sa traversée Le Havre-New York d'août 1939 sera malheureusement sans retour. Il ravira (au paquebot italien REX) le "Ruban Bleu" dès sa première traversée (vitesse moyenne : 29,6 nds). Ce paquebot, dont la construction fut décidée par la Compagnie Générale Transatlantique (la "Transat") en plein marasme économique général ("crise de 1929"), fut pourtant le paquebot des superlatifs : le "géant des mers", le "lévrier des mers", le "Versailles flottant", le "roi des mers", un "palais sur la mer", le "vaisseau lumière" ou encore la "cathédrale de la Marine marchande française", etc. ! |
Peintures d'Albert Brenet : ci-dessus, NORMANDIE au Havre en 1937 et, ci-contre, salle des turbo-alternateurs |
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Technologie de propulsion innovante pour l'époque : en effet, les turbines alimentées par la vapeur produite par les vingt-neuf chaudières, au lieu d'attaquer les hélices directement ou via un réducteur (comme sur le QUEEN MARY ou le QUEEN ELIZABETH), sont couplées à des alternateurs fournissant le courant aux quatre puissants moteurs électriques Alsthom entraînant les quatre hélices. Son premier Chef mécanicien, Jean Hazard, vante une "installation sensationnelle". Cette propulsion ne sera toutefois pas reprise sur les paquebots suivants (comme le QUEEN ELIZABETH 2 ou le FRANCE) car, si elle est souple, sans bruit ni vibrations, etc., elle est en revanche encombrante (les chaufferies mesurent près de 100 m de long), lourde (7 000 t) et coûteuse.
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On ne peut parler du NORMANDIE sans évoquer sa triste fin : il aurait pu avoir une "mort héroïque", coulé par des U-boote allemands, mais au lieu de cela, il chavirera dans le port de New York (début 1942) où il était arrivé le 28 août 1939 pour y être désarmé en attendant la fin de la guerre. Une centaine d'hommes d'équipage restent à bord, sous des commandements successifs. Mais les Etats-Unis entrent en guerre à leur tour début décembre 1941 (après l'attaque japonaise de Pearl Harbour). Ils réquisitionnent le paquebot le 12 décembre et plusieurs centaines de Coastguards chassent l'équipage français. Pillages, dégradations et avaries se multiplient. D'importants travaux commencent pour le transformer en trooper. Et, ce qui devait arriver (vu la désorganisation totale locale) arrive : le 9 février 1942, un chalumeau de découpage met le feu à des matériaux hautement inflammables (douze mille gilets de sauvetage en kapok... ironie de l'histoire) qui avaient été stockés à proximité... Or le système de lutte anti-incendie du bord a été partiellement démonté ! Les remorqueurs portuaires mettent alors en batterie leurs lances à incendie, mais pas de coordinateur pour cette opération. Quelque 6 000 t d'eau restent stockées dans les hauts du navire sans que personne ne s'en rende compte et, bien sûr, l'inévitable arrive : le mythique paquebot chavire le 10 février 1942, vers 2 h 30 du matin, dans le bassin compris entre le Pier 88 et le Pier 90. Fin peu glorieuse tant pour le liner que pour les hommes qui ont contribué à sa perte... Après de longs mois de démolition partielle des superstructures pour l'alléger, ce qui reste du paquebot est renfloué, puis quitte le Pier 88 le 3 novembre 1943 (Henri Cangardel parlera d'un "immense chaland") et sera remorqué jusque dans le New Jersey, avec le secret espoir de le restaurer (projet soutenu par Roosevelt). Il n'en sera finalement rien, et il est vendu à la ferraille en septembre 1946. |
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NORMANDIE coulé à New York (Photos French Line et Life Magazine-Web) |
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NORMANDIE - Liner - 313,75x36,40x28,00 m - TE 11,15 m - JB 79 280 - PL 14 420 t - 29 chaudières à tubes d'eau (timbrées à 28 kg - surface de chauffe unitaire 1 000 m2) - 4 turbo-alternateurs (33 400 kW) - 4 moteurs de propulsion Alsthom (Ptot 160 000 ch ou 117 760 kW) - 4 hélices à trois pales de 4,78 m de diamètre - Cap. 1 972 passagers (dont 848 en première classe et 654 en classe touriste) - Equipage 1 345 (66 officiers - 120 membres d'équipage pont - 187 membres d'équipage machines - 972 affectés aux services généraux) - 13 ponts - Luxueux emménagements (vastes volumes - théâtre de 380 places - trois piscines dont une de 23 m de long - jardin d'hiver avec volière - nombreux restaurants et salons - bibliothèque - chapelle - salle de sport - tennis - salle de massage - salle de jeux pour les enfants - nombreuses boutiques dont le "Bon Marché" et un fleuriste - même un chenil) - Constr. 1935 (Coque T6 - Chantiers de Penhoët, Saint-Nazaire, France) - Coût de construction 863 MF (dont 10 % rien que pour la décoration) - Pav. FRA. |
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