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Gaspar CORTE-REAL, explorateur portugais,troisième fils de João Vaz Corte-Real
(
né aux environs de 1450–1455
)
 L.A. VIGNERAS

© 2000 University of Toronto/Université Laval
Article publié dans le « Dictionnaire biographique du Canada en ligne », Bibliothèque nationale du Canada et archives nationales.


Il était le troisième fils de Joâo Vaz Corte-Real, gouverneur du Sud de l’île de Terceira et de l’île Saint-Georges de l’archipel des Açores ; on le mentionne dans plusieurs documents comme gouverneur suppléant en l’absence de son père, en 1488, et de son frère aîné, en 1497.

C’est en 1498 que le roi Manuel du Portugal (1495–1521) s’intéressa aux explorations vers ]’Ouest. Il est probable que cet intérêt s’explique du fait que les régions découvertes l’année précédente par Jean Cabot s’inscrivaient, croyait-on, dans le territoire assigné au Portugal par le traité de Tordesillas [signé le 7 juin 1494 par l’Espagne et par le Portugal, et mettant fin à des conflits survenus à la suite du premier voyage d’exploration de Colomb]. Au cours des quatre années suivantes, Pedro de Barcelos, Joâo Fernandes « Labrador », les frères Gaspar et Miguel Corte-Real, et Joâo Martins (tous citoyens en vue de l’île de Terceira) se mirent à la recherche de terres dans le Nord de l’Atlantique. Martins, en fait, avait été criado (employé) au service de Joâo Vaz Corte-Real, père de Gaspar.

La première découverte des Portugais se situe en 1500, année où Gaspar arriva en vue du « Ponta d’Asia » (le Groenland), probablement à la hauteur du cap Farewell. Cependant, il ne put mettre pied à terre, à cause des glaçons ou du mauvais temps. D’après Biggar (Voyages, 88–91), les Portugais longèrent la pointe méridionale du Groenland et pénétrèrent dans le détroit de Davis, tout en explorant la côte ouest jusqu’à Sukkertoppen, par 60°20´. Il n’existe cependant pas de preuve certaine que les Portugais se rendirent si loin au Nord. Biggar s’appuie sur des écrits dont l’authenticité est douteuse, publiés par Damian de Goes en 1566, plus de 60 ans après le voyage en question, où il mentionne que les explorateurs virent des ours blancs et des indigènes semblables en apparence aux Lapons. Il semble que Damian de Goes ait confondu le voyage d’exploration de 1500 avec celui de l’année suivante.

Henry Harrisse (Discovery, 50, 61s.) donne une autre version du voyage de 1500. Selon lui, après qu’ils eurent aperçu les côtes du Groenland, les Portugais auraient franchi le détroit de Davis et seraient débarqués sur la côte est de Terre-Neuve, peut-être près de la baie Notre-Dame. D’autre part, dans une étude récente (Ainda Gaspar Corte-Real, 29s.), Gago Coutinho, l’amiral portugais, avançait la théorie audacieuse suivante : Gaspar Corte-Real, arrivé en vue des côtes du Groenland, tenta en vain d’y atterrir, mais Parvint jusqu’à Terre-Neuve, fit le tour de l’île, et pénétra par la voie du Nord (le détroit de Belle-Isle) dans le golfe du Saint-Laurent, dont il sortit par le détroit de Cabot. Si ingénieuse soit-elle, cette dernière théorie ne repose sur aucun document. Les seuls renseignements certains que nous ayons sur l’expédition portugaise de 1500 sont résumés dans une légende inscrite sur la carte de Cantino, qui dit que les Portugais arrivèrent en vue du Groenland, qu’ils prirent pour les côtes orientales de l’Asie, et qu’il leur fut impossible d’y débarquer. Tout autre théorie n’est que pure conjecture.

En 1501, Gaspar mit à la voile avec trois caravelles pour un autre voyage. Nous sommes assez renseignés sur cette nouvelle expédition grâce, à trois lettres de Pietro Pasqualigo à Alberto Cantino, écrites de Lisbonne et datées du mois d’octobre 1501. Ces lettres nous apprennent que l’expédition tenta d’abord de parvenir à la terre qu’on avait aperçue l’année précédente. À cause des glaces, les Portugais se virent obligés de changer le cap et, après être vraisemblablement passés devant l’entrée du détroit de Davis, trouvèrent une côte où plusieurs grands fleuves se jetaient dans la mer. Ils remontèrent un de ces estuaires sur une distance d’environ une lieue et débarquèrent sur une terre où poussaient des pins et des baies. Ils s’emparèrent d’un certain nombre d’indigènes.

D’après H. P. Biggar, les Portugais avaient pénétré dans « Hamilton Inlet », « qu’ils explorèrent sur une distance de 35 milles, jusqu’à un étranglement appelé Narrows, où la largeur n’est que d’un tiers de mille » ; quant aux indigènes qu’ils ramenèrent avec eux au Portugal, il les identifie comme des « Indiens Nasquapee qui habitent encore le Labrador » (Biggar, Voyages 96s., 100). Harrisse, d’autre part, croit que le pays aux larges fleuves, aux pins élevés et aux baies sauvages décrit par Cantino ne peut être que la côte orientale de Terre-Neuve, plantée de grandes forêts, et où l’on trouve des cours d’eau considérables, comme le Gander et l’Exploits (Harrisse, Discovery, 69).

Gago Coutinho releva le fait que les indigènes ramenés au Portugal semblaient venir de deux régions différentes quant au climat, puisque certains étaient vêtus de peaux, tandis que d’autres étaient nus. Il en conclut que Gaspar avait exploré deux régions différentes du littoral américain ; la côte de Terre-Neuve et une autre côte située beaucoup plus au Sud (Coutinho, Corte-Real, 30–32). Les conclusions de Coutinho ne sont peut-être pas sans contenir quelque part de vérité ; il fait erreur, cependant, en supposant que Gaspar était parvenu au continent américain par la route du Sud, et qu’il avait exploré toute la côte entre la Floride et Terre-Neuve, car alors il n’aurait pas pu rencontrer de glaces flottantes à proximité de l’Amérique. Il est beaucoup plus logique de supposer que la terre au climat tempéré que Corte-Real est censé avoir découverte se soit trouvée sur son chemin alors qu’il faisait voile vers le Sud à partir de Terre-Neuve.

Deux des trois vaisseaux de Gaspar revinrent à Lisbonne en octobre 1501, mais le troisième, à bord duquel se trouvait le commandant de l’expédition, sombra en mer sans qu’on en entendît jamais plus parler. [V. Miguel Corte-Real et sa tentative de 1502 pour retrouver son frère perdu, Gaspar.].

La terre découverte par Gaspar figure pour la première fois sur la carte de Cantino (1502) où elle porte le nom de « Terra del Rey de Portugall ». On la retrouve aussi sur les cartes Kunstmann II et III (« Terra de Corte Real »). Où se situe exactement ce territoire, et jusqu’à quel point s’étend-il au Nord.

On croit généralement que cette terre comprenait la côte est de Terre-Neuve. Sur la carte de Pedro Reinel, que l’on désigne sous le nom de Kunstmann I, la terre nouvelle s’étend sur 10° de latitude, du 49e au 57e degré de latitude nord. C’est pourquoi Heinrich Winter et Ellen Taylor pensent que la « Terre de Corte-Real », que l’on désigna aussi sous le nom de « Terre de la Morue », s’étendait beaucoup plus loin que le détroit de Belle-Isle, jusqu’au cap Chidley.

Il est vrai que le contour du littoral, tel qu’il apparaît sur la carte de Reinel, ainsi que sur d’autres cartes, semble comprendre le Labrador actuel, en plus de la partie est de Terre-Neuve, mais il s’agit ici sans doute de relevés faits à la suite d’explorations ultérieures. L’auteur de ces lignes doute, cependant, que les Corte-Real se soient rendus aussi loin au Nord que le cap Chidley ; António Galvão déclare en effet que Gaspar rencontra la terre à une latitude de 50° nord ; d’autre part, d’après Pierre Crignon (V. Ramusio, Navigationi et Viaggi, 417, 423s.), la côte que les Portugais avaient découverte ne s’étendait que du cap Race à Bonavista.

Il est possible, en effet, que Reinel ait incorporé à sa carte d’autres relevés que ceux qui lui avaient été fournis par les voyages d’exploration de Corte-Real. Sitôt que la nouvelle de la découverte de Terre-Neuve se répandit, des bâtiments anglais, français, espagnols et portugais cherchèrent rapidement de nouveaux lieux de pêche. Ainsi dès 1506, dans les ports portugais, un décret royal frappait d’un impôt le poisson de Terre-Neuve. Il est possible que Reinel ait obtenu de nombreux renseignements de pilotes de bateaux de pêche qui auraient poussé au Nord jusque dans le détroit de Davis. Bien que sa carte ne porte aucune date, il se peut qu’il ne l’ait dressée qu’en 1510.

Sources bibliographiques
Alguns documentos do Archivo National da Torre do Tombo [...] (Lisboa, 1892), 123–127, 131s., 150–152,— Damião de Goes, Chronica do felicissimo Rei Dom Manuel (Lisboa, 1566), ff.65s,— António Galvão, Tratado dos descobrimentos (Porto, 1944), 149,— Raccolta Colombiana (Roma, 1892), 3e partie, vol. I : 87–90, 151s,— G. B. Ramusio, Terzo volume delle navigationi et viaggi [...] (1ère éd., Venetia, 1556), 417, 423s,— H. P. Biggar, The voyages of the Cabots and of the Corte-Reals to North America and Greenland, 1497–1503 (Paris, 1903),— Gago Coutinho, Ainda Gaspar Corte-Real (Lisboa, 1950),— Henry Harrisse, The discovery of North America : a critical, documentary, and historic investigation, with an essay on the cartography of the new world [...] (London, 1892), 59–76 ; Les Corte-Real,— Hoffman, Cabot to Cartier, 26–29,— S. E. Morison, Portuguese voyages to America in the fifteenth century (Cambridge, Mass., 1940), 68–72,— Oleson, Early voyages, 143s,— Precursors (Biggar), 32–40, 59–70, 92–98,— E. G. R. Taylor, Hudson’s Strait and the oblique meridian, Imago mundi, III (1939) : 48–52,— Heinrich Winter, The pseudo-Labrador and the oblique meridian, Imago mundi, II (1937) – 61–74,— Cartes : Friedrich Kunstmann, Atlas zur Entdeckungsgeschichte Amerikas (München, 1859),— Portugaliae monumenta cartographica, comp. A. Cortesão et A. Teixeira da Mota (5 vol., Lisboa, 1960–62), I, plates 4–6, 8.



Miguel CORTE-REAL, explorateur portugais, second fils de João Vaz Corte-Real et frère de Gaspar,
(né vers 1450 - décédé probablement en 1502)
 

L.A. VIGNERAS

© 2000 University of Toronto/Université Laval
Article publié dans le « Dictionnaire biographique du Canada en ligne », Bibliothèque nationale du Canada et archives nationales


Miguel employa d’importantes sommes d’argent à équiper les expéditions de 1500 et de 1501 [V. Gaspar Corte-Real] et en retour Gaspar promit de partager avec lui les terres qu’il pourrait découvrir. Miguel, toutefois, n’accompagna pas son frère, mais commanda un des vaisseaux envoyés par le roi Manuel pour prêter mainforte aux Vénitiens contre les Turcs, au cours de l’été de 1501.

Au cours de l’hiver 1501–1502, son frère n’étant pas revenu de Terre-Neuve, Miguel organisa une expédition de secours. Conformément à un accord antérieur conclu avec Gaspar, le roi Manuel nomma Miguel capitaine de toute nouvelle terre qu’il pourrait découvrir au cours de ce voyage. En mai 1502, Miguel fit voile de Lisbonne avec trois vaisseaux, à la recherche de son frère. Il semble avoir atteint les côtes explorées par Gaspar l’année précédente. Les trois vaisseaux se séparèrent alors pour étendre les recherches, en se donnant rendez-vous le 20 août à un endroit identifié par Biggar comme étant le port de Saint-Jean, sur la côte sud de Terre-Neuve. Deux des caravelles se présentèrent au rendez-vous le jour convenu, mais l’autre, transportant Miguel Corte-Real, ne parut pas et on n’en entendit jamais plus parler.

L’année suivante, Vasco Añes Corte-Real organisa une expédition pour se porter à la recherche de ses frères disparus, mai le roi lui refusa la permission de partir, craignant qu’il n’aille partager leur sort. Deux vaisseaux furent envoyés cependant et revinrent à l’automne. Bien que leurs recherches aient été vaines, Vasco Añes n’abandonna pas pour autant ses revendications sur Terre-Neuve et il eut soin de les faire confirmer par le roi en diverses occasions.

Il y a une cinquantaine d’années, le professeur Delabarre émit l’hypothèse discutable que le sort de Miguel nous était révélé par une inscription sur le rocher de Dighton, sur les rives de la rivière Taunton, au sud de la Nouvelle-Angleterre. Delabarre déchiffra ainsi cette inscription : MIGUEL CORTEREAL V DEI HIC DUX IND A D 1511. Il y vit la « preuve » que Miguel était devenu chef d’une tribu indienne et qu’il vivait encore en 1511. Il convient de rappeler ici qu’aux XVIIIe et XIXe siècles, des historiens avaient cru déchiffrer des caractères runiques sur cette même pierre, et y avaient vu la « preuve » du passage des Scandinaves. Le rocher de Dighton est tellement couvert d’égratignures, de dessins, et d’inscriptions, qu’il est difficile de distinguer ce qui est authentique de ce qui est facétieux. L’inscription ayant trait à Miguel Corte-Real demeure sujette à d’autres interprétations.

Sources bibliographiques
Cf les travaux mentionnés ci-dessus au sujet de Gaspar Corte-Real,— E. B. Delabarre, Dighton rock (New York, 1928),— F. F. Lopes, The brothers Corte-Real, tr. F. de Andrade (Lisbonne, 1957),— G. S. Marques, Pedra de Dighton (New York, 1930).


© Françoise Massard
 
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