Balade fluvio-maritime au Pays-Basque (mi-mai 2019)
Françoise Massard
Navires cités dans cette page ( cliquez sur leurs noms ) : - Ammon - Anna-Maria Sibum - HC Gesa - Hermann Wessels - John Friedrich K. - Kathrin - Oosterhaven - Ulrike G. - Wilson Ceuta - Wilson Corinth -
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Remontant la rive gauche de l'Adour entre Anglet et Bayonne, je m'arrête au niveau des quais de Boucau - Tarnos (port de Bayonne) où deux navires sont à quai (le 12.05.2019) : le cargo allemand WILSON CORINTH (deuxième photo) et le cargo néerlandais JOHN FRIEDRICH K. (troisième et quatrième photos).
WILSON CORINTH (Saint John's) - IMO 9158109 - Indicatif d'appel V2BB2 - MMSI 304778000 - Cargo de divers - 99,82x12,80x7,55 m - TE 5,666 m - JB 2 996 - JN 1 733 - PL 4 419 t - P 2 550 kW (mot. 4T-6cyl MWM-Deutz TBD645L6 / hélice à pas variable) - V 12,5 nd - Prop. d'étrave (250 kW) - Générat. aux. 1 x 650 kW / 2 x 190 kW - Cap. GRN 5 841 m3 (1 cale) / 297 evp (dont 30 reefers) - Constr. 07.2005 (AD Brodogradiliste Sava, Macvanska Mitrovica, Serbie) - Propr./Gérant/Opérat. Reederei Bernd Sibum (Haren-Ems, Allemagne) - Pav. ATG - Ex ANNA-MARIA SIBUM (11.2014-08.2018) - Ex WILSON CORINTH (05.2014-11.2014) - Ex ANNA-MARIA SIBUM (08.2005-11.2014) - Ex HERMANN WESSELS (07.2005-08.2005). Sistership : WILSON CEUTA (IMO 9156113 / 08.2002 / Ex ULRIKE G. 01.2003-08.2017 / Ex KATHRIN 08.2002-01.2003).
JOHN FRIEDRICH K. (Delfzijl) - IMO 9195755 - Indicatif d'appel PBLY - MMSI 244952000 - Cargo de divers - 88,78x12,50x7,00 m - TE 5,42 m - JB 2 545 - JN 1 460 - PL 3 785 t - P 1 520 kW (mot. 4T-8cyl MaK-Caterpillar 8M20 / hélice à pas variable) - V 12 nd - Prop. d'étrave (220 kW) - Générat. aux. 1 x 176 kW / 1 x 96 kW / 1 x 46 kW - Cap. GRN 5 320 m3 (1 cale) / 193 evp - Constr. 07.2001 (Daewoo-Mangalia Heavy Industries, Mangalia, Roumanie (coque) / Damen BV Shipayards, Bergum, Pays-Bas) - Gérant Flagship Management Co BV / MF Shipping Group (Farmsum, Pays-Bas) - Opérat. Alstership Chartering GmbH (Allemagne) - Pav. NLD - Ex HC GESA (12.2004-11.2007) - Ex OOSTERHAVEN (07.2001-12.2004). Plus d'une quarantaine de sisterships : cf. AMMON (IMO 9319428 / 09.2009).

Un peu à l'aval des cargos, sur fond d'installations sidérurgiques (anciennes Forges de l'Adour ouvertes en 1883 et fermées en 1965, remplacées par le Laminoir Celsea France et le Laminoir des Landes), une énorme grue conçue par le groupe américain Terex (lequel a racheté l'entreprise italienne Reggiane en 2010). Cette grue GR14, qui pèse près de 570 t, dispose d'une flèche de près de 40 m de long et sa capacité de levage est de 40 t.

Le port de Bayonne dans l'Histoire
Au XIIe siècle, Bayonne connaît sa première expansion urbaine : les basses terres, marécageuses, du confluent Nive - Adour (sur la rive droite de la Nive) sont de plus en plus exploitées. Des canaux (soumis à la marée) sont construits, puis bordés de maisons bâties sur pilotis (ces canaux seront d'ailleurs progressivement asséchés). Sous la domination anglaise (du XIIe au milieu du XVe s.), l'économie bayonnaise repose sur les échanges maritimes avec la Navarre, avec les ports d'Europe du Nord (en particulier ceux appartenant à la "Ligue Hanséatique", comme Lübeck ou Bergen) et surtout avec l'Angleterre. Les chantiers navals de la Nive font la réputation du port. Ils produisent des navires de haute mer : nefs, galées, pinasses, ainsi que des bateaux fluviaux : chalands, tilholes, etc.
Maquette de tilhole (en bas de l'image ci-contre, Musée de la Batellerie de Conflans-Sainte-Honorine),
à la géométrie très particulière : environ 4 m de long pour 2 m de large
Les "nefs bayonnaises" généralisent l'emploi du gouvernail d'étambot (comme ce bel exemple provenant du Château Bonneton, au Boucau, fabriqué à la fin du XVIIIe siècle et conservé au Musée basque et de l'Histoire de Bayonne — installé dans la Maison Dagourette — décoré d'un animal fantastique polychrome avec une tête de dragon et une queue de sirène).  
Au XVe siècle, l'estuaire naturel de l'Adour situé à Capbreton est modifié par un phénomène naturel : le cordon dunaire se déplace vers Vieux-Boucau, à 30 km au Nord de Bayonne. Il s'ensuit une période de déclin du port. Il sera sauvé (sous le règne de Charles IX) grâce à l'intervention de l'ingénieur Louis de Foix qui dirigera un chantier colossal : redonner à Bayonne en 1578 l'accès à la mer en créant de toute pièce une nouvelle embouchure.
L'exploitation portuaire redémarre. Les activités se développent sur les rives de l'Adour, et autour du confluent avec la Nive où sont implantés les chantiers navals. Leur activité est favorisée par la "guerre de course", alors florissante. Colbert fait construire, en 1666, l'Arsenal du Roi qui construit des navires de guerre. Les quais de la Nive (voir photos actuelles infra) sont dédiés au commerce, en particulier avec l'Espagne et la Hollande. Ces quais sont progressivement aménagés au cours du XVIIIe siècle, avec des cales et des gradins en maçonnerie. C'est à cette époque que Bayonne est qualifié de "port fameux et de grand trafic". Un problème majeur existe toutefois pour ce port de cabotage : c'est le franchissement de la "barre" (bancs de sables mouvants) à l'embouchure de l'Adour.
A la fin du XIXe siècle, Bayonne devient un port industriel, en particulier avec l'implantation en 1883 des "Forges de l'Adour". La gestion du port est assurée par la Chambre de Commerce à partir de 1887.
Pour faciliter le développement du port au XXe siècle, des aménagements importants sont effectués à l'embouchure de l'Adour : construction en 1966 de la digue Nord, puis en 1977 et 2000 de la digue Sud. Le port de Bayonne s'étend de nos jours sur quatre communes de l'estuaire de l'Adour : Bayonne, Anglet, Boucau (Pyrénées Atlantiques) et Tarnos (Landes). Avec environ 800 emplois directs et 3 000 emplois induits, "Baionako Portua" participe à l'évolution économique de Bayonne. Le trafic cumulé du port de Bayonne a été, en 2019, de plus de 2 500 000 t : les principaux trafics sont les produits sidérurgiques (env. 1 Mt) (1), les engrais (20 % de l'activité du port), les vracs agro-alimentaires (20 % des flux, l'exportation de maïs en étant la principale activité), les vracs liquides (hydrocarbures, produits chimiques, bitume, etc. , soit globalement un peu plus de 10 % du trafic portuaire), vracs divers (produits forestiers, colis lourds, matériel roulier, conteneurs, etc., soit en tout les 10 % restants).
(1) Le Laminoir des Landes (spécialisé dans la production de tôles fortes) et le Laminoir Celsea France (il importe de la ferraille qu'il transforme en billettes d'acier qu'il réexpédie), évoqués plus haut, représentent à eux deux environ 40 % des tonnages réalisés dans le port de Bayonne.

En poursuivant ma route vers Bayonne, je m'arrête le long des Allées marines : le célèbre voilier-école français BELEM est en effet à quai en rive gauche de l'Adour.
Ce vétéran navigue, rappelons-le, depuis… 1896. C'est d'ailleurs le plus vieux navire encore inscrit au Bureau Veritas (sa société de classification). C'est, par ailleurs, un "miraculé" puisque, comme on le sait, il échappa de justesse à l’éruption de la montagne Pelée qui détruisit totalement, le 08.05.1902, la ville et le port de Saint-Pierre (première capitale de la Martinique, île dont la capitale actuelle est bien sûr Fort-de-France).

En continuant de remonter la rive gauche de l'Adour, j'arrive à l'Hôtel de Ville de Bayonne (première photo, cf. vue générale ici). Il veille sur l'Adour et la Nive puisqu'il est bâti juste à leur confluence (voir plan infra). Il fut construit en 1842, sur les plans de l’ingénieur des Ponts-et-Chaussées Charles Vionnois. De l'origine jusqu'à 1889, date à laquelle il fut la proie des flammes, il fut parfois tour à tour mais le plus souvent tout à la fois : Mairie, Théâtre, Bibliothèque, Archives, Musée, etc. Après sa restauration post-incendie et jusqu'à aujourd'hui, seul le Théâtre à l’Italienne subsiste à côté de la Mairie. Au sommet de sa façade principale, six statues allégoriques (en fonte depuis 1891, œuvres du maître de forges Maurice Denonvilliers, 1848-1907, fils du fondateur Claude Léon Denonvilliers 1816-1885 des "Forges L. Denonvilliers" situées à Osne-le-Val en Haute-Marne). Ces statues représentent les principales activités économiques et artistiques de la ville à l’époque : la navigation et l’agriculture (artiste Léon Ougnot), l’industrie et l’astronomie (artiste Robert Baldelli), le commerce et l’art (artiste Gustave Deloye). Pour la petite histoire, les Bayonnais leur mettent un foulard rouge lors des célèbres "Fêtes de Bayonne". Amarrée au quai Pedros, au pied de l’Hôtel de Ville, la péniche ESTRELLA…  fortement remaniée. S'appelant à l'origine LA ROSE DES VENTS (matricule Paris 10964 F), c'était une péniche de type "Freycinet" construite à Walsum-Duisburg (Allemagne) en 1930 : cette péniche "normalisée" (du nom de Charles Louis de Saulces de Freycinet, ministre des Travaux Publics de 1877 à 1879, qui standardisa les dimensions des bateaux et des écluses) mesure 38,50 m de long pour 5,05 m de large et 1,80 m d'enfoncement (son port en lourd est de 350 t). Elle a été transformée il y a une dizaine d'années en restaurant flottant (son activité semble toutefois suspendue depuis 08.2018). Sur la photo de droite, le Pont Saint-Esprit qui relie les deux berges de l'Adour. Ce pont de pierre date de 1851, mais les archives font état d'un premier pont éponyme dès 1149, il était alors en bois évidemment.

Ici un plan ancien du "Vieux Bayonne" (vue partielle). A droite le Château-Vieux, construit par Bertrand Vicomte de Labourd sur l'emplacement du Castellum romain (à l'angle intérieur nord de l'ancienne enceinte romaine datant du IIe siècle). Cette forteresse médiévale, de forme quadrangulaire avec quatre puissantes tours d'angles, vit passer des hôtes illustres, comme Du Guesclin (en 1367), Louis XI (en 1463), François 1er (en 1526), Charles IX (en 1565) ou encore Louis XIV (en 1660), sans compter les nombreux souverains d'Espagne de passage à Bayonne. Cette citadelle fut renforcée par Vauban au XVIIe s. Ce château est inscrit aux Monuments Historiques depuis 1931. Pour mémoire, Bayonne fut anglaise du XIIe au milieu du XVe s., de part le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri d'Anjou, dit Henri Plantagenêt (1), le futur roi d'Angleterre sous le nom d'Henri II.
(1) Ce nom de famille Plantagenêt vient du fait que le père d'Henri d'Anjou, Geoffroy V le Bel, avait coutume de planter une branche de genêt dans son chapeau !
  1 - Poterne
2 - Ancien Evêché
3 - Cathédrale Sainte-Marie
4 - Château-Vieux
5 - Hôtel Sorhaindo (XVIIe s.)
6 - Immeuble du XVIe s.
7 - Immeubles du XVIIIe s.
8 - Immeuble du XIXe s.
9 - Place des Cinq Cantons
10 - Cloître
17 - Hôtel de Brethous
18 - Hôtel de Ville
19 - Temple protestant
20 - Hôtel des Postes
22 - Echauguette
23 - Musée Bonnat
24 - Hôtel de l'Amirauté
25 - Maison Dagourette
26 - Eglise Saint-André
27 - Trinquet Saint-André
28 - Château Neuf
29 - Inscription Maritime
30 - 6 Rue Neuve
31 - Eglise Saint-Esprit
33 - 2 & 13 Rue Sainte-Catherine


C'est au XVIIIe siècle que les bords de la Nive se parent de belles maisons tout en hauteur dont les façades présentent une jolie unité architecturale et reflètent la bonne santé du négoce bayonnais d'alors. Initialement appelée "Lapurdum" (aujourd'hui "Labourd"), le nom actuel de la ville vient du basque "Ibaï Ona" signifiant "Rivière bonne" et qui désignait la Nive. Pour continuer ce volet étymologique, ce sont des paysans bayonnais qui, ayant eu l'idée de planter leurs couteaux de chasse au bout de leurs mousquets rendus inefficaces par manque de poudre, donnèrent naissance à la "baïonnette" qui sera utilisée par toute l'infanterie française dès 1703. Bayonne a heureusement beaucoup d'autres références historiques plus pacifiques…
Sur la première photo ci-dessous, plan rapproché sur les hautes demeures serrées les unes contre les autres, aux volets très colorés, des bords de la Nive. Sur la deuxième photo, la péniche DJEBELLE (construite à Glasgow il y a une centaine d'années). Cette péniche, de 43 m de long pour 5 m de large, est un bateau-logement (250 m2 habitables, plus deux terrasses dont une de 75 m2) amarré sur les rives de l'Adour. Disposant de cinq chambres, deux sont utilisées comme chambres d'hôtes. Sur les deux photos de droite, deux rues typiques du Vieux Bayonne, avec quelques belles maisons à colombage.
La Cathédrale Sainte-Marie — aussi nommée Notre-Dame de Bayonne — a une architecture gothique d'inspiration champenoise (les photos ci-dessous sont prises de la galerie Sud du cloître). Elle fut construite entre le XIIe et le XVIe s. sur le site d'une ancienne église romane (ravagée par un incendie en 1258). Elle fut restaurée à la fin du XIXe siècle et les deux flèches lui furent alors adjointes (architecte Paul Boeswillwad, élève d'Eugène Viollet-le-Duc). Elle est classée au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1998 (dans le cadre de l'itinéraire des "Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle"). Le cloître gothique (construit entre le XIIIe et le XIVe s. et remanié à la fin du XIXe s.) est l'un des plus vastes de France. De nombreux enfeus adossés aux murs des galeries et des dalles funéraires tout autour de ces galeries rappellent que ce cloître fut également un hypogée.
Notre-Dame de Bayonne montre une architecture très élancée. Ses sept travées s'élèvent sur trois niveaux : la nef centrale est haute de 26,5 m. Un triforium fait le tour de l'édifice. Les vitraux Renaissance ont été restaurés à la fin du XIXe siècle. L'orgue (photo ici) est de 1865. Superbes peintures, signées Steinhel (père et fils), sur les murs des chapelles du déambulatoire.

A suivre…


 
Dernière mise à jour - 25.03.2020
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© Françoise Massard  
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