Feed-back sur un convoyage exceptionnel, celui de la vedette à passagers JOLY FRANCE I entrée en service cet été 2011 |
C'est à bord d'un semi-remorque de la société Nicolas (groupe Transporter Industry International, leader mondial dans le développement et la production de véhicules pour le transport et la manutention lourde) que le transporteur Lecoq SARL (basé à La Crique, en Seine Maritime) a effectué le convoyage de cette nouvelle vedette à passagers JOLY FRANCE I depuis son chantier granvillais Marine Concept jusqu'au port de Granville. Cette vedette, qui appartient à l'armement familial Vedettes Jolie France, assure désormais (en une trentaine de minutes) les traversées Granville - Iles de Chausey. Elle a été dessinée par le cabinet d'architecture Mer et Design — Infos et photos Nicolas.
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Ce convoyage me donnera l'occasion de revenir sur cet attachant archipel de Chausey tant apprécié par le merveilleux Peintre de Marine que fut Marin Marie (1901-1987). |
JOLY FRANCE I - 29,0x7,50x7,50 m - Cap. 280 passagers - Double motorisation - V 20 nd - Deux propulseurs d'étrave - Constr. 2011 (Marine Concept, Granville, France). |
Quelques vues de Chausey (juillet 2006) où débarquent chaque année quelque 60 à 70 000 passagers |
Comme le montrent les vues Google Earth ci-dessous, Chausey est un archipel situé à moins d'une dizaine de milles au large de Granville à laquelle il est d'ailleurs administrativement rattaché (temps de traversée : 50-60 min). Cet archipel comprend une "grande île" entourée d'une cinquantaine d'îlots. C'est, je crois, la région d'Europe où le marnage est le plus grand (15 m entre marée haute et marée basse). Le débarcadère de la grande île (la seule habitée), là où je suis arrivée à bord du catamaran JEUNE FRANCE (ci-dessous). A droite, la station SNSM de l'île. |
Probablement habité à l'origine par des Celtes, puis régulièrement assailli par des Vikings (comme toute la côte normande et la vallée de la Seine… se rappeler l'histoire de Rollon), ce groupe d'îles a, pour la première fois, une existence jurdique en 1022 quand Richard II, duc de Normandie entre 996 et 1026, en fait don aux moines du Mont Saint-Michel. Pourquoi, après la conquête de la Normandie en 1204, par le capétien Philippe Auguste (au détriment de Jean Sans Terre, le dernier fils d'Alienor d'Aquitaine), les îles de Jersey et de Guernezey furent-elles rattachées à l'Angleterre et Chausey à la France, je ne saurais le dire ! |
La Chapelle, toute en granit local, date de 1840. Il n'y a plus de prêtre à l'année. Durant l'été, un prêtre de Granville vient y faire un office une fois par semaine. |
| Ci-dessous, l'entrée du fort (construit en 1866) qui ne fut en fait jamais armé et ne servit que comme prison (des Communards y furent enfermés en 1871, puis des prisonniers allemands pendant la guerre de 1914-1918). Il est actuellement utilisé par divers services de l'île. Le phare, quant à lui, date de 1847. En plus de sa fonction maritime, il héberge les groupes électrogènes qui alimentent l'île en électricité et la centrale téléphonique. |
Les principales ressources chausiaises, jusqu'au milieu du XX e siècle, furent l'extraction du granit (qui servit à construire le Mont Saint-Michel, mais aussi les ports de Granville et de Saint-Malo) et l'exploitation du varech (d'où l'on extrayait par brûlage la "barille" ou carbonate de sodium dont on faisait de la soude, mais ce procédé fut bien sûr détrôné par la suite par la production de carbonate de sodium à partir de craie et de chlorure de sodium contenu dans l'eau de mer selon le procédé Solvay). La principale activité aujourd'hui est donc le tourisme. Ci-dessous, la bisquine LA CANCALAISE (lancée en 1987), réplique d'une bisquine de Cancale de 1915, LA PERLE. |
Le Château Renault a son origine dans un fort datant du milieu du XVIe siècle et qui avait pour mission de protéger l'île contre les incursions anglaises. Tombé progressivment en désuétude… et en ruines, il fut racheté et restauré par Louis Renault dans les années 1925-1930. Ironie de l'Histoire, c'est le futur Marin-Marie (cf. infra), tout juste diplômé de la faculté de droit de Rennes (en 1924), qui fut chargé de la négociation. |
"Ici vécut Marin Marie, navigateur, peintre, conteur, amis des marins pêcheurs 1901-1987", c'est la devise gravée sur le linteau de la maison de Marin-Marie à Chausey. De son vrai nom Marin (pénom prédestiné) Durand Couppel de Saint-Front, il se fera d'abord connaître comme navigateur, même s'il a toujours dessiné depuis sa tendre enfance, et tout spécialement des bateaux. Il embarqua en 1925 (comme soutier) sur le POURQUOI PAS ? du Commandant Charcot, puis fit deux traversées en solitaire de l'Atlantique (en 1933 à bord du Winibelle II et à bord de l'Ariele en 1936). |
Ayant probablement hérité des dons artistiques de sa mère, Marie Lefas, qui fut durant sa courte vie une aquarelliste reconnue, il suivit les cours des Beaux-Arts de Rennes en parallèle de ses études de droit. D'abord dessinateur, il commença réellement à peindre sur le navire de Charcot, subjugué qu'il était par les paysages sauvages du Pôle Nord. C'est à ce moment là qu'il changea sa signature au bas de ses œuvres : de Marin Durand, elle devint Marin-Marie, en souvenir de sa mère. Il devint "Peintre Officiel de la Marine" en 1935. Il fit alors de fréquents embarquements, aussi bien sur des navires militaires que sur des paquebots (il deviendra ainsi un "affichiste" très recherché par la Compagnie Générale Transatlantique, par exemple). Il publia aussi deux ouvrages (le premier en anglais : Wind Aloft, Wind Alow, plus tard publié en français sous le titre Vent dessus, Vent dedans, et le deuxième directement en français : Grands coureurs et plaisanciers). Il est mort en juin 1987, mais sa maison appartient toujours à ses descendants, comme me l'a dit l'une de ses arrière-petites-filles avec qui j'ai eu le plaisir de discuter. |
Le tableau ci-dessus de Marin-Marie (aquarelle et gouache) montre son voilier Winibelle II (à bord duquel il fit, en 1933, sa première traversée de l'Atlantique en 28 jours) croisant le paquebot ALCANTARA de la Royal Mail Lines qui assura, entre 1927 et 1958, la ligne Angleterre - Amérique du Sud. A noter que le Winibelle II a été restauré par l'un des petits-fils de Marin-Marie et qu'il navigue toujours (il est d'ailleurs, je crois, classé "Monument historique"). |
Ci-dessous, la vedette JEUNE FRANCE à quai à Granville (07.2006), juste avant mon embarquement à son bord pour rallier Chausey. Contrairement aux deux vedettes suivantes, celle-ci n'appartenait pas en propre à la compagnie Vedettes Jolie France, mais était louée à Corsaire pendant la saison comme me l'avait alors expliqué son capitaine (qui m'a également fourni les quelques caractéristiques ci-après). |
JEUNE FRANCE (Cherbourg) - Vedette à passagers - Passerelle équipée de deux radars (dont un de secours) / deux VHF fixes / GPS / Pas de sonar - Ptot 280 kW (deux moteurs Caterpillar) - V 9 nd - Cap. 170 passagers - Equipage 3 - Constr. 1986 (Construction Navale Aluminium Malouine, Saint-Malo, France). |
ici, à Chausey, la vedette JOLIE FRANCE II et la vedette JEUNE FRANCE (cf. ci-dessus). |
C'est à bord de JOLIE FRANCE II, de l'armement Vedettes Jolie France (comme la vedette lancée cet été, cf. supra) que je reviens à Granville… à la passerelle, avec une petite visite intermédiaire de la salle machines. Cette vedette fut construite au chantier Merré de Nort-sur-Erdre (à une quarantaine de kilomètres au nord de Nantes). Cette géographie particulière du chantier a nécessité la construction du navire en deux phases, la passerelle n'étant montée qu'après le passage de l' écluse Saint-Félix (1). La vedette dispose de son propre moyen de levage (cf. photo de droite ci-dessous) car c'est elle qui approvisionne l'île en eau potable, qui transporte les colis lourds et qui gère les ordures. |
JOLIE FRANCE II (Cherbourg) - 27,00x7,00 m - TE 1,50 m - Passerelle équipée de deux radars / deux VHF / un GPS couplé à un lecteur de cartes / un sondeur - Ptot 590 kW (deux moteurs 6cyl Baudoin) - Prop. d'étrave - Cap. 246 passagers - Equipage 4 - Constr. 1994 (Chantier Merré, Nort-sur-Erdre, France). |
(1) Les capacités du chantier Mérré, sur son site historique de Nort-sur-Erdre, sont limitées par le gabarit de l'écluse de descente en Loire Saint-Félix à Nantes, dont les dimensions (longueur 50 m - largeur entre bajoyers 7 m - largeur des portes 6,85 m) conditionnent globalement la largeur des navires construits à Nort-sur-Erdre, lesquels sont ensuite remorqués vers Nantes ou Saint-Nazaire pour y être achevés (en cas de dépassement de largeur, grutage et transport par route sont évidemment possibles). La longueur n'est pas vraiment un problème car le chantier Mérré maîtrise parfaitement la technique de construction par tronçons qui eux aussi descendent l'Erdre sous remorque, franchissent Saint-Félix et précédemment le tunnel du même nom, avant d'être assemblés en Loire ou sur le quai des Charbonniers à Saint-Nazaire, doté d'une bigue de 400 t sollicitée pour leur manutention. A l'origine, ce chantier ne construisait que des péniches. |
A sec à Granville, la vedette JEUNE FRANCE II également de l'armement Vedettes Jolie France. |
| JEUNE FRANCE II (Cherbourg) - 25,00x7,00 m - Ptot 706 kW (deux moteurs Baudoin) - V 12 nd - Prop. d'étrave - Cap. 200 passagers - Constr. 2004 (Alu Acier Service Marine, Longueville près de Granville, France). |
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